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Chronique

La vie (après le Canadien) de Donald Beauchamp

Il sourit.

Donald Beauchamp

Photo : Canadien de Montréal

Le Canadien vit l’une des périodes les plus cahoteuses de son histoire. Parfois, on dirait une longue randonnée en montagnes russes. En d’autres occasions, on croirait suivre en direct un téléroman dont les auteurs se surpassent pour créer des situations dramatiques inédites.

Depuis le début de l’année 2021, le CH a connu l’un des meilleurs et l’un des pires débuts de saison de son histoire. Entre les deux, l’équipe a pris part à la finale de la Coupe Stanley après avoir frôlé une élimination rapide et humiliante aux mains des Maple Leafs de Toronto.

Après le début de saison exceptionnel de janvier 2021, Claude Julien, Kirk Muller et Stéphane Waite ont été congédiés. Waite s’est même fait virer entre deux périodes! Sean Burke a ensuite été nommé directeur du département des gardiens de l’organisation. Puis, sans trop d’explications, Burke est disparu du portrait en juillet, et Éric Raymond a été nommé entraîneur des gardiens.

Jonathan Drouin a quitté l’équipe au milieu de la saison dernière pour prendre soin de sa santé mentale. Dominique Ducharme a contracté la COVID-19 alors que son club était en demi-finales de la Coupe Stanley. Carey Price, qui tentait de se rétablir d’une intervention chirurgicale à un genou, a adhéré au programme d’aide de la LNH avant le début de la présente saison pour régler un problème personnel.

Au lendemain de la finale de la Coupe Stanley, on a appris qu’on ne reverrait probablement jamais le capitaine de l’équipe, Shea Weber, en uniforme! Le directeur général Marc Bergevin n’a pas de contrat valide en vue de la prochaine saison. Et depuis qu’il a été forcé de présenter de plates excuses à la suite de la sélection de Logan Mailloux au repêchage, Geoff Molson donne l’impression de marcher entre le mur et la peinture. Il est invisible.

Aussitôt la dernière saison terminée, l’entraîneur du club-école de Laval, Joël Bouchard, a mis les voiles pour aller occuper exactement le même poste dans l’organisation des Ducks d’Anaheim. Phillip Danault, le premier centre de l’équipe, est aussi parti à Los Angeles parce qu’on lui a fait sentir qu’il n'était plus dans les plans à Montréal. Le défenseur le plus constant de l’équipe, Joel Edmundson, est aux prises avec une mystérieuse blessure qui semble inguérissable.

Ah oui, j’oubliais : au mois d’août, le Tricolore s’est aussi fait ravir Jesperi Kotkaniemi à la suite d’une machiavélique offre hostile concoctée par les Hurricanes de la Caroline. Et on ne parle pas des escarmouches publiques ayant opposé l’organisation aux autorités de la santé publique quant au nombre de spectateurs pouvant assister aux matchs. Ni de la déclaration, très contestée, voulant que le Centre Bell se trouve sur un territoire mohawk non cédé.

Ça ne s’invente pas. Juste en les lisant, les cinq derniers paragraphes sont essoufflants.

Un homme avec un sifflet aux lèvres.

Dominique Ducharme

Photo : The Canadian Press / Mark Blinch

***

Un soir, en revenant du Centre Bell, je me suis demandé ce que Donald Beauchamp pensait de cet incessant tourbillon qui frappe l’organisation.

Il a quitté le Canadien en mai 2018. Auparavant, il avait défendu l’image de l’organisation pendant 25 ans. D’abord à titre de directeur des communications et ensuite pendant 16 ans dans le rôle de vice-président aux communications.

Depuis que j’ai quitté le Canadien, mon job ne m’a pas vraiment manqué. J’étais dû pour passer à autre chose quand je suis parti, lance-t-il, d’entrée de jeu.

Après mon arrivée en 1993, j’avais rapidement compris que la gestion des communications du Canadien, ça se vit une journée à la fois. Il faut se concentrer sur les résultats quotidiens (des relations avec la presse). Bien sûr, il faut avoir une vision stratégique. Mais le club est tellement couvert sur une base quotidienne que tu n’as pas le choix. Chaque jour, je tirais une grande fierté à bien faire mon travail et à donner l’heure juste aux gens. Du jour au lendemain, je n’ai plus eu à intervenir là-dedans et je me suis rendu compte que ce sont certains collègues qui me manquaient le plus, comme (l’ex-directeur des communications) Dominick Saillant.

Cela dit, tous les jours, je continue de suivre attentivement ce qui se passe chez le Canadien et dans le monde du sport. Par intérêt. Parce que j’aime ça , raconte Donald Beauchamp.

Et aussi, aurait-il pu ajouter, parce que le troisième segment de sa vie professionnelle l’a replongé dans le monde du sport, dans des rôles beaucoup plus zen qui lui permettent d’exploiter les connaissances et les réflexes développés avec le CH, sur la ligne de front, durant 25 ans.

***

Avant d’être embauché par le Bleu-blanc-rouge en 1993, Donald Beauchamp avait été le directeur du marketing du programme national de Hockey Canada pendant huit ans.

« Je suis arrivé à Hockey Canada dans des circonstances un peu rocambolesques. J’étais fraîchement diplômé de l’Université d’Ottawa et un responsable de l’équipe de hockey de l’université m’a recommandé à Hockey Canada, qui cherchait un responsable des communications bilingue.

« Deux semaines plus tard, j’ai été convié à une entrevue à Montréal. Les deux personnes que je rencontrais étaient Sam Pollock (alors président du conseil d’administration) et le président Murray Costello. J’avais emprunté une cravate à mon père pour l’entrevue. J’ai été embauché sur-le-champ et j’ai passé huit ans à Calgary.

Durant cette période, j’ai organisé 225 matchs internationaux dans 115 villes différentes, dans toutes les provinces et tous les territoires canadiens. J’ai vécu trois Jeux olympiques et cinq Championnats du monde, relate-t-il fièrement, tel un joueur connaissant ses statistiques par cœur.

Ses chiffres à Montréal?

« J’ai vécu 2200 matchs au cours desquels j’ai côtoyé 3 groupes de propriétaires, 6 directeurs généraux, 9 entraîneurs et quelque 300 joueurs.  »

— Une citation de  Donald Beauchamp

Ça ferait un livre fabuleux, ai-je suggéré. Mais ce bouquin ne verra sans doute jamais le jour. Ça irait carrément à l’encontre du travail qu’il a accompli durant un quart de siècle.

Toutes les années que j’ai passées chez le Canadien ont été extraordinaires à tous les niveaux. Le bonheur que cette équipe pouvait apporter aux gens, notamment quand elle connaissait de longs parcours en séries, c’était très rassembleur. C’était un bonheur de faire partie de ça.

Il a quitté l’équipe après 25 ans parce que les choses étaient devenues plus compliquées à l’interne, ajoute-t-il, avec pudeur.

***

Le seul mot qui me vient en tête quand je pense à ma vie, c’est la gratitude, lance Donald Beauchamp. Alors, j’essaie de redonner.

Dans sa nouvelle vie, il s’implique donc beaucoup, bénévolement, auprès de la Fondation Coeur + AVC. Il le faisait déjà depuis de nombreuses années, mais cet engagement est devenu encore plus fort au cours des dernières années, après un drame que sa famille a miraculeusement évité.

Il y a deux ans et demi, Catherine et Donald Beauchamp étaient en vacances au Mexique avec leur fils Émile. Ce dernier était alors âgé de 15 ans. Et le coeur d’Émile s’est soudainement arrêté de battre pendant qu’il jouait dans la mer avec des amis.

C’était une mort subite. Heureusement, ou miraculeusement, il y avait un groupe de médecins sur la plage. Cinq d’entre eux étaient Québécois. L’un d’entre eux savait où se trouvait le défibrillateur de l’hôtel. Il est allé le chercher en trombe dans le lobby.

« Le cœur d’Émile a cessé de battre pendant 50 minutes, mais ils ne l’ont jamais lâché. Il était à moitié noyé. Ils l’ont massé et ils lui ont donné neuf décharges avant que son coeur reparte. Il est resté dans le coma pendant trois jours. À l’hôpital, les médecins nous ont dit qu’ils ne savaient pas s’il allait survivre ni s’il allait subir des séquelles permanentes à la suite de cet accident. »

— Une citation de  Donald Beauchamp

Quand Émile a repris conscience, il n’avait aucune séquelle! Comme souvenir de son voyage, il a toutefois ramené le défibrillateur que les médecins lui ont implanté.

Aujourd’hui, il fréquente le Cégep Vanier et il vient de recommencer à jouer au hockey avec ses amis, dans une ligue junior B où les contacts physiques ne sont pas permis, raconte Donald Beauchamp.

Un portrait de famille.

Donald Beauchamp, sa conjointe Catherine et son fils Émile

Photo : Gracieuseté : Donald Beauchamp

Avec la Fondation Coeur + AVC, il est engagé dans un vaste projet visant à équiper toutes les écoles primaires du Québec d’un défibrillateur. C’est un projet qui a été lancé par le Dr Paul Poirier de la région de Québec.

En ce moment, la quasi-totalité des écoles secondaires et des arénas du Québec sont équipés d’un défibrillateur. Il y a quelque 2000 écoles primaires au Québec et ces installations servent aussi à la population, le soir et les week-ends, pour des activités sportives ou autres. Le but consiste à équiper le plus de lieux publics possible parce que ça sauve des vies. Et aussi, parce qu’on peut apprendre à plus de gens à se servir d’un défibrillateur, explique Donald Beauchamp.

Je m’implique avec la Fondation Cœur + AVC à cause de la condition d’Émile, mais aussi à cause de Jacques Demers, qui a été victime d’un AVC il y a quelques années et qui n’a pas eu la chance d’être pris en charge rapidement. Jacques est l’un de mes bons amis. Je l’appelle encore régulièrement.

***

Ex-gardien des défunts Draveurs de Trois-Rivières, Donald Beauchamp est par ailleurs revenu à ses premières amours en s’engageant auprès de la LHJMQ à titre de conseiller externe.

Je travaille étroitement avec Gilles Courteau, le commissaire adjoint Martin Lavallée et le directeur des communications Maxime Blouin. Ce qui m’intéresse le plus dans cette association avec la LHJMQ, c’est le volet académique , souligne-t-il.

Beauchamp s’emballe en racontant que plusieurs intervenants, à divers niveaux, souhaitent améliorer et élargir la voie du hockey universitaire au Québec. Présentement, au sommet de la pyramide de développement québécoise, on ne retrouve que trois programmes de hockey universitaire, dont un seul (les Patriotes de l’UQTR) est francophone.

Partout au pays, il y a un très grand nombre d’anciens joueurs des ligues juniors majeures qui jouent au hockey universitaire. Mais au Québec, les débouchés sont rares. On perd des athlètes, mais aussi des cerveaux qui vont étudier ailleurs, dit-il.

Le développement du hockey universitaire et l’amélioration continuelle des suivis académiques de la LHJMQ sont des projets qui m’interpellent beaucoup.

***

Puis plus récemment, le printemps dernier, Donald Beauchamp s’est joint à la firme de relations publiques TACT conseil, encore une fois dans un rôle de conseiller spécial.

TACT conseil vient de célébrer son 10e anniversaire. C’est une entreprise qui a une belle réputation et qui est entièrement québécoise. Je suis impressionné par ce que je vois depuis que je me suis joint à eux.

On me confie des mandats particuliers. Mais surtout, l’entreprise veut développer une plateforme plus axée sur les affaires du sport, et ce, tant au niveau de relations publiques que des commandites. Nous sommes en train d’élaborer une sorte de guichet unique auquel pourraient s’adresser tant les équipes de sport professionnel que les fédérations, associations ou même des athlètes individuellement. Nous avons une équipe qui planche là-dessus et c’est un projet très intéressant.

En même temps, ça aussi ça me permet de redonner. Là où j’en suis dans ma carrière, c’est agréable de partager mes connaissances avec les jeunes qui travaillent à l’interne et avec les gens ou les clients que je croise dans le cadre de mes nouvelles fonctions.

Bref, je peux vous dire qu’il y a une vie après le Canadien. Et que c’est une très belle vie!

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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