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Nouvel entretien vidéo entre Peng Shuai et le CIO, qui défend son « approche humaine »

Une joueuse de tennis s'apprête à faire un service.

Peng Shuai à Wuhan en 2019

Photo : Getty Images / Wang He

Agence France-Presse

Le Comité international olympique (CIO) a annoncé s'être de nouveau entretenu mercredi avec la joueuse de tennis chinoise Peng Shuai, et il a répondu jeudi aux accusations de complaisance avec la Chine en défendant son « approche humaine » de la situation.

Nous partageons la même inquiétude que nombre d'autres personnes et organisations au sujet du bien-être et de la sécurité de Peng Shuai, mais nous avons opté pour une approche très humaine et centrée sur la personne, plaide dans un communiqué l'instance olympique, qui n'a pas rendu public d'enregistrement ni d'image de cet entretien.

Si son patron Thomas Bach avait obtenu il y a 10 jours le premier contact d'un interlocuteur étranger avec la joueuse, c'est une équipe du CIO qui a conduit cette deuxième visioconférence d'une demi-heure, pendant laquelle la joueuse a semblé être en sécurité et aller bien, compte tenu de la situation difficile où elle se trouve.

Nous lui avons offert un soutien très large, nous resterons en contact constant avec elle, et avons déjà fixé une rencontre personnelle en janvier, envisagée lors du premier entretien avec Thomas Bach, précise l'organisation basée à Lausanne.

Un homme est en discussion par vidéoconférence avec une femme

Thomas Bach (de dos) en discussion avec la joueuse de tennis chinoise Peng Shuai, le 21 novembre, dans une photo diffusée par le Comité international olympique

Photo : CIO/Greg Martin

Comme dans ses précédents communiqués sur le sujet, le CIO n'a fait aucune allusion aux accusations d'agression sexuelle formulées début novembre par Peng Shuai contre un ex-haut dirigeant chinois, et il n'a pas réclamé d'éclaircissement sur ce point ni de garantie sur la pleine liberté de mouvement de la joueuse.

Cette discrétion, largement perçue comme une volonté de ménager l'hôte des prochains Jeux d'hiver de Pékin (4-20 février), contraste avec les virulentes prises de position de nombreuses vedettes du tennis et la décision annoncée mercredi par la WTA, qui gère le circuit féminin de tennis, de suspendre ses tournois en Chine.

Il existe différentes façons d'assurer son bien-être et sa sécurité. Nous avons adopté une approche très humaine et centrée sur la personne pour aborder sa situation, dit le CIO, se défendant par ailleurs de contact direct avec le pouvoir chinois. Comme il s'agit d'une triple participante aux Jeux, le CIO aborde ces préoccupations directement avec les organisations sportives chinoises.

Nous avons recours à la diplomatie discrète qui, compte tenu des circonstances et de l'expérience des gouvernements et d'autres organisations, est considérée comme le moyen le plus prometteur d'agir efficacement dans ce type d'affaires humanitaires, a conclu l'organisation.

De vives réactions

De Billie Jean King au no 1 mondial Novak Djokovic, plusieurs grands noms du tennis ont affiché leur soutien à la WTA dans sa ligne choisie pour exiger des nouvelles de Peng Shuai.

Dans une rare réaction, l'ATP, équivalent masculin de la WTA, a réclamé une ligne de communication directe entre la joueuse et la WTA, tout en rejetant l'idée du boycottage de la Chine.

Une présence dans le monde entier donne une meilleure chance d'obtenir des résultats, a assuré le président de l'ATP Andrea Gaudenzi.

Les accusations de Peng doivent être traitées, a souligné dans un communiqué transmis à l'AFP la Fédération internationale de tennis (ITF), qui continuera à soutenir les efforts fournis dans ce sens, à la fois publiquement et en coulisses.

En réponse à la décision de la WTA, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Wang Wenbin, a dénoncé jeudi une politisation du sport. L'Association chinoise de tennis, l'instance étatique chargée de ce sport en Chine, a quant à elle exprimé son indignation, selon un gazouillis publié jeudi par le quotidien chinois officiel Global Times.

La WTA a pris cette initiative en raison, selon son président Steve Simon, des doutes sérieux persistants quant à la liberté de mouvement de la joueuse de 35 ans, lauréate à Wimbledon et à Roland-Garros en double. Dans un communiqué au ton virulent, il a annoncé mercredi soir la suspension immédiate de tous les tournois de la WTA en Chine, y compris à Hong Kong.

Une fermeté saluée par de nombreuses vedettes. Pour Billie Jean King, gagnante de 12 tournois du grand chelem, la WTA est du bon côté de l'histoire.

Je soutiens complètement la position de la WTA parce qu'on n'a pas assez d'informations sur Peng Shuai, a affirmé Novak Djokovic.

La légendaire Martina Navratilova a salué une position courageuse qui fait passer les principes avant les dollars.

Le retrait décidé par la WTA pourrait coûter à terme des millions de dollars à l'organisation, car la Chine constitue l'un de ses plus gros marchés.

L'ancienne première raquette mondiale Andy Roddick a souligné le risque pris selon lui par Steve Simon. Bien agir est bien plus facile quand ça ne coûte rien. Respect, a-t-il dit.

Le pays asiatique n'a toutefois pas accueilli de tournois de la WTA récemment en raison de la COVID-19 et n'en aurait vraisemblablement pas organisé dans un proche avenir.

Lors de la saison 2019, la dernière à ne pas avoir été touchée par la pandémie, 10 tournois avaient été organisés en Chine, dont les finales de la WTA.

J'espère que les dirigeants du monde vont continuer à se manifester pour que justice soit rendue à Peng et à toutes les femmes, quelles qu'en soient les conséquences financières, a souligné Steve Simon.

Steve Simon, président de la WTA

Steve Simon, président de la WTA

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

Début novembre, dans un message publié sur le réseau social chinois Weibo, qui avait vite disparu, Peng Shuai avait notamment accusé l'ancien vice-premier ministre chinois Zhang Gaoli, marié et de 40 ans son aîné, de l'avoir contrainte à une relation sexuelle.

De nombreuses vedettes du tennis mondial, de Chris Evert à Naomi Osaka, plusieurs pays occidentaux comme la France et les États-Unis, mais aussi l'Union européenne et l'ONU, ont déjà demandé à Pékin de clarifier le sort de Peng Shuai.

La jeune femme est réapparue le 21 novembre dans un restaurant de Pékin et lors d'un tournoi de tennis organisé dans la capitale chinoise, selon des vidéos publiées par des journalistes de médias officiels.

Elle a aussi déclaré lors d'une visioconférence avec le président du CIO, Thomas Bach, être saine et sauve à son domicile à Pékin, mais qu'elle aimerait que sa vie privée soit respectée.

Cela a été insuffisant pour Steve Simon. Rien de tout cela n'est acceptable et ne le sera jamais. Si les puissants peuvent supprimer les voix de femmes et balayer sous le tapis des accusations d'abus sexuels, alors les fondements sur lesquels reposent la WTA – égalité pour les femmes – seraient fortement ébranlés, a-t-il affirmé.

La décision de la WTA fait l'objet d'une intense censure sur les réseaux sociaux. La grande majorité des Chinois n'ont ainsi pas connaissance de l'effervescence entourant Peng Shuai.

Certains internautes chinois, au courant de l'information, ont toutefois publié jeudi des commentaires tantôt élogieux, tantôt hostiles, sur le compte officiel Weibo de la WTA.

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