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Chronique

Pour Jocelyn Thibault et Hockey Québec, les astres sont parfaitement alignés

Un homme sourit pendant une entrevue près de la patinoire.

Jocelyn Thibault

Photo : Radio-Canada

Un vieil adage veut que pour connaître du succès dans le monde du sport, il faille à la fois posséder un talent exceptionnel et bénéficier de circonstances favorables. D’où cette phrase mille fois répétée par des athlètes de haut niveau : « J’ai simplement eu la chance de me trouver au bon endroit au bon moment. »

On ignore si Jocelyn Thibault le réalise, mais au cours des 40 dernières années, aucun directeur général de Hockey Québec n’a profité d’un alignement des astres aussi favorable pour moderniser ou réinventer le hockey québécois.

Le hockey est un petit univers conservateur où il a longtemps suffi d’annoncer une période d’inscriptions pour que les arénas locaux de la province se remplissent au maximum de leur capacité. Par la suite, on répartissait les joueurs selon leur niveau de jeu en se disant que les moins talentueux allaient s’amuser et qu’une élite allait naturellement émerger parmi les plus forts.

Au milieu des années 2000, stagnant, le hockey québécois a commencé à perdre des plumes. Et une nouvelle structure de développement, rigide, est apparue. Cette structure a fait exploser les coûts. Dès l’âge de 11 ou 12 ans, il est devenu courant de devoir dépenser plusieurs milliers de dollars pour inscrire un enfant dans une équipe AAA. Les distances à parcourir et le temps consacré à la pratique du hockey du petit dernier se sont accrus.

Sans compter le fait qu’on forçait les familles à envoyer leur enfant dans une école choisie par leur structure de hockey régionale.

Sans trop que l’on sache pourquoi, le hockey récréatif est aussi devenu une sorte de copier-coller, à moindres coûts, du hockey de compétition. Pourquoi se contenter d’affronter des équipes locales et de concocter des horaires stables quand on peut faire le tour de la région?

Depuis 10 ans, le nombre d’inscriptions s’est mis à chuter de façon constante. Par ailleurs, les programmes scolaires et privés qui tentaient d’offrir une solution de rechange aux familles étaient perçus comme une menace et combattus par la fédération.

Dans un autre ordre d’idées, depuis que la structure rigide a été mise en place il y a une quinzaine d’années, le nombre de Québécois ayant accédé à la LNH a chuté de moitié. Et une majorité des Québécois jouant dans la LNH n’ont pas emprunté la voie de développement tracée par la structure.


Lundi après-midi, Jocelyn Thibault a officiellement été présenté à titre de directeur général de Hockey Québec. Depuis l’annonce de sa nomination il y a deux semaines, les commentaires qu’on entend le plus souvent sont : Bonne chance! et Ouf! Il n’a pas idée de la taille du défi qui se présente à lui!

En même temps, son arrivée suscite de grandes attentes. De nombreux observateurs considèrent que le hockey québécois arrive à un carrefour déterminant. Et que si notre sport national ne se modernise pas rapidement, il continuera de perdre en popularité et ne pourra jamais retrouver les taux de participation qu’on tenait pour acquis il n’y a pas si longtemps.

La baisse de participation semble d’ailleurs s’accentuer au fil des ans. Juste au cours des trois dernières années, les niveaux d’initiation (MAGH) ont connu une baisse de participation de plus de 20 %.

Or, si l’on choisit de considérer que le verre est à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, on constate que Jocelyn Thibault profitera d’un vent extrêmement favorable pour exercer son mandat de cinq ans.


La semaine dernière, deux fois plutôt qu’une, le nouveau DG de Hockey Québec a eu droit à des rencontres avec le premier ministre François Legault et la ministre déléguée aux Sports, Isabelle Charest.

Au début de l’année, le premier ministre avait déjà confié son intention d’accorder une attention particulière au hockey québécois afin de l’aider à retrouver ses lettres de noblesse.

M. Legault a d’ailleurs demandé qu’une vaste réflexion soit entamée pour repenser le modèle du hockey québécois.

Lors de ces rencontres, j’ai senti une réelle volonté de ramener le hockey au premier plan au Québec, de ramener la fierté et de ramener la fédération parmi les meilleures au monde, a dit Jocelyn Thibault.

Trouver une oreille aussi attentive au bureau du premier ministre vaut son pesant d’or. Hockey Québec pourrait-elle enfin bâtir son propre centre national de développement? Des crédits d’impôt supplémentaires pourraient-ils être offerts aux familles à faible revenu?

Pour l’instant, il est permis de rêver.


Sur le terrain, Jocelyn Thibault trouvera aussi une armée de bénévoles et d’intervenants plus motivés et disposés que jamais à opérer un virage vers la modernité et la convivialité. Même chose du côté des employés du siège social de la fédération.

Les lacunes du système actuel sont devenues évidentes. À titre d’exemple, de grands consensus se dégagent sur le fait que les intervenants du hockey scolaire doivent désormais faire partie de la conversation. Ou que l’ensemble des plus jeunes joueurs de la fédération doit profiter d’un encadrement optimal et qu’il est insensé de créer des programmes d’élite peu accessibles dès l’âge de 11 ou 12 ans.

Aussi, tout le monde s’entend sur le fait que le hockey est un sport à développement tardif et que le Québec, avec seulement trois programmes universitaires, dont un seul francophone, accuse un incroyable retard. Qui plus est, notre hockey universitaire est laissé pour compte et ne fait pas partie de la structure de développement du joueur.

Par ailleurs, il est évident que le hockey coûte cher et qu’il n’est pas nécessaire, sauf dans certaines régions, de franchir plusieurs centaines de kilomètres le week-end pour disputer des matchs.

Au bout du compte, les acteurs du milieu du hockey attendent simplement qu’on leur donne le signal pour mettre la main à la pâte et entreprendre ce grand et stimulant virage.

Jocelyn Thibault arrive donc au bon endroit au bon moment.


Lundi, au complexe d’entraînement du Canadien à Brossard, la présentation du nouveau DG de Hockey Québec était fort impressionnante.

Sa première préoccupation : changer le ton et l’ambiance parfois folklorique qu’on retrouve dans nos arénas.

Il faut apprendre à regarder les matchs de hockey avec des lunettes différentes, dans une perspective de développement et de plaisir des enfants. C’est une conversation qu’il faut absolument avoir. Si on n’en parle pas, le climat actuel va se perpétuer, a-t-il insisté.

Il assure aussi qu’il ne débarque pas avec de gros sabots, avec la certitude de connaître toutes les solutions.

Il faut faire les choses dans le bon ordre. Je dois d’abord prendre le temps de connaître Hockey Québec de l’intérieur afin d’être en mesure de poser les bonnes questions.

Aussi, il faut que notre machine devienne pleinement opérationnelle. Nous aurons des idées ambitieuses, mais si nous sommes incapables de les expliquer et de les transmettre efficacement, et si les entraîneurs et intervenants sur le terrain ne parviennent pas à se les approprier, ça ne marchera pas. Et je ne ferai pas ça tout seul. Je veux que le siège social de la fédération devienne vraiment efficace. Pour y arriver, il faut une équipe unie, performante et engagée. Je sens une réelle volonté d’aller de l’avant. Je veux que les employés prennent leur place, fassent valoir leurs idées et ressentent une grande fierté de faire partie de HQ, insiste-t-il.

Et en cours de route se fera l’inévitable réflexion : quelles sont les transformations que doit subir Hockey Québec?

Si des changements surviennent, ils auront été mûrement réfléchis et analysés. Ils ne seront pas cosmétiques. Et quand de nouvelles orientations seront prises, on ne reviendra pas en arrière. Nous n’implanterons pas quelque chose pour revenir en arrière trois mois plus tard. Je ne sais pas encore jusqu’où tout ça va nous mener. Par contre, je sais qu’on va aller à la bonne place, affirme-t-il.

Dans quelques années, si Jocelyn Thibault et son équipe parviennent à compléter cette ambitieuse transformation, des milliers de hockeyeurs et de hockeyeuses pourront aussi se dire qu’ils ont eu la chance de se trouver au bon endroit au bon moment.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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