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Chronique

Les dictateurs et le casque arc-en-ciel de Lewis Hamilton

Les hommes discutent sur la piste lors d'une cérémonie.

Mohammed ben Salmane Al-Saoud en présence du président de la FIA Jean Todt avant le Grand Prix présenté dimanche en Arabie saoudite.

Photo : Getty Images / Lars Baron

Quand on jette un coup d’œil sur certaines parties du calendrier du Championnat du monde de F1, on en vient parfois à se demander s’il ne s’agit pas plutôt d’un relevé des pires pays de la planète en matière de droits de la personne.

Dimanche, le cirque de la formule 1 présentait sa toute première épreuve en Arabie saoudite. Avant que les feux passent au vert, on a même eu droit à des images du prince Mohammed ben Salmane Al-Saoud, confortablement installé dans sa loge.

Selon les services de renseignements américains, celui-ci était directement lié à l’assassinat du journaliste du Washington Post Jamal Khashoggi en 2018. On tient aussi ce dictateur responsable d’une campagne de bombardements qui a provoqué une grave famine au Yémen.

Même si les femmes ont récemment obtenu le droit de conduire en Arabie saoudite, ce pays emprisonne toujours les féministes. Par ailleurs, le système pénal saoudien autorise la peine de mort pour les mineurs ou pour ceux qui critiquent le régime au pouvoir. L’homosexualité y est aussi passible de flagellation et d’emprisonnement.

Deux monoplaces de F1 roulent sur un circuit ceinturé de murets et de clôtures de sécurité.

Les pilotes ont roulé sur le circuit de Jeddah, en fin de semaine.

Photo : Getty Images / Dan Mullan

Le quotidien The Guardian soulignait cette semaine qu’un intellectuel saoudien, Hassan Al-Malik, fait face à la peine de mort pour avoir exprimé une opinion sur l’histoire musulmane et pour avoir possédé des livres non autorisés par le régime.

Mais bon, il semble que la compagnie américaine qui possède la F1, Liberty Media, pouvait difficilement fermer les yeux sur les 650 millions de dollars que le gouvernement saoudien était prêt à verser pour présenter des courses pendant 10 ans.


Au début de la semaine, plusieurs organismes ont interpellé les dirigeants du cirque de la formule 1 ainsi que certains pilotes sur l’épouvantable bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne.

Encore une fois, Lewis Hamilton a été l’un des seuls à monter au front et à se dire, sans hésitation, très mal à l'aise à l’idée de piloter sa monoplace dans ce pays.

En guise de protestation et de soutien à la communauté LBGTQ+, Hamilton portait un casque peint aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Le problème, toutefois, réside dans le fait que le Britannique est obligé de porter ce casque de plus en plus souvent.

Un pilote casqué salue la foule de la main droite.

Lewis Hamilton porte un casque en soutien à la communauté LGBTQ+.

Photo : Getty Images / Pool

Lors de la course précédente, le cirque de la F1 faisait pour la première fois escale au Qatar, où l’homosexualité est aussi considérée comme illégale et où les travailleurs migrants sont malmenés et vivent souvent dans des conditions proches de l’esclavage.

Pas plus tard qu’il y a deux semaines, deux journalistes norvégiens ont été arrêtés et leur matériel a été saisi après qu’ils eurent visité un site de construction d’un stade qui accueillera la Coupe du monde de soccer de 2022.

Et dimanche prochain, pour le dernier grand prix de la saison, Lewis Hamilton et Max Verstappen se disputeront le championnat des pilotes à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis.

Encore là, il s’agit d’un pays où les dissidents politiques sont emprisonnés, torturés ou disparaissent tout simplement.

Si l’on additionne cette spectaculaire dernière ligne droite de la saison avec le fait que le calendrier 2021 de la F1 comprenait aussi des arrêts à Bahreïn, en Azerbaïdjan et en Russie (la Chine fait l’impasse depuis le début de la pandémie), on comprend assez clairement que les multinationales admirées comme Mercedes, Ferrari, Renault (Alpine), Red Bull et Aston Martin ne ressentent pas la moindre gêne à s’associer à des régimes qui violent, au vu et au su de tous, les droits de la personne.


Les dernières semaines de l’année 2021 sont donc loin d’être glorieuses pour plusieurs grandes organisations sportives.

Les Professional Golfers' Association américaine et européenne, notamment, sont engagées dans une véritable partie de bras de fer avec plusieurs de leurs joueurs vedettes.

Attirés par les bourses et les cachets faramineux qui leur sont offerts, ces derniers tiennent à participer à un tournoi en Arabie saoudite en février prochain.

Le gouvernement saoudien, qui cherche à polir son image internationale en s’impliquant dans toutes sortes de projets sportifs, caresse l’ambition de lancer un circuit mondial de golf afin de faire concurrence aux circuits américains et européens.

Pour chaque Rory McIlroy, Jon Rahm ou Brooks Koepka, qui refusent de devenir des instruments de propagande, il y en a plusieurs autres, comme Tommy Fleetwood, Bryson DeChambeau, Dustin Johnson, Phil Mickelson, Lee Westwood et Sergio Garcia, qui se disent que les chèques offerts surpassent toute autre considération.


Alors que l’année 2021 tire à sa fin, l’affaire Peng Shuai n’est toujours pas réglée en Chine.

Le PDG de la Women's Tennis Association, Steve Simon, a fait figure de véritable héros mercredi dernier en décidant de suspendre la présentation de tous les tournois professionnels féminins en Chine.

La décision de Simon, dont j’ai moi-même souligné le leadership, apparaît comme une très nette cassure par rapport au ton conciliant qu’adopte la quasi-totalité des grands circuits ou organismes sportifs avec le régime chinois. Il s’agit peut-être de la chute d’un premier domino. Peut-être d’un coup d’épée dans l’eau. Le temps le dira.

Une femme pose pour les photographes.

Shuai Peng pose pour les photographes lors d'une réception de la WTA.

Photo : Getty Images / Eamonn M. McCormack

Quand on y réfléchit un peu, la Women's Tennis Association a attendu qu’une de ses athlètes se retrouve dans une position fâcheuse avant de tracer sa ligne dans le sable.

Avant que Peng Shuai dénonce une agression sexuelle il y a quelques semaines, les dirigeants de la WTA ne voyaient aucun inconvénient à organiser 9 ou 10 tournois par année en Chine.

Pourtant, selon Human Rights Watch, la répression n’a jamais été aussi forte dans ce pays depuis le massacre de la place Tiananmen en 1989. Plusieurs gouvernements considèrent notamment que les Ouïgours y sont victimes d’un génocide. Et selon plusieurs rapports, les femmes de cette minorité sont stérilisées de force.

Et les dirigeants du Comité international olympique, pour leur part, se comportent exactement comme leurs homologues de la F1. Ils s’apprêtent à présenter leurs Jeux d’hiver à Pékin et continuent à pratiquer une diplomatie mollassonne avec le gouvernement chinois et à détourner le regard en espérant que leur spectacle ne soit pas trop perturbé dans moins de deux mois.

Dans la vie, les actions parlent plus fort que les paroles.

Quand on prend un pas de recul et qu’on regarde dans quelle direction se dirige un immense pan de l’univers sportif, c’est franchement décourageant.

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