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Affaire Peng Shuai : la WTA prend le risque du bras de fer avec la Chine

La Maison-Blanche demande aux autorités chinoises de prouver que la joueuse de 35 ans se trouve véritablement en sécurité.

La joueuse de tennis frappe la balle du revers à deux mains.

Peng Shuai

Photo : Getty Images / Clive Brunskill

Agence France-Presse

La Women's Tennis Association (WTA), qui régit le tennis féminin mondial, met en péril l'un de ses plus gros marchés en menaçant de se retirer de Chine après la disparition de la championne Peng Shuai, même si les conséquences financières pourraient être limitées.

Avant la COVID-19, sur plus de 60 tournois, la WTA en organisait 10 chaque année en Chine, dont la grande finale de fin de saison, l'événement le plus lucratif, à Shenzhen (sud). Des tournois dotés au total de 30 millions de dollars.

L'organisation s'est fait entendre après la disparition de Peng Shuai, ex-no 1 mondiale en double, qui a accusé début novembre un ancien haut responsable du Parti communiste chinois (PCC), Zhang Gaoli, de l'avoir notamment contrainte à un rapport sexuel.

La WTA a demandé une enquête transparente et juste sur ces accusations. Son PDG, Steve Simon, a également menacé jeudi, sur CNN, de retirer ses compétitions du pays.

Nous sommes tout à fait prêts à retirer nos activités et à faire face à toutes les complications qui en découlent, a affirmé le patron du tennis féminin.

Parce que c'est (ces accusations) plus important que les affaires, a-t-il déclaré à la chaîne de télévision américaine.

M. Simon a de plus mis en doute l'authenticité d'un courriel attribué par un média chinois à la joueuse dans lequel elle entendait rassurer sur son sort et retirait ses accusations contre M. Zhang.

Je ne crois pas du tout que ce soit la vérité, a indiqué M. Simon, qualifiant de mise en scène le message en question.

Cette prise de position forte risque de provoquer la colère de Pékin, expliquent plusieurs experts à l'AFP, au vu des représailles menées par le pays envers d'autres sportifs qui se sont montrés critiques du régime.

La plateforme sport de Tencent, géant technologique chinois, ne diffuse plus les matchs des Celtics de Boston, depuis que l'un de leurs joueurs, Enes Kanter, a qualifié le président Xi Jinping de dictateur brutal et condamné la politique chinoise au Tibet.

La NBA avait perdu 200 millions de dollars lorsque Daryl Morey, alors directeur général des Rockets de Houston, avait tweeté en 2019 son soutien aux manifestants à Hong Kong.

La Premier League a aussi été touchée lorsque l'ancien milieu d'Arsenal Mesut Özil a condamné le traitement réservé aux Ouïgours, une ethnie musulmane du nord-ouest de la Chine.

Au regard de ces événements, la position de la WTA est très inhabituelle, déclare Simon Chadwick, spécialiste du financement du sport à l'EM Lyon Business School. Les autorités chinoises n'aiment pas qu'on leur dise quoi faire.

Selon la revue américaine Sports Illustrated, la Chine représentait avant la pandémie un tiers des revenus de la WTA, un chiffre contesté par Steve Simon. Nous tirons beaucoup de revenus de la Chine, a-t-il simplement indiqué au magazine Time.

Dans un contexte marqué par la possibilité d'un boycottage diplomatique par les États-Unis des Jeux olympiques d'hiver prévus en février à Pékin, la WTA prend peut-être un risque calculé. Le tennis féminin est moins dépendant du marché chinois que la NBA, très populaire en Chine, selon M. Chadwick.

D'autant que Pékin a peu de moyens de pression envers l'organisation : les compétitions sont déjà suspendues depuis deux ans pour cause de pandémie. Et les tournois féminins ne semblent pas près de revenir en Chine compte tenu des règles sanitaires extrêmement strictes observées dans le pays.

La WTA a appris à vivre sans la Chine, selon Mark Dreyer, du site China Sports Insider, les conséquences de sa prise de position sont moins importantes aujourd'hui que ce qu'elles auraient pu être par le passé.

Les autorités pourraient adopter une approche moins intrusive, comme empêcher les internautes chinois de commenter les matchs à l'étranger, explique le blogueur chinois Ouyang Wensheng, spécialiste du tennis.

Depuis quelques jours, des figures du tennis mondial ont exprimé leur inquiétude envers Peng Shuai, sur Twitter, sous le mot-clic #WhereIsPengShuai.

La censure chinoise a supprimé la moindre trace des accusations de la joueuse sur les réseaux sociaux. La publication originellement mise sur Weibo a été supprimée rapidement et l'AFP n'a pas pu vérifier son authenticité.

Depuis, la joueuse n'a pas directement communiqué ou fait d'apparition publique et Zhang Gaoli n'a jamais réagi publiquement aux accusations.

Les autorités chinoises, la Fédération nationale de tennis ainsi que la WTA n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

La Maison-Blanche demande des preuves

Les autorités chinoises soutiennent que la joueuse de 35 ans se trouve en sécurité, mais la Maison-Blanche a demandé vendredi soir à ce que celles-ci fournissent des preuves vérifiables et indépendantes de ce qu'elles avancent.

Nous sommes profondément préoccupés par la disparition de Peng Shuai, qui survient après des accusations d'agression sexuelle contre un ancien haut placé du PCC, a déclaré la porte-parole Jen Psaki. Nous exigeons des preuves indépendantes et vérifiables confirmant qu'elle se trouve en sécurité.

Les États-Unis vont continuer de soutenir la liberté d'expression. Le PCC ne tolère aucunement la critique et, historiquement, réduit au silence ceux et celles qui osent prendre la parole, ce que nous condamnons.

La Chine n'est pas au courant, l'ONU veut une enquête

Le ministère chinois des Affaires étrangères a maintenu sa position selon laquelle il n'était pas au courant de la controverse entourant Peng Shuai. Le porte-parole du ministère, Zhao Lijian, a précisé aux journalistes que l'affaire n'était pas une question diplomatique et qu'il n'était pas au courant de la situation.

Le ministère a toujours nié toute connaissance de la question depuis que Peng a fait son accusation il y a plus de deux semaines.

Liz Throssell, porte-parole du bureau des droits de la personne des Nations unies à Genève, a révélé qu'elle appelait à une enquête en toute transparence sur son allégation d'agression sexuelle.

Et je pense que nous dirions que cela devrait être le cas pour toutes les allégations d'agression sexuelle. Il est vraiment important d'assurer la responsabilité, de garantir la justice pour les victimes, a-t-elle ajouté.

Le Comité international olympique (CIO) a refusé de commenter la situation. L'expérience montre que la diplomatie discrète offre la meilleure occasion de trouver une solution à des questions de cette nature. Cela explique pourquoi le CIO ne fera aucun commentaire à ce stade, a-t-il écrit dans un communiqué.

Source : Associated Press

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