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Chronique

Peng Shuai, le CIO et les Jeux de Pékin

Un homme est en discussion par vidéoconférence avec une femme.

Thomas Bach (de dos) en discussion avec la joueuse de tennis chinoise Peng Shuai dans une photo diffusée par le Comité international olympique

Photo : CIO/Greg Martin

En lisant la récente lettre du patron de la WTA (Women’s Tennis Association), Steve Simon, aux dirigeants chinois dans l’affaire Peng Shuai, cette athlète qui a osé dénoncer une agression sexuelle de la part d’un ancien vice-premier ministre, j’ai eu un sentiment de réconfort. Un réconfort qu’il y a encore espoir de voir de grandes organisations sportives prendre position pour défendre des individus et dénoncer l’injustice sans avoir peur des répercussions politiques.

Il faut lire et relire cette lettre pour apprécier le poids et l’intention de chaque mot bien choisi. On ne tourne pas autour du pot pour ne pas trop déplaire. Au contraire, M. Simon aborde le sujet avec une franchise accablante et extraordinaire. Bref, il appelle un chat un chat et demande catégoriquement l’imputabilité des dirigeants chinois afin d’être transparent et de permettre à Peng Shuai de s’exprimer librement.

Vous me voyez sûrement venir avec mon chapeau olympique. Depuis longtemps, je critique le Comité international olympique (CIO) pour avoir pris de mauvaises décisions et fermé les yeux sur plusieurs scandales reliés à l’attribution des Jeux au fil des ans.

Même chose sur les demi-mesures punitives contre la Russie, pourtant prise les deux mains dans la jarre à biscuits. Et pour ajouter comble d’injure, on a gardé le nom russe (Comité olympique russe) dans l’appellation de cette délégation aux Jeux, alors qu’il ne devait jamais être prononcé pendant les quinzaines de Pyeongchang et de Tokyo. Pourquoi personne de haut placé n’a-t-il rien dit publiquement à ce sujet? Parce que, contrairement à la WTA, la machine politique à l’intérieur de l’organisme est trop grosse et si on fait beaucoup de bruit, on risque fortement d’être mis de côté et de perdre notre influence potentielle.

À quoi bon avoir de l’influence si on n’a jamais le droit de se prononcer?

On a vu un contraste frappant entre deux organisations aux approches bien différentes. Thomas Bach, président du CIO, se disait heureux de voir que Peng Shuai allait bien et était en sécurité à la maison à Pékin à la suite d’une visioconférence de 30 minutes avec elle.

Tout autre son de cloche de la part de Steve Simon, qui a dit ouvertement que cet appel avec Bach était une pièce de théâtre bien orchestrée par les autorités chinoises. Et en réponse à ce commentaire de la WTA, Dick Pound, qui pourtant n’a jamais eu la langue dans sa poche, proclame que l’approche de la WTA n’est pas la bonne, la preuve étant qu’elle n’a pas eu cette occasion d’échanger avec Peng Shuai.

On verra bien qui a raison ici. Mais chose certaine, je sais qui j’aimerais avoir derrière moi si j’étais dans une telle situation...

Tout ça apporte beaucoup d’attention négative sur les Jeux de Pékin, qui s’ouvriront dans deux mois. Déjà, plusieurs voix demandent leur annulation. D’autres en appellent à un boycottage, alors que certains parlent de boycottage diplomatique plutôt que sportif.

La solution du boycottage diplomatique est peut-être le meilleur compromis et, surtout, ne nuirait pas à nos athlètes.

En réaction à cette histoire, le gouvernement fédéral est encore très évasif sur le sujet des Olympiques de Pékin. Notre nouvelle ministre des Sports, Pascale St-Onge, n’osait pas trop se prononcer et gagnait du temps. Mais le problème est que nos athlètes, eux, n’ont pas de temps. Ils doivent s’entraîner et tenter de faire fi de tout ce bruit médiatique.

C’est déjà une période névralgique pour un athlète olympique. À quelques semaines des Jeux, on leur doit au moins un peu de clarté sur nos intentions politiques. Je comprends qu’il y a plusieurs facteurs en jeu, mais on devrait au moins donner un plan A, B ou C selon ce qui se passera dans les prochaines semaines. Sinon, on ne fait qu’alimenter la machine à rumeurs, toujours bruyante à l’aube d’une cérémonie d’ouverture.

Je suis le premier à dire tout haut que ces Jeux n’auraient jamais dû être attribués à la Chine. Le CIO est le seul responsable de cette décision. Mais lorsqu’on me parle de boycottage, je dois fermer les yeux et prendre trois grandes respirations.

Comment pouvons-nous être si naïfs de penser que les choses changeront en Chine si les athlètes de certains pays ne se présentent pas à Pékin? Même si tous les pays participants décidaient de faire la même chose, vous pensez que dans quelques années les Ouïgours vivront en toute liberté et que des athlètes comme Peng Shuai auront enfin le droit de dénoncer leur agresseur?

Au contraire, je crois que s’il y a une chose positive dans le fait d’avoir les délégations internationales présentes en territoire chinois, ce sera justement de mettre plus de lumière sur ce qui se passe vraiment dans ce pays opaque. Nos athlètes n’ont pas à payer le prix pour apaiser notre bonne conscience, alors que j’écris cet article sur un ordinateur fait en Chine et que je suis pas mal certain que vous me lisez sur un téléphone fabriqué au même endroit.

Il ne s’agit pas de refaire le monde, mais soyons conséquents lorsqu’on demande à environ 250 athlètes canadiens de sacrifier inutilement leur vie pour nous.

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