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Les moyens et les ambitions de Bennedict Mathurin

Le Montréalais connaît une saison du tonnerre avec l’Université de l’Arizona et pourrait devenir le premier joueur né au Québec repêché au premier tour dans la NBA en plus de 35 ans.

Le joueur de basketball contracte ses muscles et s'approche de l'objectif de la caméra pour célébrer un panier réussi.

Bennedict Mathurin est un joueur énergique très apprécié de la foule en Arizona.

Photo : Gracieuseté : Université de l'Arizona

Simon Cremer

TUCSON, Arizona – Bennedict Mathurin ne s’en cache pas. Il veut être une vedette, un modèle pour les joueurs de basketball, de Montréal et d’ailleurs, qui vont le suivre.

Le jeune homme n’a que 19 ans. Son aise, sa confiance sont déjà celles d’un joueur professionnel, d’un vétéran qui en a vu d’autres.

Ça a toujours été mon but d’être une vedette, pour être honnête, a-t-il dit au micro de Radio-Canada, dans un corridor du McKale Center.

Quand il a appris que deux journalistes étaient venus de Montréal pour le voir jouer, son visage s’est illuminé. Après de chaleureuses poignées de mains, il était manifestement heureux de faire l’entrevue en français.

Il n’y a pas que l’attitude qui est de calibre professionnel chez Mathurin. Le Montréalais venait de marquer 24 points dans une victoire sans appel de l’Université d’Arizona contre les Cowboys de l’Université du Wyoming quand nous lui avons parlé.

Dans le match suivant, il en a ajouté 30 contre l’Université de l’Illinois. Cela lui a valu un titre de joueur de la semaine dans l'Association PAC-12, l’une des plus relevées du sport universitaire américain. Il a de nouveau reçu cette accolade la semaine suivante.

Je pense que j’ai été bien préparé pour la vie que je vais mener. Ce n’est pas vraiment difficile pour moi. Avoir de l’attention, ça m’excite, c’est ce que j’aime. J’aime montrer mon sourire aux gens.

Sur le terrain, il est le joueur central d’une équipe aux grandes ambitions. Les Wildcats de l’Arizona sont invaincus et classés 8es au pays par l'Associated Press. Ils voudront assurément faire du chemin au tournoi national de la NCAA, le March Madness.

Il est une véritable tête d’affiche, au sens propre comme au figuré. Le Québécois figure au centre du matériel promotionnel des Wildcats. Dans la très bruyante section étudiante, des partisans originaires de Toronto brandissaient une affiche géante à son effigie.

Des partisans dans les gradins du McKale Center montrent leur affiche géante à l'effigie de Bennedict Mathurin.

Bennedict Mathurin est très populaire parmi les partisans de l'Université de l'Arizona.

Photo : Radio-Canada / Simon Cremer

Mathurin saute aux yeux sur le parquet. Contre le Wyoming, il a multiplié les paniers éclatants qui ont soulevé la foule.

C’était d’abord un tir en foulée qui a entraîné une faute adverse. Au sifflet de l’arbitre, Mathurin a fléchi ses biceps, tout près de la fanfare étudiante. Les partisans étaient déjà comblés, mais ce n’était que le début. Il a fait une démonstration éclatante de son dynamisme. Trois fois, il a profité d’un revirement adverse pour ramener le ballon et faire un panier enfoncé.

Avant la mi-temps, Mathurin a accepté une passe en plein vol pour compléter un allez-hop, et le match était déjà hors de portée pour Wyoming, une équipe pourtant aussi invaincue jusque-là.

La foule de près de 13 000 personnes, bien heureuse de revoir du basketball en personne, après la saison 2020-2021 à huis clos, était comblée, et l'athlète de Montréal-Nord aussi.

Je trouve ça vraiment amusant de jouer devant les partisans, a dit Mathurin. Quand quelqu’un fait un gros jeu, tout le monde réagit, tout le monde crie ton nom. Ça te donne plus de force.

Du haut de ses 198 cm (6 pi 6 po), il est à la fois assez grand et fort pour jouer du coude, et assez agile pour atteindre le panier avec finesse et rapidité. Ajoutez à cela un tir de trois points redoutable, et vous avez un casse-tête pour les défenses adverses.

S’il est capable de garder tous ces outils offensifs et apporter sa contribution en défense, il sera un joueur dynamique et redoutable chez les professionnels.

Et si son talent ne suffit pas pour le repérer sur le terrain, il y a son numéro, le 0, assez inhabituel.

Quand j’étais plus jeune, je disais que personne ne pouvait me jouer en défense, alors c’était zéro, a raconté Mathurin. En grandissant, je l’ai pris parce que le numéro 1, c’est le meilleur. Mais quand on commence à compter, c’est 0 pour tout le monde. Ça avait du sens pour moi.

De la patience

Théoriquement, Mathurin pourrait déjà être dans la NBA. Il aurait pu imiter plusieurs joueurs de premier plan de 18 ans, comme les Canadiens R.J. Barrett et Andrew Wiggins, et se déclarer admissible au repêchage après une seule année.

C’était aussi le pari de Luguentz Dort, qui n’a disputé qu’une saison avec l’Université Arizona State. Il n’a pas été repêché et a dû commencer au bas de l’échelle, comme joueur autonome. Dort ne s'est pas moins taillé une place dans la NBA.

« Luguentz, c’est comme mon frère, on est toujours ensemble quand on s’entraîne à la maison, à Parc-Extension, on passe du temps ensemble en dehors du basket. Je trouve ça intéressant de suivre ses pas, ceux de Chris Boucher et Khem Birch. Montréal, c’est un peu une ville dans l’ombre au basket, ce n’est pas tout le monde qui connaît les joueurs là-bas, mais il y a beaucoup de talent. C’est vraiment bien de suivre leurs traces. »

— Une citation de  Bennedict Mathurin

Mathurin a ceci de particulier qu’il serait le premier joueur né et formé au Québec à être repêché au premier tour dans la NBA. Bill Wennington, né à Montréal, a gagné trois championnats avec les Bulls, mais il a quitté le Canada avant d'entrer à l'école secondaire.

Il reste encore beaucoup de basketball à jouer pour Mathurin, mais certaines listes le projettent dans le top 10 au prochain repêchage.

Devenir professionnel après la saison 2020-2021 aurait été une décision légitime. Mathurin a été nommé dans l’équipe d’étoiles des recrues de la PAC-12 l’année dernière. Mais il a préféré rester en Arizona pour peaufiner son jeu. Un choix qui fait le bonheur de son entraîneur, Tommy Lloyd.

Il se développe encore. On est à une époque où certains veulent voir les jeunes dans la NBA le plus vite possible. Ben doit se développer à son propre rythme et il m’a l’air de bien faire ça. Il nous donne de superbes résultats, il est en train de devenir un vrai bon joueur de basketball. C’est super de le voir.

Selon Lloyd, Mathurin a trouvé le moyen d’être plus patient avec le ballon, ce qui lui permet de mieux dicter le rythme du jeu.

J’aime comment il a ralenti avant de passer le ballon. Ce n’est pas contre le règlement de jouer rapidement, mais il nous est encore plus utile quand il laisse le jeu se développer, et quand il reçoit la passe. Je pense qu’il gagne en maturité.

Quand il prend des rebonds offensifs, il passe d’un joueur qui doit se faire alimenter par ses coéquipiers à un joueur qui sert ses coéquipiers. Il devient très difficile à contenir.

Avec une saison universitaire de plus, Mathurin a pu gagner en maturité, physique et mentale, et travailler avec un entraîneur pédagogue, cérébral. Nous travaillons chaque jour l’intelligence de jeu. Je ne me tracasse pas avec l’exécution des jeux, a expliqué Lloyd. Je veux que mes joueurs s’approprient le processus, qu’ils apprennent à jouer. Je veux que mes joueurs créent de belles séquences par eux-mêmes, je pense que c’est ça la beauté de notre sport.

Son équipe a une autre particularité d’accueillir plusieurs joueurs internationaux. Il n’est pas rare de voir un ou deux athlètes d’outre-mer dans les équipes de basketball de la NCAA. L’Arizona en a huit. Mathurin, le seul Canadien, a pour coéquipiers des joueurs de Lituanie, de Lettonie, de Suède, du Mali, du Cameroun et de France. Pour être honnête, ça me rappelle un peu Montréal, avec beaucoup de joueurs de l’international. On a plusieurs joueurs qui parlent français dans l’équipe, je me sens un peu à la maison avec tout ça.

Mathurin entre déjà dans une période charnière de sa carrière : l’Arizona, toujours invaincu, aura un calendrier à l’approche des fêtes avec des matchs contre de grosses pointures comme UCLA et USC. Puis le March Madness, que les Wildcats ont remporté une fois en 1997. Ils se sont également inclinés en finale en 2001.

En commençant la saison, on était 4e dans notre conférence. Selon moi, on est la meilleure équipe. C’est une question de rester concentré et de continuer de travailler.

Et la NBA dans tout ça? Chaque chose en son temps.

Je ne me concentre pas vraiment sur ça. Mon but, c’est de me rendre au March Madness, de gagner le championnat, c’est là-dessus que je me focalise.

Difficile de ne pas penser que Bennedict Mathurin a les moyens de ses ambitions.

Le joueur de basketball, en blanc, sourit pour la photo en brandissant le nom de son équipe sur son chandail.

Bennedict Mathurin a été nommé deux fois joueur de la semaine dans la PAC-12 de la NCAA.

Photo : Associated Press / Ethan Miller

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