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Chronique

La Ligue des champions relancera-t-elle le CF Montréal?

Il enlace son coéquipier à la fin du match.

Samuel Piette (à droite) et Rudy Camacho

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Olivier Tremblay

Le dernier match de l’ère pré-COVID semble remonter à un autre temps. C’est un peu le cas, en fait. Ce n’était pourtant que le 10 mars 2020. L’Impact s’appelait encore l’Impact, et il y avait plus de gens au stade olympique qu’il y a de sièges au stade Saputo. Après cette finale de coupe — finale de coupe! — gagnée 1-0 contre Toronto devant tant de bancs vides, ça semble surréaliste de l’imaginer.

C’était un soir de la Ligue des champions de la CONCACAF, un de ces soirs où le partisan montréalais se sent le plus montréalais possible. Le sentiment que son équipe défend son coin de pays contre des adversaires venus de l’autre bout du continent, rien ne l’égale.

Les supporteurs s’investissent dans ces rencontres. Ils y mettent de la voix et du cœur. La Ligue des champions fait ressortir ce qu’ils ont de mieux à offrir. Elle les a fait tant vibrer au fil des ans.

C’est aussi la compétition qui éveille l’intérêt du partisan occasionnel qui se souvient logiquement davantage de la finale magique de 2015 contre América que de l’historique des vainqueurs de la Coupe des Voyageurs avant que le Championnat canadien soit mis sur pied en 2008. L’Impact avait gagné les six premières éditions, ceci expliquant peut-être cela.

Dans les bureaux de la rue Sherbrooke, on espérera aussi que la Ligue des champions a encore la faculté de faire oublier, ne serait-ce qu’un instant, les saisons difficiles. Ce parcours improbable de 2015 est survenu tout juste après le pire exercice du club en MLS : 6 victoires en 34 matchs en 2014.

Ultimement, il y a beaucoup de choses à faire oublier de cette saison 2021, la plupart en dehors du terrain, où le bilan est plus qu’intéressant. Hélas, cette saison, dans l’imaginaire collectif, ce sera surtout :

L’aura de la Ligue des champions est puissante, mais l’est-elle à ce point? C’est une longue liste d’enjeux qui alimentent une certaine vision de cette organisation, celle d’un club toujours plus près d’une nouvelle crise que d’un nouveau succès sportif. Et quand Joey Saputo préfère aller assister à une défaite de 1-0 de Bologne contre Venise — avec une passe décisive d’un joueur formé en MLS à Kansas City, juste comme ça — le jour de la finale Montréal-Toronto, on ne fait que l’entretenir.

Bandeau consultez Tellement soccer

Soit, la pandémie n’a rien arrangé. Mais le CF Montréal, comme l’Impact souvent par le passé, n’a pas encore eu les réflexes nécessaires pour créer l’événement autour de ses matchs. La Ligue des champions le fera pour lui cet hiver, mais ensuite?

Cette équipe est championne de la Coupe des Voyageurs. Contre vents et marées, elle a continué d’asseoir son projet de jeu. Elle forme des talents d’ici et elle compte dans son effectif des titulaires de l’équipe canadienne qui trône au sommet des qualifications pour la Coupe du monde. (Ce n’est pas le pire argument pour susciter un intérêt, nourrir un sentiment d’appartenance et vendre des billets, ça, d’ailleurs.)

L’équipe, surtout, n’est pas responsable de la liste ci-dessus. Certes, elle a raté les éliminatoires, mais le match de dimanche a montré ce qu'elle pourrait faire avec un attaquant digne de ce nom, ce dont elle a été privée trop souvent.

Sa marge de progression demeure vaste. Le directeur sportif Olivier Renard l’a déjà montré, il est doté de la créativité nécessaire pour bonifier l’effectif. L’entraîneur-chef Wilfried Nancy fait partie de ces techniciens qui savent faire fructifier les talents.

Cette équipe pourrait bien réaliser un long parcours en Ligue des champions. Mais chaque fois que l’Impact a eu l’occasion de s’ancrer davantage dans les mœurs, la suite n’a rien pérennisé.

Dans la foulée de la finale de 2015, Didier Drogba est venu et est reparti. On ne remplace pas un Didier Drogba. Mais lors de son départ, après la saison 2016 marquée par une demi-finale de la MLS, le club n’a jamais vraiment expliqué son plan de succession du point de vue sportif, et il n’est pas non plus parvenu à établir l’héritage de l’Ivoirien à Montréal du point de vue de la mise en marché ou de la renommée.

Le club a tenté de frapper un grand coup en embauchant Rémi Garde comme entraîneur en 2018. Avec le recul, ce recrutement sentait la pensée magique à plein nez.

L’après-Ligue des champions 2022 sera assurément crucial. Même s’il vient de gagner un trophée, le club n’est pas dans le meilleur des états. Il n’a pas de président. Certains de ses supporteurs les plus ardents ne peuvent pas assister aux matchs, et les communications du club à leur sujet donnent l’impression qu’on ne s’approche guère d’une résolution du différend.

Bien des choses peuvent changer d’ici au premier match de la Ligue des champions. Pour l’heure, on ne peut que souhaiter au CF Montréal que ce retour sur la scène continentale fasse figure de temps d’arrêt où de nouvelles bases s’établissent autour de l’équipe, où on répare les relations brisées et où on soigne un peu l’image qu’on projette. Le secteur sportif le mérite bien.

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