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Chronique

Le stade, le coût nul et les chats

Le premier ministre en complet en conférence de presse, avec des drapeaux du Québec derrière lui

François Legault

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Et si, pour une fois, on appelait un chat un chat?

Alors que le baseball majeur vient de s’engouffrer dans un lock-out qui s’annonce long et pénible, le gouvernement de François Legault commence à lancer des ballons politiques pour tester son idée de financer un stade de baseball au centre-ville de Montréal.

Mardi matin, La Presse publiait deux articles fort intéressants dans lesquels, soutenait-on, le gouvernement du Québec n’aurait pas encore décidé si des fonds publics seront utilisés afin de financer une partie de la construction d’un amphithéâtre qui accueillerait, à mi-temps, les Rays de Tampa Bay.

Le ballon-sonde surgissait toutefois rapidement dans le décor. Si le gouvernement devait décider de lancer des centaines de millions dans ce projet, ce serait à coût nul pour les contribuables, assurait-on.

Ouf! Voilà la population rassurée.


Le hic, c’est que les investissements publics dans les stades et les amphithéâtres ne se font jamais à coût nul pour les contribuables. Ça n’arrive tout simplement pas. Même si on prétend, comme c’est le cas ici, qu’on utiliserait les impôts payés par les joueurs pour financer le stade, ou que les retombées économiques provenant de l’étranger (le tourisme) finiront par effacer les centaines de millions engloutis.

Les plus fins observateurs auront donc remarqué que, si la décision de financer un stade n’est pas encore prise, les calculs justifiant la signature d’un éventuel chèque semblent pas mal réalisés.

Pour l’originalité, les faiseurs d’images du gouvernement devront donc repasser. Car la théorie du coût nul est un argument qu’invoquent tous les promoteurs qui souhaitent se faire construire un stade ou un aréna aux frais des contribuables. Sauf qu’au fil des ans, ces prétentions ont été mille fois démolies par d’innombrables études menées par des économistes de renom.

En mars dernier, quand le premier ministre avait lui-même soutenu que les retombées économiques d’une demi-équipe de baseball justifieraient une participation financière du gouvernement, j’avais d’ailleurs publié cette chronique. Ce texte rappelait à quel point les retombées engendrées par la présence d’une équipe de sport professionnel sont négligeables. Et qu’au bout du compte, les contribuables ne sortent jamais gagnants de ce genre de manoeuvre.

L’un des économistes cités, le professeur Allen Sanderson de l’Université de Chicago, avait écrit en 2011 : Si vous souhaitez injecter de l’argent dans une économie locale, il est plus efficace de survoler la ville à bord d’un hélicoptère en lançant cet argent dans les airs plutôt que d’investir dans un nouveau stade de baseball.

En lisant cela, bien des contribuables se diront probablement qu’ils préféreraient l’option de l’hélicoptère. D'autant que, dans le cas qui nous occupe, une demi-équipe de baseball ne générerait que la moitié des retombées négligeables.

Un homme en complet arrivant à une conférence de presse.

Stephen Bronfman est à la tête du Groupe Baseball Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers


Tout cela nous ramène à la prémisse de ce texte.

Si le gouvernement Legault tient mordicus à aider Stephen Bronfman et quelques-unes des plus grandes fortunes québécoises (comme Mitch Garber, Stéphan Crétier, Alain Bouchard et Eric Boyko) à devenir actionnaires minoritaires d’une équipe de baseball détenue par un Américain, pourquoi ne le dit-on pas clairement?

Ça pourrait donner quelque chose comme ceci :

Écoutez, on sait que ça ne rapportera pas grand-chose d’un point de vue économique, mais on pense que ce serait bien que Montréal retrouve ne serait-ce qu’une demi-place parmi les villes du baseball majeur. C’est une décision politique. C’est aussi simple que cela. On a donc décidé de donner 300 ou 400 millions de vos taxes pour aider à la construction d’un stade. En tant que contribuable, votre seul avantage consistera à payer pour aller voir des matchs de baseball si vous aimez ce sport. Par contre, ces fonds publics donneront une valeur supplémentaire aux nombreux immeubles que les propriétaires du club de baseball vont construire autour du stade. Ces derniers seront donc doublement avantagés, mais nous aurons une équipe.

Cette position provoquerait à coup sûr un tonnerre de protestations. Mais elle aurait au moins le mérite d’être claire et de ne pas induire les citoyens en erreur avec des concepts économiques douteux.


Finalement, avant de se lancer dans des calculs de retombées économiques pour justifier d’éventuelles subventions, il serait aussi intéressant que le gouvernement envisage en quoi consisterait le pire scénario susceptible de se produire si le concept d’une équipe à deux têtes voyait le jour.

C’est ce que font les investisseurs sérieux avant d’engager des sommes aussi considérables dans des projets qui n’ont été testés nulle part auparavant.

Et le pire scénario imaginable, qui est loin de relever de la science-fiction, serait que cette idée soit rejetée par les populations des deux villes. Et qu’à moyen terme, l’existence des Expos-Rays devienne l’un des pires cirques jamais vus dans l’histoire du sport professionnel nord-américain.

Là aussi, la théorie du coût nul en prendrait pour son rhume.

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