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L’Australie annule encore le visa de Djokovic et veut le renvoyer en rétention

Le joueur de tennis s'essuie le front sur le court.

Novak Djokovic à l'entraînement, le 14 janvier, à Melbourne

Photo : Getty Images / Daniel Pockett

Agence France-Presse

L'Australie a relancé vendredi de façon spectaculaire la saga Djokovic en annulant à nouveau le visa du numéro un mondial, dont le cas doit être examiné dans la soirée lors d'une audience d'urgence devant un juge. Le pays compte également le renvoyer en rétention dès samedi matin.

C'est ce qu'a annoncé Stephen Lloyd, un avocat du gouvernement australien. Le gouvernement souhaite que le Serbe ne puisse sortir de rétention que pour assister, dans les bureaux de ses avocats et sous bonne garde, aux audiences en ligne de la justice concernant son cas, a indiqué Me Lloyd.

L'athlète de 34 ans, entré en Australie sans être vacciné contre la COVID-19, a continué à s'entraîner dans l'espoir de conquérir un 10e titre aux Internationaux d'Australie, qui démarre lundi, et une 21e victoire en tournoi du grand chelem, ce qui serait un record.

Les représentants du joueur ont réclamé que Dkokovic puisse rester en liberté en attendant le dénouement de cette procédure, qui pourrait être retardée, le juge de l'État australien, Antony Kelly, s'étant dessaisi au profit de la justice fédérale australienne.

Une audience en référé devait se tenir en soirée devant le juge Kelly, qui avait déjà bloqué une première fois l'expulsion du joueur en début de semaine.

C'est en fin de journée que le ministre de l'Immigration a publié un communiqué annonçant l'annulation, pour la deuxième fois, du visa australien du Serbe. Une décision prise sur des bases sanitaires et d'ordre public, a précisé Alex Hawke, qui s'est dit fermement engagé à protéger les frontières australiennes, tout particulièrement dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

« Les Australiens ont fait de nombreux sacrifices pendant cette pandémie et souhaitent à juste titre que le résultat de ces sacrifices soit protégé. »

— Une citation de  Scott Morrison, premier ministre australien

Djokovic est extrêmement bien armé et dispose d'une équipe compétente autour de lui. Il peut soit rester et se battre, soit partir, a expliqué l'avocat spécialisé dans les questions d'immigration Christopher Levingston, assurant qu'il pouvait interjeter appel de la décision ministérielle devant le tribunal fédéral.

Nole avait déjà vu son visa être annulé à son arrivée à Melbourne le 5 janvier et il avait été placé en centre de rétention. Mais ses avocats avaient obtenu du juge Kelly qu'il rétablisse son visa et ordonne sa libération immédiate le 10 janvier.

Djokovic a admis avoir rempli incorrectement sa déclaration d'entrée en Australie et n'avoir pas respecté les règles d'isolement après avoir été déclaré positif à la COVID-19 en décembre. Une contamination dont il espérait qu'elle lui permettrait de bénéficier d'une exemption pour entrer en Australie sans être vacciné.

Il a plaidé aussi l'erreur humaine pour expliquer comment une mauvaise case dans son formulaire d'entrée en Australie a été cochée.

Le numéro 1 mondial était toujours sous la menace d'une expulsion au nom du pouvoir discrétionnaire du ministre de l'Immigration, finalement employé vendredi après un suspense de cinq jours.

Les rêves d'un 10e titre à Melbourne s'éloignent, d'autant plus que cette annulation de visa entraîne une interdiction d'entrée dans le pays pendant trois ans, sauf dans certaines circonstances exceptionnelles.

Cette interdiction peut être levée pour répondre aux intérêts des Australiens, selon l'avocat Christopher Levingston.

Une saga qui fait réagir

Cette saga autour du champion de tennis comporte une charge politique très forte en Australie, où les habitants ont enduré pendant près de deux ans des restrictions anti-COVID parmi les plus strictes du monde, et où des élections sont prévues d'ici mai.

Alors que la décision du gouvernement se faisait attendre, la pression s'intensifiait autour du premier ministre Scott Morrison, accusé d'incompétence par la cheffe de l'opposition travailliste Kristina Keneally, faisant remarquer que le Serbe avait obtenu son visa 58 jours plus tôt.

Certains joueurs de tennis ont plaidé pour que Djokovic puisse participer au tournoi, mais d'autres étaient beaucoup plus critiques.

Il a joué selon ses propres règles en choisissant de ne pas se faire vacciner et fait passer la majorité des joueurs pour des idiots, a estimé jeudi le Grec Stefanos Tsitsipas, no 4 à l'ATP, dans une entrevue au média indien WION.

Le feuilleton est aussi suivi assidûment en Serbie, où des responsables politiques érigent la vedette en héros national.

Dans les rues de Belgrade, Stanislav Urosevic, retraité de 69 ans, maugréait après la décision du gouvernement australien. J'ai l'impression que l'on veut l'empêcher à tout prix de remporter un nouveau titre. Comme c'est parti, ils vont interdire le tennis si nécessaire, a-t-il dit.

Je pressentais quelque part que les politiciens ne le lâcheraient pas, qu'ils finiraient par prendre cette décision. Tout cela est dégoûtant, ajoutait pour sa part Jasmina Ostojic, 47 ans, caissière d'un supermarché.

Le frère du joueur, Djordje Djokovic, a quant à lui déclaré à l'Agence France-Presse que la famille ne s'exprimerait plus jusqu'à la fin de la procédure juridique en cours en Australie.

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