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Antoine Valois-Fortier, pilier du judo canadien, à la retraite

Photo du judoka Antoine Valois-Fortier lors d'une épreuve.

Antoine Valois-Fortier explique pourquoi il prend sa retraite.

Photo : Radio-Canada

Antoine Valois-Fortier a décidé de prendre sa retraite d'athlète de haut niveau, mais il n'abandonne pas pour autant le judo. Il continue son chemin comme entraîneur pour aider ses anciens coéquipiers à se préparer pour les Jeux olympiques de 2024 à Paris.

Personne n'a oublié ses larmes aux Jeux de 2016, face à la caméra de Radio-Canada, après sa défaite hâtive. Le sympathique judoka avait ce jour-là touché le cœur de millions de gens.

Un judoka essuie ses larmes sur sa manche droite pendant une entrevue.

Antoine Valois-Fortier en larmes à Rio en 2016

Photo : Radio-Canada

Valois-Fortier avait déjà fait vibrer le Québec et le Canada quatre ans plus tôt, à Londres, avec sa médaille de bronze.

Malgré les blessures qui ont perturbé sa carrière, le Québécois a toujours eu en tête de devenir champion olympique ou mondial. Ça n'est pas arrivé, mais il a montré tout son courage en remportant une médaille de bronze aux Championnats du monde de 2019 après une pause forcée de deux ans en raison de deux opérations au dos.

Photo du judoka Antoine Valois-Fortier lors d'une épreuve.

Il avait bon espoir de remonter sur un podium olympique en 2020, mais la pandémie a bouleversé ses plans. Le report des Jeux à 2021 a été un coup dur pour lui.

Au lendemain de Tokyo, je n’avais aucune idée de la décision que j’allais prendre, dit-il.

J’ai tenté de me retrouver des objectifs. J’ai tenté de me fixer des objectifs à court terme. Puis, rapidement, je me suis rendu compte que peut-être l’envie n’y était plus, la motivation n’y était plus. Je me sentais fatigué, explique l'athlète de 31 ans. Je ne me voyais pas refaire une préparation optimale pour vraiment me mettre en position de remporter des médailles d’or.

Valois-Fortier a alors fait le bilan de ses expériences des dernières années.

Je commençais à sentir un petit peu le poids de l’âge, l’accumulation des petits bobos, précise-t-il. Lorsque je regardais ma préparation pour Tokyo, je trouvais que je tirais de la patte un petit peu.

« Je devais être honnête avec moi, et je ne sentais plus que c’était possible pour moi. »

— Une citation de  Antoine Valois-Fortier, judoka, médaillé olympique

Je pense que sa dernière année de carrière, ce n’est pas le scénario qu’il avait scripté, mentionne Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada.

Le report des Jeux olympiques a été un premier gros morceau à gérer, croit-il. Et au fur et à mesure de nos discussions, ça devenait de plus en plus clair dans sa tête, et dans ses mots aussi, que Tokyo était fort probablement sa dernière compétition.

Il a été battu en huitièmes de finale à Tokyo, le 26 juillet.

Il est accroupi et regarde au sol après sa défaite, l'arbitre l'invite à se déplacer.

Antoine Valois-Fortier éliminé dès son deuxième combat aux Jeux de Tokyo .

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

J’ai été moi-même, j’en suis très fier

Avec la décision de Valois-Fortier d’arrêter la compétition, l’équipe canadienne perd son pilier. Un athlète d’exception, solide sur les tapis, mais parfois fragile de corps et de cœur, tant il était grand et ouvert. C’est ce qui ressort des témoignages de ses camarades de travail.

Je pense d’abord à sa bienveillance, sa générosité, n’hésite pas à dire Catherine Beauchemin-Pinard.

C’est la façon qu’il agit avec les gens, croit la judoka, médaillée olympique comme lui. Les gens peuvent se dire : "Il pourrait être un grand frère pour moi." Il est attachant, et il peut vraiment créer une connexion avec beaucoup de personnes.

Une judoka sourit pendant une compétition.

Catherine Beauchemin-Pinard

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Cette générosité dans le geste, la parole et le regard, Antoine Valois-Fortier l'a gardée tout au long de sa carrière.

Je suis très fier de ma médaille de bronze à Londres, très fier d’être revenu d’une période très difficile en 2019 pour remporter une médaille de bronze aux Championnats du monde, mais j’espère juste qu’au quotidien, pour mes coéquipiers, mon entourage, qu’on va se souvenir beaucoup plus de la personne que des résultats.

J’espère que les gens vont dire que c’était plus agréable, que les moments difficiles étaient un peu moins difficiles lorsqu’Antoine était dans les environs. J’espère que c’est l’aspect humain au quotidien qui va avoir été le plus gros impact de mon passage.

Le nouveau retraité a bien conscience que son grand cœur a pu parfois lui jouer de vilains tours.

Je suis transparent, dans ma personne, dans mes émotions, dans ce que je dis, admet Valois-Fortier. C’est un peu une de mes forces et une de mes faiblesses. J’ai tout simplement été moi-même, j’en suis très fier.

Peut-être qu'à certains moments, ça m’a nui, mais c’est ma manière d’approcher les choses, reconnaît-il. Je ne changerais pas ces moments-là. À les refaire, je les referais peut-être différemment, mais sinon, j’en suis très fier.

Le judoka canadien se cache le visage et fond en larmes.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Antoine Valois-Fortier réagit à la fin de son combat de médaille de bronze aux JO de 2012.

Photo : Getty Images / Quinn Rooney

Quant à ses blessures qui lui ont fait perdre des années de compétition, le grand judoka de Québec est persuadé qu'elles l'ont rendu plus fort.

Il n’y a aucun doute que sans ces blessures, mon parcours aurait été différent. Est-ce que j’aurais été aussi performant? Je ne suis pas certain, parce que je pense que ces blessures-là ont beaucoup formé mon caractère, ont beaucoup formé ma vision des choses, ont beaucoup formé mon éthique de travail, toute ma philosophie comment j’approche les grands championnats, les moments importants. Tout l’apprentissage qui est ressorti de ces moments plus difficiles, en bout de ligne, ça a vraiment été des plus pour moi à la fin de ma carrière, ajoute-t-il.

Antoine Valois-Fortier estime que ces montagnes russes d’émotions ont permis aux gens de comprendre à quel point il s'est investi dans sa carrière, à quel point il y a mis toute sa personne.

C’est un garçon entier, très honnête, très humain, dit pour sa part Nicolas Gill. On l’a vu pleurer de joie et pleurer de déception. Ce que tout le monde a vu à travers les caméras, c’est qui il est. Il a des qualités humaines très fortes. Il est très transparent aussi, on sait exactement ce qu’il ressent.

« Cette personnalité-là va lui être très utile et va faire de lui un très bon entraîneur. »

— Une citation de  Nicolas Gill, directeur général, Judo Canada

Un nouveau chapitre

Antoine Valois-Fortier a en effet déjà commencé à écrire le prochain chapitre de sa vie.

Il a décidé de faire profiter les autres de son expertise. Judo Canada lui offre un poste d’entraîneur, ce qui lui permettra de suivre l’équipe canadienne dans son cheminement vers les Jeux olympiques de 2024.

Nicolas Gill confirme qu’il commencera officiellement le 1er janvier sa nouvelle carrière.

J’ai toujours été extrêmement passionné par le sport, surtout mon sport, le judo, explique Antoine Valois-Fortier. Donc, j’ai vite mentionné mes intérêts à Nicolas de faire partie de l’équipe suite à ma retraite sportive.

Lorsque la décision est devenue de plus en plus claire, Nicolas m’a tout simplement confirmé qu’il y allait avoir pour moi une place dans l’équipe, indique le nouveau retraité. Ça me réjouit. Je vais évoluer dans une autre sphère, si on veut, du judo compétitif.

« Le judo sera toujours une partie intégrale de ma vie, même si je ne suis plus un athlète à temps plein. »

— Une citation de  Antoine Valois-Fortier

Si tous les athlètes n’ont pas les capacités de devenir entraîneur, ce n’est pas le cas du médaillé olympique de 2012.

J’ai toujours vu chez Antoine ce côté-là qui était très naturel, affirme Nicolas Gill. Il était beaucoup tourné vers les autres, peut-être un peu trop, ça lui aurait mieux servi de plus se soucier de lui. Mais ça va être des qualités qu’il va amener dans son nouveau rôle. Je n’ai aucun doute, il n’aura aucun problème à faire ce transfert-là. Je suis conscient que ce ne sont pas tous les athlètes qui peuvent faire ça, mais Antoine n’est pas n’importe quel athlète non plus.

Deux judokas s'attrapent l'un l'autre et essaient de se faire tomber.

Antoine Valois-Fortier lors d'un entraînement

Photo : Radio-Canada / Fuat SEKER

Il en mange du judo, il adore ce sport-là, et le fait qu’il puisse être encore aussi présent dans le judo après sa carrière d’athlète, c’est un rêve, estime pour sa part Catherine Beauchemin-Pinard. Je ne ressens pas de tristesse. Le fait qu’il reste sur les tapis, je suis vraiment contente. Je suis contente pour lui.

« Je le vois déjà travailler avec certains athlètes, à avoir une complicité avec des athlètes, et j’ai hâte de voir ce que ça va donner en compétition. »

— Une citation de  Catherine Beauchemin-Pinard, judoka, médaillée olympique

Antoine Valois-Fortier a l’intention de faire progresser le groupe dans le court cycle vers Paris. Quitte à bousculer l’organigramme en place.

Un judoka à genoux sur le tatami. Il transpire.

Antoine Valois-Fortier prend une pause entre deux combats d'entraînement.

Photo : Radio-Canada / Fuat SEKER

Le grand Québécois a déjà fait ses gammes comme entraîneur, comme stagiaire en novembre à Paris et à Abou Dhabi, et à Malaga, en Espagne, en octobre.

Ça va être important pour moi de tourner mon focus vers les autres, explique Valois-Fortier. Un athlète est très égocentrique, c’est mes résultats, mon entraînement, ma planification. Ça va être super important d’essayer d’appliquer ce qui faisait de moi un bon athlète à comment je peux aider le groupe, à comment je peux aider la personne en avant de moi à réaliser son rêve.

Il espère compléter la vision qu’il y a déjà au sein de l’équipe de Judo Canada.

Je dois m’investir, passer du temps, tenter mon approche, essayer des idées, les structurer, les déstructurer, précise-t-il. C’est tout simplement d’accumuler les heures qui au fil des jours vont me former. Les Jeux olympiques de Paris vont arriver rapidement, on a déjà un excellent groupe, c’est de peaufiner quelques petits trucs pour que tout le monde arrive dans un état optimal, dans à peine deux ans et demi.

On saura assez rapidement si je suis en mesure de faire les bons ajustements pour devenir un entraîneur de qualité, fait-il remarquer.

Nicolas Gill en est intimement persuadé, puisqu'il suit Antoine Valois-Fortier depuis ses débuts.

Le double médaillé olympique de 1992 et 2000 a lui-même dû s’ajuster à chaque étape de sa carrière, d’athlète à entraîneur à directeur général.

L'argent du bronze de 2012

Il tient sa médaille de bronze près de son visage.

Antoine Valois-Fortier

Photo : The Canadian Press / Ryan Remiorz

La médaille de bronze d’Antoine Valois-Fortier aux JO de 2012 a rempli les coffres de la fédération et a permis à Nicolas Gill de construire des programmes pour assurer la relève. Catherine Beauchemin-Pinard et Jessica Klimkait, aujourd’hui médaillées olympiques, peuvent en témoigner.

Le programme junior a pu mettre beaucoup d’argent dans les jeunes, explique Catherine Beauchemin-Pinard. Moi, j’ai été une de ces jeunes. Jessica [Klimkait] a pu rentrer dans le programme. Je pense que toutes les personnes qui sont sur le tapis aujourd’hui ont une certaine redevance envers Antoine.

Peut-être qu’il y aurait eu moins de relève, se demande Beauchemin-Pinard. C’est clair que sa médaille a apporté quelque chose dans le judo aujourd’hui. Il y a encore de sa médaille qui se reflète sur le tapis.

Un centre d'entraînement vu de l'extérieur, le soir.

Les judokas au dojo de l'INS-Québec

Photo : INS-Québec

Le judo canadien s’est aussi doté d’une infrastructure de premier plan pour les générations à venir, avec le déménagement du centre national d’entraînement des judokas à l’INS-Québec, au stade olympique de Montréal. Le legs d’Antoine Valois-Fortier dépasse de loin les limites d’un tapis de judo.

Après que Jessica et moi on a remporté nos médailles à Tokyo, Nicolas [Gill] nous a dit qu’Antoine avait une grande part de responsabilité dans nos médailles. Je le crois aussi, révèle Beauchemin-Pinard.

« Le monde de l’extérieur ne le voit peut-être pas comment Antoine a pu être un exemple pour nous. »

— Une citation de  Catherine Beauchemin-Pinard, judoka médaillée olympique
Une athlète souriante tient de la main droite une médaille de bronze.

Catherine Beauchemin-Pinard à Tokyo

Photo : Getty Images / Harry How

Antoine Valois-Fortier aurait aimé remonter sur le podium aux JO de Tokyo, mais son parcours s’est arrêté prématurément. Il aurait pu disparaître pour évacuer sa peine dans son coin, loin du groupe. Mais c’est mal le connaître.

Malgré que sa journée s'est terminée plus tôt, il est resté pour m’encourager, pour me demander si j’avais besoin de quelque chose, si j’avais besoin de quelqu’un pour m’échauffer pour ma finale, se souvient Beauchemin-Pinard. Il était là entre chaque combat que j’avais, il m’encourageait, il me souhaitait bonne chance. Le fait qu’il soit resté, qu’il ait été là, c’est quelque chose qui m’a touchée grandement.

Passer le flambeau

L'athlète serre les poings en levant les bras pour célébrer une victoire.

Antoine Valois-Fortier

Photo : Getty Images / Charly Triballeau

C’est cette façon de vivre son sport, à ouvrir les bras pour aider ses coéquipiers, qui a convaincu Nicolas Gill qu’Antoine Valois-Fortier avait ce qu’il fallait pour faire progresser le groupe dans ses nouvelles fonctions d’entraîneur.

Le succès, c’est de passer le flambeau à quelqu’un qui va amener ça à un niveau encore supérieur, estime Nicolas Gill. C’est pas totalement ce que j’ai réussi comme entraîneur, mais pas loin (rire).

Une transition de carrière, il y a en a beaucoup qui ont du mal à la faire, rappelle le double médaillé olympique. Je pense qu’Antoine est en très bonne position pour bien la faire et avoir du succès dans ses nouveaux projets. Donc, en fait, c’est une journée heureuse (rire). C’est de même que je le vois, c’est excessivement positif.

« Au plus profond de moi-même, je suis extrêmement fier si je peux avoir motivé, avoir créé un certain engouement chez les athlètes de haut niveau qui sont ici en ce moment. »

— Une citation de  Antoine Valois-Fortier, judoka, médaillé olympique
Il lève l'index droit en signe de victoire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Antoine Valois-Fortier aux Jeux olympiques de 2012

Photo : Getty Images / JOHANNES EISELE

Personnellement, pour connaître le groupe, c’est tellement des athlètes hors normes, des personnes hors normes, exceptionnelles, dédiées, travaillantes, que j’ai beaucoup de misère à croire que c’est moi qui les ai inspirées, ajoute modestement Valois-Fortier.

Je pense que ce sont des gens qui se seraient rendus très loin même sans moi, croit le judoka québécois. Si je peux avoir joué un petit rôle là-dedans, j’en suis extrêmement fier. J’espère pouvoir continuer à le faire.

Avec Nicolas Gill à la direction de la fédération, avec Antoine Valois-Fortier qui prend le relais comme entraîneur national, l’avenir du judo canadien est entre bonnes mains.

« Il sera un très bon entraîneur » - Nicolas Gill

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