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Chronique

La fin de Bergevin, ou l’art de mal conclure une longue relation d’affaires

Geoff Molson et Marc Bergevin

L'ex-directeur général du Canadien Marc Bergevin regarde en direction du propriétaire de l'équipe, Geoff Molson. (archives)

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Rarement la sortie d’un directeur général du Canadien aura-t-elle été gérée de façon aussi inélégante.

Le week-end a été fort en jeux de coulisses et en rebondissements dans l’entourage du CH, et la cascade se poursuivra pendant encore plusieurs semaines.

Marc Bergevin a appris samedi que son bras droit Scott Mellanby avait remis sa démission après avoir été courtisé, puis écarté, en vue d’une promotion dans la haute direction de l’organisation.

Puis, comme les mauvaises nouvelles viennent rarement seules, Bergevin en a reçu une autre de la part d’un dirigeant d’une autre équipe de la LNH. Cette connaissance lui a annoncé que le Tricolore avait demandé, et obtenu, la permission des Rangers de New York de s’entretenir avec leur ex-directeur général Jeff Gorton. En plus, selon les informations circulant dans les hautes sphères de la LNH au moment de cet appel, Gorton avait même déjà conclu une entente avec l'équipe montréalaise!

***

Disons les choses comme elles sont : Bergevin savait que son temps était compté. Ces choses-là se sentent. La garde rapprochée de Geoff Molson avait commencé à sérieusement évaluer ses options depuis quelques semaines. Selon une source fiable, il avait d’ailleurs vidé ses bureaux de Brossard et du Centre Bell de ses objets personnels.

Marc Bergevin n’est donc pas tout à fait tombé des nues. Toutefois, après avoir détenu le poste de DG durant neuf ans et demi, il ne se doutait certainement pas qu’il allait quitter l'équipe dans des circonstances aussi rocambolesques.

Aurait-ce été si difficile de faire les choses dans l’ordre et de le congédier avant qu’il soit placé devant le fait accompli sur la place publique? La réponse coule de source. C’est un (autre) incroyable faux pas de la part du Bleu-blanc-rouge cette année.

C’est n’importe quoi, a d’ailleurs lancé une source bien au fait du dossier.

L’ex-directeur général a probablement songé à imiter Mellanby et à remettre sa démission samedi soir. Mais il lui restait quelque 1,5 million de dollars à toucher en salaire d’ici juin prochain. Et il était clair que Geoff Molson était désormais contraint de bouger rapidement en raison des fuites médiatiques survenues samedi.

Un instant de patience est déjà une victoire, dit un vieux proverbe.

***

Le couperet est finalement tombé dimanche après-midi quand, par voie de communiqué, Geoff Molson a annoncé que Bergevin, le directeur général adjoint Trevor Timmins et le vice-président aux communications, Paul Wilson, étaient relevés de leurs fonctions.

Bergevin touchera donc jusqu’à son dernier dollar de salaire. Il s’est par ailleurs montré très beau joueur dans un communiqué empreint de reconnaissance à l’endroit du public et de l’organisation.

C’est donc un balayage quasi total qui frappe le septième étage du Centre Bell. En rentrant au bureau lundi matin, le vice-président responsable des opérations hockey et des affaires juridiques (la gestion du plafond salarial), John Sedgwick, trouvera sans doute les lieux bien vides.

Dès l’annonce des renvois de Bergevin, Timmins et Wilson, Jeff Gorton a officiellement été nommé vice-président exécutif aux opérations hockey, soit le titre que détenait Marc Bergevin au sein de la haute direction.

Âgé de 53 ans et natif du Massachusetts, Gorton devient donc le tout premier homme de hockey étranger à occuper la plus haute fonction hiérarchique du département hockey du Canadien. Dans son communiqué, l’organisation a expliqué que Gorton avait été embauché afin d’assurer la continuité des opérations quotidiennes du secteur hockey pendant qu’on enclenche le processus d’embauche d’un nouveau directeur général.

Parmi les critères de sélection, en plus d’une expertise reconnue au niveau hockey, le nouveau directeur général devra pouvoir communiquer avec les partisans en anglais et en français , a précisé l’organisation.

Pour l’instant, il n’est donc pas clair que le mandat de Gorton se prolongera au-delà de la présente saison. Mais compte tenu du vide causé par le renvoi de Trevor Timmins, l’expertise de Jeff Gorton en évaluation de talent et son expérience à titre de directeur général dans la LNH pourraient certainement être mises à contribution pendant plusieurs années à Montréal.

Gorton a été directeur du recrutement des Bruins durant cinq ans avant d’être promu à titre de DG adjoint pendant huit ans. Il a même assumé l’intérim au poste de DG des Bruins durant cette période. Puis, avec les Rangers entre 2007 et 2021, c’est encore à partir d’un poste d’évaluateur de talent qu’il s’est hissé jusqu’à celui de directeur général.

Un redressement du département de recrutement amateur sera essentiel à une éventuelle relance de l’organisation montréalaise.

Après 2008, l’équipe de recruteurs a connu plusieurs années de vaches maigres qui ont fait couler l’équipe jusqu’au 29e rang pour les matchs disputés par des espoirs sélectionnés à l’encan amateur. Au cours des dernières années, le CH avait commencé à remonter la pente, mais semblait plafonner autour du 20e rang.

Cette lacune a constamment constitué un boulet pour Marc Bergevin durant son règne. Les échanges qu’il a conclus ont souvent été fructueux, mais dans un contexte de plafond salarial, le recrutement doit constituer la substantifique moelle d’une équipe de la LNH. C’est un passage obligé.

***

La présence de Gorton doit aussi être mise en contexte. Car, en ce moment, les candidats les plus susceptibles de décrocher un poste de DG à Montréal pourraient tous bénéficier de la présence d’un mentor à leurs côtés.

Parmi les décideurs de la LNH, le bruit court que le Tricolore a demandé au Lightning de Tampa Bay la permission de rencontrer Mathieu Darche. Les dirigeants du Lightning refusent toutefois de commenter ces informations. Ce silence peut facilement être interprété comme un aveu.

L’ex-attaquant du Canadien occupe depuis deux ans et demi le poste de directeur du développement des joueurs du Lightning. Il est détenteur d’un baccalauréat de McGill en marketing et en affaires internationales. Avant d’être embauché par Julien BriseBois, Darche occupait un poste de vice-président d’une entreprise de transport d’envergure internationale.

Le directeur général adjoint des Ducks d’Anaheim, Martin Madden fils, est pour sa part l’un des meilleurs évaluateurs de talents de sa génération. Il serait impensable qu’il ne soit pas rencontré dans le cadre de cette recherche d’un nouveau DG.

Le logo du Canadien à l'extérieur du Centre Bell.

Qui sera le prochain DG du Canadien?

Photo : usa today sports / Jean-Yves Ahern

Madden fils est détenteur d’un diplôme en ingénierie de McGill et d’une maîtrise en administration des affaires de HEC. Les Ducks d’Anaheim, dont il dirige le département de recrutement, constituent d’ailleurs l’une des plus grandes surprises dans la LNH cette saison en raison de la progression rapide de leurs jeunes joueurs. Année après année, les recruteurs des Ducks figurent parmi les plus performants de la LNH.

L’ex-attaquant Daniel Brière doit aussi être placé dans ce groupe de candidats valables pour occuper le poste de commande à Montréal. Étudiant par excellence du hockey junior canadien avant de faire le saut dans la LNH, Il termine une maîtrise en administration des affaires à la prestigieuse école de finance Wharton, de l’Université de Pennsylvanie.

Au cours des dernières années, Brière n’a jamais cessé de suivre de près les activités de la LNH pour éventuellement y détenir un poste de décideur. Ce sont d’ailleurs les Flyers qui l’ont encouragé à fréquenter Wharton. Les dirigeants des Flyers l’ont aussi préparé à un rôle de gestionnaire en lui confiant, depuis zéro, le lancement de leur équipe de l'ECHL, les Mariners du Maine. Brière aide Ian Laperrière dans le développement des meilleurs espoirs des Flyers.

Ce sont les trois candidats qui m’apparaissent les plus qualifiés. Mais nous aurons amplement le temps d’y revenir au cours des prochains jours et des prochaines semaines.

***

Sur le coup de 11 h lundi, Geoff Molson prendra enfin place derrière un micro pour expliquer ses décisions des derniers jours. Et qui sait, peut-être expliquera-t-il aussi son absence totale de la scène publique depuis trois mois, pendant que son équipe connaît la pire saison de son histoire et que l’organisation est plongée au cœur de 1000 turbulences?

Il y a trois ans et demi, le Canadien avait remplacé son vice-président aux communications Donald Beauchamp, qui était en poste depuis 25 ans, par Paul Wilson. Geoff Molson avait alors promis le début d’une ère de transparence sans précédent, comme si cet aspect de la culture de son entreprise dépendait réellement des volontés du responsable des communications.

Paul Wilson avait été embauché pour superviser les communications des secteurs sport et spectacles du Groupe CH. Une importante vague de mises à pied survenue durant la pandémie a toutefois ramené Wilson dans la gestion quotidienne des communications du Canadien.

Ce dernier a peut-être été remercié dimanche en raison de sa trop grande proximité avec Marc Bergevin. Mais sans se tromper, on peut avancer que Wilson s’est heurté à la même réalité que son prédécesseur.

Si les dirigeants d’une organisation se cachent et sont réticents à communiquer avec les médias et le public, il n’y a pas grand-chose que le responsable des communications puisse faire.

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