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Chronique

Le populiste comité du partisan Legault

Le premier ministre du Québec, en veston, parle pendant une conférence de presse, devant un podium avec les mots «Le hockey, notre fierté».

François Legault a annoncé la création d'un comité pour la relance et le développement du hockey.

Photo : Radio-Canada

Renaissance du hockey québécois, ou manœuvre populiste d’année préélectorale? Quel sera, au juste, le legs du comité annoncé jeudi par le premier ministre François Legault afin de « relancer le développement du hockey québécois »?

Au début de la semaine, quand La Presse a révélé que l’ancien gardien Marc Denis (maintenant vice-président des Saguenéens de Chicoutimi et analyste à RDS) allait présider ce comité gouvernemental, beaucoup de gens, moi le premier, avaient sursauté.

Pas plus tard que la semaine dernière, Hockey Québec avait présenté son nouveau directeur général, Jocelyn Thibault, aux représentants des médias. Et le président du conseil d’administration de HQ, Yve Sigouin, jurait que son nouveau DG allait avoir les coudées franches pour moderniser le système de hockey québécois.

Thibault, pour sa part, insistait sur la nécessité de ne rien précipiter. Avant de songer à apporter quelque changement que ce soit, disait-il, il lui fallait prendre le temps d’observer et de découvrir la fédération de l’intérieur. Il lui fallait aussi rendre le siège social plus efficace afin de concrétiser sur le terrain les idées qui allaient éventuellement être mises de l’avant.

Si des changements surviennent, ils auront été mûrement réfléchis et analysés. Ils ne seront pas cosmétiques. Et quand de nouvelles orientations seront prises, on ne reviendra pas en arrière, avait-il sagement expliqué.

Une semaine plus tard, un peu partout en province, les acteurs du hockey mineur québécois sont stupéfaits! Thibault, leur homme de confiance, se retrouve comme simple membre d’un comité de 15 personnes présidé par un autre ancien joueur! Il n’a plus les mains sur le volant.

Et ce comité aura très peu temps de réfléchir parce qu’il devra remettre son rapport le 1er avril prochain. Si l’on tient compte de la période des fêtes, du nécessaire temps de rédaction et des occupations des membres du comité, on parle d’un temps de réflexion excessivement court pour tenter de régler un problème extrêmement complexe.

À la fin des émissions, Thibault héritera donc d’un plan et de recommandations qui ne seront pas entièrement les siens alors qu’il n’aura même pas eu le temps de faire le tour de son nouveau jardin.

C’est assez incroyable comme revirement de situation. On pourrait parier une fortune sur le fait que ce n’est pas de cette manière que Jocelyn Thibault, un homme fort méticuleux, envisageait le début de son mandat à la tête de HQ.

***

Dany Bernard est à la fois docteur en éducation et l’un des plus brillants penseurs québécois en matière de hockey, de sport et d’éducation par le sport. Il a été approché pour faire partie du comité. Et, en tout respect, malgré l’immense passion qu’il ressent pour notre sport national, il a décliné l’invitation.

L’objectif qu’on lui a présenté (faire en sorte qu’un plus grand nombre de Québécois atteignent la LNH) et le court délai accordé au comité pour faire ses travaux l’ont amené à conclure que les conditions gagnantes n’étaient pas réunies.

On a tendance à oublier que le hockey est un legs québécois à la culture sportive mondiale. Ce sport-là est venu au monde chez nous et je crois que nous avons une responsabilité à son égard. Le hockey québécois a besoin d’amour et il a besoin d’une direction. Mais on parle d’un problème complexe qui nécessite une longue réflexion et une approche multivariée. Il n’y a pas de solution simple. Par ailleurs, l’école a un rôle tellement majeur à jouer là-dedans, a-t-il poliment dit.

D’autres observateurs se montrent plus sévères à l’endroit du premier ministre, qu’ils accusent d’instrumentaliser notre sport national à des fins électoralistes.

***

Le comité gouvernemental sur le développement du hockey sera composé de :

  • Marc Denis, ex-gardien de la LNH, analyste et vice-président des Saguenéens de Chicoutimi
  • Jocelyn Thibault, ex-gardien de la LNH, copropriétaire du Phoenix de Sherbrooke et DG de Hockey Québec
  • Kim St-Pierre, ex-gardienne de l’équipe nationale et analyste
  • Guillaume Latendresse, ex-joueur de la LNH, analyste et DG d’une équipe M-18 AAA
  • Stéphane Quintal, ex-joueur de la LNH et vice-président du département de la sécurité des joueurs de la LNH.
  • Caroline Ouellette, ex-joueuse de l’équipe nationale et co-entraîneuse des Stingers de Concordia (hockey féminin)
  • Stéphane Auger, ex-arbitre de la LNH et responsable des opérations hockey du RSEQ
  • Dany Dubé, analyste et ex-entraîneur
  • Danièle Sauvageau, ex-entraîneuse de l’équipe canadienne et DG des Carabins de l’Université de Montréal (hockey féminin)
  • Dominic Ricard, ex-entraîneur et directeur général des Voltigeurs de Drummondville, conseiller au développement pour Creative Artists Agency et coordinateur hockey au Collège St-Bernard
  • Yanick Gagné, directeur général de la Ligue M-18 AAA du Québec
  • Marc Durand, journaliste 
  • Albert Marier, ex-directeur technique de Baseball Québec et ex-fonctionnaire de la Direction du sport, du loisir et de l’activité physique au gouvernement du Québec
  • Geneviève Paquette, vice-président engagement communautaire du Canadien, DG de la Fondation du Canadien pour l’enfance et membre du conseil d’administration de Hockey Québec
  • Martin Lavallée, commissaire adjoint de la LHJMQ

Bien que chacune des personnes sélectionnées excelle dans son domaine d’activité précis, la composition de ce comité suscite énormément de réactions sur le terrain.

Il y a beaucoup d’anciens joueurs et joueuses. Et c’est bien. Mais où sont les universitaires? Où sont les experts qui réfléchissent à l’élaboration de systèmes sportifs et qui pourraient apporter des connaissances essentielles à ce comité, demande-t-on.

Comment peux-tu arriver avec une approche scientifique si le comité est composé de gens qui ont surtout leur vécu personnel à apporter? On dirait un faux départ, observe pour sa part un recruteur de la LNH.

En faisant appel à un aussi fort pourcentage d’anciens joueurs et d’anciens entraîneurs pour ausculter un milieu dans lequel ils ont baigné toute leur vie, les chasseurs de tête du gouvernement semblent avoir répété une erreur commise par HQ, en 2011, lors de l’organisation du Sommet du hockey québécois.

Le rapport final du Sommet de 2011 n’a certainement pas passé à l’histoire. C’était une liste de recommandations plutôt cosmétiques qui, au bout du compte, avaient eu l’effet d’un coup d’épée dans l’eau.

Hockey Québec

Hockey Québec

Photo : Facebook / Hockey Québec

*** 

Hockey Québec est la quatrième fédération de hockey dans le monde. Ce n’est pas rien! Remanier une aussi grosse organisation répartie sur un territoire aussi vaste est une tâche colossale. Quand on se livre à une réflexion aussi complexe, il faut se nourrir d’idées nouvelles et s’inspirer de ce qui se fait de mieux. C’est un passage obligé.

Un exemple?

L’année dernière, Baseball Québec a procédé à une révision complète de ses programmes d’excellence. Soucieux d’offrir un encadrement pertinent à leurs athlètes, les dirigeants de BQ ont embauché des experts qui ont observé des fédérations nationales comme Canada Basketball, Softball Canada, Cricket Australie, Hockey Finlande et Rugby Football Union (Angleterre), qui se démarquaient en matière de découverte et de développement de talent et de résultats.

Ils avaient aussi fait une analyse comparative des meilleurs programmes de baseball en Amérique du Nord.

La démarche de BQ a nécessité un an de travaux et des entrevues avec 52 autres experts œuvrant dans sept pays! À chaque étape, m’avait-on expliqué, les concepts étaient présentés aux intervenants de Baseball Québec, qui réfléchissait par la suite à la manière de les adapter et de les transposer dans leur réalité pour faire progresser leurs athlètes et leurs programmes.

La Fédération suédoise de hockey est l’une des fédérations de hockey les plus avant-gardistes du monde. Pas plus tard que mercredi, leur directeur général Anders Wahlström se félicitait, sur Twitter, de travailler avec la chercheuse américaine Amanda Visek, qui a développé une expertise de niveau mondial dans l’intégration de la notion de plaisir dans la pratique des sports.

Bref, du temps de recherche, de réflexion et une grande ouverture sur le monde sont nécessaires pour réaliser des progrès concrets.

***

Quand on compare les efforts déployés par Baseball Québec avec la démarche précipitée – et non sollicitée – que vient d’annoncer M. Legault, il est difficile de ne pas s’inquiéter de la situation.

Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un premier ministre et ses fonctionnaires prendre le contrôle des orientations d’une fédération sportive. Sur le terrain, les acteurs du milieu n’en reviennent pas.

Il s’agit d’un incroyable manque de respect envers Jocelyn Thibault et envers le conseil d’administration de HQ, qui vient à peine de terminer un long processus d’embauche afin de déterminer le DG le plus apte à moderniser le hockey québécois.

Dans son enthousiaste allocution de jeudi, le premier ministre a insisté sur le fait qu’il s’attend à ce que son équipe d’étoiles dépose des recommandations concrètes le 1er avril prochain. Et solennellement, il a promis que le rapport ne serait pas tabletté.

Dans la vie, il faut bien sûr donner la chance au coureur. Le seul problème dans cette histoire, c’est qu’on ne sait plus exactement qui est le coureur.

Pour toutes ces raisons, le partisan Legault aurait mieux fait de ne pas mêler la politique avec le sport.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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