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Et si Fix You réparait le Canadien?

Ils sont en liesse.

Les spectateurs du Centre Bell avant la présentation des joueurs

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

L’histoire est sympathique, presque caricaturale et, surtout, fait le délice des journalistes. Samedi soir, le Canadien a vaincu les Predators de Nashville 6-3, dans une saison, disons-le poliment, difficile.

À la demande de Joel Edmundson, le Canadien a fait jouer avant la rencontre comme chanson d’entrée des joueurs Fix You de Coldplay, qui avait été remplacé cette saison par Bulls on Parade de Rage Against The Machine, au ton beaucoup plus bagarreur.

Un retour aux sources puisque l’organisation utilisait la chanson du groupe anglais depuis plus de 10 ans.

Ce serait naïf de croire que la chanson d’entrée a eu un réel impact sur l’issue du match, mais le lien fait quand même sourire, et le partisan de hockey montréalais en a bien besoin par les temps qui courent.

Au-delà de l’anecdote, la musique peut avoir un effet sur la performance d’un athlète.

Geneviève Cardella-Rinfret, consultante en performance sportive et doctorante à l’Université de Montréal, s’intéresse au lien entre le sport et la musique. Son mémoire de maîtrise portait d’ailleurs sur l’utilisation de la musique comme outil de préparation chez les athlètes olympiques.

Ce que la recherche montre, c’est qu’il y a plusieurs mécanismes qui s’exercent, souligne la consultante. On sait qu'au niveau de l'écoute musicale, il y a une activation dans une des aires du cerveau qui fait en sorte que la personne va ressentir du plaisir lorsqu’elle écoute de la musique.

Le but est bien sûr de placer l’athlète dans un bon état d’esprit avant une performance ou un match. Donc, tout ce qui rappelle une pénible peine d’amour est à proscrire. Mais de l’autre côté, si c’est associé à des émotions positives, comme une présence surprise en finale de la Coupe Stanley par exemple, la doctorante encourage les athlètes à l’ajouter à leur liste de lecture.

Il n’y a toutefois pas une chanson qui convient à tout le monde

C'est très varié le type d'écoute qui va procurer du plaisir, c'est personnel. Ça dépend de ce que la personne a l'habitude d'écouter, indique-t-elle. Il y a tout un mécanisme d'anticipation de la musique qui va faire en sorte que l'on va ressentir plus ou moins du plaisir. Donc à chaque athlète de découvrir quelle chanson le rejoint le plus. Il n'y a pas nécessairement de formule magique malheureusement.

Et ce peut-être d’autant plus difficile de trouver une chanson rassembleuse lorsqu’il y a plusieurs individus concernés, comme dans une équipe de hockey.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Chez le Canadien, les joueurs viennent de plusieurs pays différents, rappelle Geneviève Cardella-Rinfret. Ils ont des bagages culturels différents, c’est difficile de trouver un juste milieu et de trouver une chanson qui rassemble, mais on peut quand même le faire.

« Quand on trouve cette fameuse chanson qui fonctionne pour toute l'équipe, on sait qu'au niveau de la cohésion de groupe ça peut avoir un effet positif. On sait aussi que l'effet est meilleur si les personnes chantent la chanson ensemble et ne font pas que l'écouter ensemble. Je le suggère d’ailleurs au Canadien! »

— Une citation de  Geneviève Cardella-Rinfret, consultante en performance mentale

La chanson Fix You ne répond pas aux clichés de la chanson sportive agressive avec un tempo rapide.

Ce n'est pas obligatoire d'être quelque chose d'agressif. Quand on regarde les entraînements, les tempos utilisés sont souvent rapides. Mais pour la chanson d'entrée du Canadien, ce n'est pas nécessaire. Je crois que les joueurs avant d'entrer sur la glace, aiment écouter de la musique, leur propre liste musicale. Ils n’écoutent pas juste la chanson Fix You.

Tomber, se relever et gagner

Est-ce que les paroles sont importantes? Oui, selon Geneviève Cardella-Rinfret.

Pour son mémoire, elle a rencontré 10 athlètes olympiques et s’est rendu compte qu’ils avaient en commun le fait d’être inspirés par des chansons qui portaient le même genre de message.

Ce sont des chansons très spécifiques, raconte la consultante. Au début, le personnage vit des moments difficiles et il est finalement capable de surmonter les défis et les obstacles pour revenir plus fort.

La chanson de Coldplay répond à ce critère.

Quand tu fais de ton mieux, mais que tu n’as pas de succès,

Que tu es tellement fatigué que tu ne peux t’endormir,

Quand tu perds quelque chose que tu ne peux remplacer,

Est-ce que ça peut être pire?

Les lumières vont te guider à la maison,

Et je vais essayer de te réparer

(Traduction libre)

Après plus d’une décennie, Fix You est associée au Tricolore. Le défenseur des Predators de Nashville Alexandre Carrier disait même avant la rencontre de samedi être un peu déçu de constater que la chanson n’était plus jouée lors de l’entrée des joueurs.

Il reste à savoir si la défaite de son équipe 6-3 va maintenant laisser un goût amer au défenseur lorsqu’il l'entendra à nouveau.

What a Feeling

La plongeuse canadienne se tient debout sur le podium après avoir reçu sa médaille d'or.

Sylvie Bernier (centre) pendant la cérémonie des médailles du 3 m aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984

Photo : ABC via getty images / Steve Fenn

Geneviève Cardella-Rinfret s’est intéressée à la musique comme préparation mentale après avoir entendu que la plongeuse Sylvie Bernier écoutait la chanson Flashdance d'Irene Cara lorsqu’elle a gagné sa médaille d’or aux Jeux de Los Angeles.

Dans les paroles ça dit : Take your passion and make it happen (prenez votre passion et réalisez-la), même si cette chanson est peut-être un peu passée date au niveau de ce qui est actuel, les athlètes avec qui je travaille l'apprécient beaucoup lorsque je leur raconte cette histoire-là. Et dans les classiques, il y a bien sûr Eye of the Tiger de Survivor.

Anecdote connue, mais toujours aussi savoureuse; en 1993 l’entraîneur-chef du Canadien Jacques Demers faisait jouer avant chaque match des séries éliminatoires Nothing’s Gonna Stop Us Now de Jefferson Starship, une chanson d’amour sirupeuse de 1987.

Il sourit.

Jacques Demers soulève la coupe Stanley en 1993.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Si l’on fait abstraction des paroles telles que : Lorsque je regarde dans tes yeux, je vois le paradis…, les sportifs peuvent trouver la motivation dans le refrain.

Nous pouvons construire ce rêve ensemble,

Fort à tout jamais,

Rien ne pourra nous arrêter.

Ils ont ton numéro, Gloria

Ce qui n’est pas le cas de la chanson qui a accompagné les Blues de Saint Louis lors de leur parcours étonnant vers la Coupe Stanley de 2019, soit Gloria de Laura Branigan.

La chanson de 1982 est une reprise de 1979 et raconte l’histoire d’une femme aguichante que l’on prévient qu’elle va un jour se brûler les ailes.

L’élément rassembleur venait plutôt de l’histoire cocasse survenue dans un bar et qui comprenait quelques joueurs des Blues, dont le défenseur Joel Edmundson.

Pour la préparatrice mentale, les athlètes ont tout intérêt à s’intéresser et même à prendre en main la musique qui les entoure avant une performance, comme l’a fait Edmundson avant le match de samedi en réclamant le retour de Fix You (même s’il est blessé et qu’il n’a toujours pas joué de partie cette saison).

Pas mal tout ce que fait un athlète de haut niveau est réfléchi, souligne la doctorante. Le programme d'échauffement est réfléchi, il y a un tas d'exercices que l’on doit répéter un nombre précis de fois. Pourquoi on laisserait au hasard les chansons que l'on écoute?

Depuis 2020, les Sharks de San José laissent chaque joueur décider de la chanson qui va retentir dans l’amphithéâtre lorsqu’ils inscrivent un but plutôt que d’avoir une chanson unique pour l’équipe. Les Sabres de Buffalo ont emboîté le pas aussi cette saison.

Certains critiquent cette pratique affirmant que l’on met l’individu à l’avant-plan plutôt que l’équipe, un avis qui n’est pas partagé par Geneviève Cardella-Rinfret.

« Je trouve que c'est une belle attention de pouvoir choisir la chanson qui joue après le but, pourquoi pas? Oui, des fois, il y a cette culture qui dit : there's no I in team (il n’y a pas de JE dans une équipe). Je pense qu'il faut trouver un équilibre entre l'individu et l'équipe, mais il y a quand même des individus qui font l'équipe. »

— Une citation de  Geneviève Cardella-Rinfret, consultante en performance mentale

Cette tradition est bien implantée au baseball. Chaque joueur peut montrer un peu de sa personnalité en choisissant sa chanson d’entrée. Éric Gagné se pointait sur le terrain à l’époque sur Welcome to the Jungle de Guns N’ Roses, alors que Vladimir Guerrero fils fait honneur à ses origines latines avec Como quiera dicen de La Banda Gorda.

En rêvant un peu, on pourrait s’imaginer un joueur francophone du CH qui célèbre un but sur une chanson en français, mais on s'égare.

Est-ce que la chanson Fix You de Coldplay est là pour de bon? On verra au prochain match à Montréal, mais si elle redonne un petit frisson d’espoir aux joueurs et aux partisans, pourquoi pas?

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