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Le (pas si) sinueux chemin de Carey Price vers les Jeux olympiques

Un gardien but de hockey saute sur la glace, dans la pénombre, le projecteur sur lui.

Cary Price lors de la dernière finale de la Coupe Stanley

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Les Jeux olympiques approchent à grands pas. Tout comme, nous laisse-t-on croire, le retour au jeu de celui qui était perçu jusqu’à tout récemment comme le favori pour décrocher le poste de gardien numéro un d’Équipe Canada en Chine. Le temps joue contre Carey Price. En manquera-t-il?

La dernière année de Price a été aussi rocambolesque que celle de son équipe.

Il a mené le Canadien aux séries éliminatoires de peine et de misère. Après avoir subi, officiellement, la troisième commotion cérébrale de sa carrière, le gardien a atteint pour la première fois la finale de la Coupe Stanley à force de prouesses.

Deux semaines plus tard, Price consentait à lever sa clause de protection pour le rendre admissible au repêchage d’expansion du Kraken avant de subir une opération au genou dans les jours suivants. En octobre, alors qu’il avait repris l’entraînement sur glace en solitaire, le gardien vedette a joint le programme d’aide de la Ligue nationale pour abus de substances.

De quoi donner le vertige aux esprits les plus impavides.

Soudainement, l’horizon olympique est des plus visibles – Hockey Canada annoncera la composition de l’équipe vers la mi-janvier – et devient peut-être la priorité du gardien, au-delà de sa santé mentale et physique évidemment, étant donné le début de saison misérable du Tricolore.

À genou sur la glace, il regarde vers sa gauche.

Carey Price

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Advenant que Price soit serein et revienne à la compétition, de combien de temps aura-t-il besoin pour retrouver la forme? Que devra-t-il faire pour convaincre le directeur général Doug Armstrong, son adjoint Roberto Luongo et le reste de la direction?

Les gardiens de but étant souvent de petits personnages bien singuliers – on n’a qu’à penser au confrère Guillaume Lefrançois de La Presse – et la position si technique, mieux valait sonder les experts de cet art masochiste pour y voir clair.

Stéphane Waite, Martin Biron et Kevin Woodley de la publication en ligne spécialisée In Goal Magazine ont répondu à l’appel.

Les rivaux

Pas d’Igor Shesterkin, d’Andrei Vasilevkiy ou de Sergei Bobrovsky au Canada. Outre vous donner beaucoup de points au Scrabble maintenant que les noms propres sont acceptés, un scandale en soi, ces trois gardiens représentent probablement le triumvirat du pays de Pierre le Grand.

C’est moins clair entre Prince Rupert et Chéticamp. Marc-André Fleury connaît des moments difficiles. Carter Hart et Mackenzie Blackwood sont bien jeunes. Darcy Kuemper demeure un coup de dés. Il y a bien Jordan Binnington dont le nom est sur toutes les lèvres, mais, pour reprendre les mots de Kevin Woodley, il n’y a pas de coups de circuit.

« Avant la saison, c’était Carey le favori avec Marc-André Fleury comme deuxième […] C’était Carey le meilleur. C’était lui qui avait le plus d’expérience, c’était lui qui était en avant. »

— Une citation de  Martin Biron

Si Carey et son genou sont corrects, parce que je sais que le reste va être beau, et qu’il a le temps de jouer quelques parties, pour moi, il est encore le meilleur. Il est encore numéro un, a ajouté Stéphane Waite, entraîneur des gardiens du CH de 2013 à 2021.

D’autres gardiens ont bien joué depuis le début de la saison. Jordan Binnington en est un. Carter Hart est de retour cette saison. Blackwood a bien fait dans ses quelques départs. Mais je ne pense pas qu’aucun gardien, particulièrement avec les difficultés de Marc-André Fleury en ce moment, ne peut le devancer, fait valoir Woodley.

Le Canada n’est plus la pépinière de gardiens d’antan. Aussi inquiétant cela puisse-t-il être pour Hockey Canada à moyen et long terme, ça joue en faveur de Price.

Si le passé est garant de l’avenir

Price a gagné à l’international. Beaucoup. Plus que les autres. Généralement de doux arguments aux oreilles des grands décideurs, pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs.

N’en demeure pas moins que l’expérience passée compte. Et Price a montré récemment qu’il était encore capable de grands exploits.

S’il y avait encore des doutes sur sa place dans la hiérarchie des gardiens, ils ont tous été balayés par sa performance en séries éliminatoires l’an dernier, assure Kevin Woodley, qui en connaît un rayon sur le sujet.

On ne le surnomme pas l’homme qui murmurait à l’oreille des gardiens pour rien (The Goalie Whisperer, en anglais).

Quand je parle aux entraîneurs des gardiens à travers la ligue, on comprend qu’ils ont toujours cru que Carey était encore parmi l’élite. Il n’y avait pas vraiment de doutes dans l’esprit des experts, de ceux qui sont payés pour évaluer le travail des gardiens, ajoute-t-il.

Avec un chandail d’Équipe Canada sur le dos, Carey Price a maintenu un dossier époustouflant de 18-2-0. Et si l’on comptabilise à partir du Championnat mondial junior en 2007? 16-0-0. Pas même une petite défaite. Pas une fois. Vraiment? Puisqu’on vous le dit.

Statistiques de Price en tournoi international

Mondial des moins de 18 ans :

  • Fiche : 2-2-0
  • Moyenne : 2,65
  • Efficacité : ,894

Mondial des moins de 20 ans :

  • Fiche : 6-0-0
  • Moyenne : 1,14
  • Efficacité : 9,61

Jeux olympiques de Sotchi :

  • Fiche : 5-0-0
  • Moyenne : 0,59
  • Efficacité : ,972

Coupe du monde de 2016 :

  • Fiche : 6-0-0
  • Moyenne : 1,40
  • Efficacité : ,957

Un autre élément milite joyeusement pour sa candidature selon les intervenants consultés : sa capacité à retrouver ses repères instantanément.

S’il est le favori, c’est en partie en raison de la façon dont il est toujours revenu après avoir dû s’éloigner du jeu. Cette fois-ci est évidemment différente des autres, mais on l’a vu dans les deux dernières séries, explique Woodley.

Pendant la pandémie, il ne patinait presque pas, il recevait pas de tirs. Et en l’espace de quelques semaines, il était de retour au sommet. Même chose à son retour de sa commotion l’an dernier. Il n’y a aucun autre gardien dans la ligue actuellement, et peut-être n’y en a-t-il jamais eu d’autres, qui a sa capacité à passer de 0 à 100 comme il le fait […] Ça n’a pas d’équivalence honnêtement, renchérit-il.

Waite, pour en avoir été témoin aux premières loges, abonde dans le même sens.

Carey a manqué quasiment toute la saison en 2015-2016. À la Coupe du monde 2016, où j’étais l’entraîneur des gardiens de but avec Équipe Canada, Carey est revenu après quasiment 10 mois d’inactivité […] Tout le monde doutait de lui : "Ah, ça fait 10 mois qu’il n’a pas joué, il va affronter les meilleures équipes au monde." Ça n’a même pas paru, raconte son ancien mentor.

On avait joué un match hors-concours contre les États-Unis et j’avais dit à tout le monde à Hockey Canada : "Inquiétez-vous pas pour Carey, il est de retour.", ajoute-t-il.

Même si son jeu a souffert de hauts et de bas dans les dernières années, Price s’est toujours montré à la hauteur dans les moments cruciaux.

La foule applaudit le but de son équipe devant le gardien du Canadien.

Carey Price a une rare capacité à trouver un très haut niveau de jeu même après de longues absences.

Photo : Getty Images / Mike Carlson

Depuis 2014, parmi tous les gardiens qui ont disputé au moins 10 matchs éliminatoires, il pointe au 2e rang pour le taux d'efficacité (,925), au 3e pour la moyenne (2,16) et au 3e pour les victoires (34). Pour les amateurs de statistiques avancées, pendant cette séquence, Price a également sauvé 8,41 buts de plus que ce qu’on attendrait du gardien moyen.

Sans compter que Carey Price derrière le Canadien ou derrière Équipe Canada…, laisse planer Martin Biron. Ce n’est pas exactement la même chose, oserions-nous ajouter.

Intérêts divergents

Les Jeux olympiques, leurs valeurs, le baron Pierre de Coubertin, tout cela, c’est bien beau, mais ça ne rapproche pas le Tricolore d’une participation éliminatoire. Voilà bien le seul intérêt de l’équipe et il prime sur la sélection du gardien de l’équipe nationale.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la surutilisation de Jake Allen par Dominique Ducharme qui est encore le gardien le plus occupé cette saison en dépit de sa blessure survenue samedi dernier. Le CH ne peut agiter son petit drapeau blanc avant Noël. Lorsque Price sera prêt, il y a fort à parier qu’il se taillera la part du lion devant le filet.

Or, c’est précisément lorsqu’il tentait de garder la tête du Canadien hors de l’eau, et qu’il jouait abondamment, que le jeu de Price s’est mis à péricliter pendant la saison ces dernières années.

C’est tentant quand tu as un gardien de cette qualité de ne pas le faire jouer tous les soirs. Mais il y a eu des moments dans les dernières années où on voyait qu’en jouant trop, son rendement diminuait. Peut-être que le seuil de ce qui est trop a diminué avec les années, estime Kevin Woodley.

Woodley prêche pour une remise en forme modulée en fonction des besoins du gardien. Comme il ne semble pas avoir besoin de s’entraîner à outrance pour retrouver l’excellence, l’éditeur d'In Goal Magazine s’interroge sur la nécessité de le soumettre à d’interminables séances d’entraînement où ses coéquipiers le bombardent lors d’exercices à deux contre zéro qui, honnêtement, ne se produisent à peu près jamais pendant un match.

La bonne nouvelle pour Price, selon nos trois intervenants, est qu’il n’aura pas à produire des miracles pour que son nom apparaisse sur la liste finale.

Je ne suis pas inquiet, lance Waite. Il va avoir besoin de quatre ou cinq matchs pour retrouver son jeu, son synchronisme et tout. Ce ne sera pas trop long.

« Si Carey le veut, ça ne sera pas un trouble. Ça ne lui prendra pas grand-chose pour convaincre tout le monde. »

— Une citation de  Stéphane Waite

On peut avoir seulement une ou deux semaines de signaux qui indiquent que ses déplacements sont à point, et il fait partie de cette équipe, selon Woodley.

Bref, Price est peut-être moins loin de Pékin qu’il ne le semblait il y a deux semaines à peine.

En tout cas, je pense qu’ils sont contents d’avoir un deux mois de plus avant de faire la sélection, conclut Martin Biron.

Hockey Canada est content. Les amateurs sont curieux. Le suspense perdurera encore un peu.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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