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« Il était temps! » : Élizabeth Mantha, cette arbitre pionnière

Elle observe l'action lors d'un échauffement.

Élizabeth Mantha avant un match présenté à Laval

Photo : Facebook/Élizabeth Mantha

Une nouvelle année, une nouvelle page d’histoire à écrire pour Élizabeth Mantha, qui deviendra sous peu la première femme à arbitrer un match dans la Ligue canadienne de hockey (LCH).

Mantha fait déjà partie, depuis l’année dernière, d’un groupe de 10 femmes travaillant dans la Ligue américaine de hockey (LAH) comme officielle.

Elle a d’ailleurs arbitré son premier match dans les rangs professionnels le 29 octobre 2021, lors d’un match du Rocket de Laval.

Cependant, comme elle est une pionnière dans son domaine, elle doit s’attendre à une série d’autres premières au cours de sa carrière.

Par exemple, elle devra ajouter très prochainement la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) à son curriculum vitæ, sous la section employeur.

La Longueilloise de 31 ans a officiellement joint les rangs de la LHJMQ mercredi dernier, à titre de première femme arbitre de l’histoire du circuit.

Dans la Ligue de l’Ontario et dans la Ligue de l’Ouest, deux femmes ont fait leurs débuts comme juge de ligne, cette saison. Toutefois, aucune n’a été investie des pouvoirs sacrés que confère le sifflet d’arbitre sur une patinoire. Des trois circuits qui composent la Ligue canadienne, Élizabeth Mantha sera la toute première.

Réalise-t-elle pleinement l’ampleur du travail qu’elle est en train d’abattre? On ne se rend pas compte au départ de l’impact qu’on peut avoir, a avoué la principale intéressée à Radio-Canada Sports. Mais de jeunes filles m’ont écrit de partout au Canada, des États-Unis, en me disant que j’étais un modèle pour elle.

« Elles m’écrivent pour me dire que je les inspire à devenir de meilleures personnes. À être meilleures à l’école, dans leurs cours d’éducation physique... En lisant ça, j’ai compris que, oui, je peux faire une différence. »

— Une citation de  Élizabeth Mantha, arbitre

La dernière chose qui se dresse maintenant devant elle est la COVID-19. Son baptême de feu dans la LHJMQ devrait avoir lieu aussitôt que la pandémie s’estompera, puisque le circuit a pour l’instant suspendu ses activités.

Prendre du galon, dans la LHJMQ ou ailleurs

Passer de la LAH à la LHJMQ est habituellement perçu comme une rétrogradation dans l’univers des hockeyeurs, mais ce n’est pas du tout la même réalité pour un arbitre. Pour une officielle comme Élizabeth Mantha, l’objectif est simplement de gagner de l’expérience.

Elle s’attendait donc à recevoir un appel des dirigeants québécois après son arrivée dans la LAH. C’est très rare de voir un arbitre faire le saut directement dans la Ligue américaine, fait-elle remarquer. On gravit les échelons un après l’autre, habituellement.

Je ne vois pas ça comme un détour, mais plus comme un ajout. Ce n’est pas comme si ça me bloquait pour mon autre travail, dit celle qui sera d’office pour un autre match en fin de semaine prochaine dans la LAH. Les ligues se parlent et s’adaptent en fonction des calendriers. Ça va juste me permettre de chercher plus de matchs de haut niveau.

L'arbitre, les mains sur les genoux, regarde l'action se dérouler.

Le premier match d'Élizabeth Mantha dans la Ligue américaine se tenait à Laval.

Photo : Gracieuseté : Rocket de Laval

Et peu importe la patinoire sur laquelle elle se trouve, elle effectue son travail de la même manière : Le niveau de professionnalisme est le même dans les deux ligues. Les arbitres, les entraîneurs agissent de façon professionnelle.

La femme à l'uniforme rayé admet toutefois qu’il existe des défis propres à chaque ligue.

Par exemple, dans la LHJMQ, je ne sais pas exactement à quoi m’attendre sur le plan de la vitesse. Dans la Ligue américaine, c’est plus rapide, oui, mais c’est plus structuré comme jeu, donc c’est plus facile d’anticiper.

C’est différent, "dealer" avec des adultes qui savent qu’ils sont à la job qu’avec des jeunes qui veulent se prouver et aller chercher un contrat, ajoute celle qui a aussi sondé à ce sujet sa consœur Alexandra Clarke, juge de ligne dans la Ligue de l’Ouest.

Prochaine étape : la LNH?

Ça va super bien. C’est vraiment le fun. J’ai du plaisir, dans le sens où ce sont des matchs de haut calibre; ce sont des défis, mais je me fais super bien accueillir, autant par les coachs [entraîneurs] que le personnel des arénas, mes superviseurs; les joueurs, aussi. Les commentaires, c’est : "il était temps!" C’est vraiment positif. On était rendus là. On est super bien accueillies, dit-elle.

L'arrivée des officielles dans le hockey professionnel se passe sans anicroche, et il ne faut pas s'en étonner. Le hockey ne fait qu'emboîter le pas aux autres sports, comme le basketball ou le football. On en compte maintenant six dans la National Basketball Association (NBA), et lors du dernier Super Bowl dans la National Football League (NFL), une femme occupait le rôle de juge d'essais.

L'argument principal pour décourager la venue des femmes dans l'arène glacée a souvent été celui des bagarres. Des femmes parviendraient-elles à séparer deux mastodontes en venant aux coups?

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Comme arbitre en chef, ça ne fait pas partie de la description de tâches d'Élizabeth Mantha de recourir à une intervention musclée pour stopper une escarmouche.

Elle assure ne pas avoir été témoin de scène disgracieuse depuis ses débuts dans la LAH, où travaillent trois nouvelles femmes juges de ligne cette saison. Je n'ai pas eu de retour ou de commentaires négatifs là-dessus de leur part, explique-t-elle. Je ne suis pas inquiète pour elles. Les juges que je connais, elles font à peu près 5 pieds 11. Elles ont la bonne shape [stature] pour occuper l'emploi.

Oui, on est quand même dans le coin de la patinoire avec des hommes de 6 pieds 4, 250 lb, qui frappent un autre joueur. Il reste qu'on est à côté. Ça fait peur; il faut se débrouiller et anticiper plus.

Néanmoins, cela n'est pas un réel obstacle vers la Ligue nationale de hockey, selon Mantha. Le dernier plafond de verre ne tombera pas en envoyant au banc des punitions les plus grands gaillards des rangs mineurs, mais simplement en... étant patient.

Tout ce qu'il reste à faire, c'est se prouver, conclut-elle. C'est comme pour n'importe quel arbitre qui veut faire sa place, homme ou femme; il reste simplement à faire ses preuves.

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