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Chronique

À l’aube des Jeux d’hiver, les journalistes en arrachent en Chine

Un drapeau rouge étoilé devant des anneaux.

Le drapeau chinois flotte devant les anneaux olympiques lors d'une manifestation à Lausanne contre la tenue des JO à Pékin en 2022.

Photo : Getty Images / FABRICE COFFRINI

Intimidation, surveillance policière, accès restreints ou interdits à des événements banals. À l’approche des Jeux d’hiver de Pékin, les journalistes étrangers basés en Chine sont systématiquement victimes d’obstruction dans l’accomplissement de leur travail, ont-ils dénoncé cette semaine.

À moins de 100 jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux, le Club des correspondants étrangers de Chine (CCEC) a publié un communiqué extrêmement préoccupant quant au climat qui prévaut dans ce pays.

Le CCEC a rappelé que lorsque la Chine avait déposé sa candidature pour obtenir le privilège de présenter les Jeux de 2022, ses dirigeants avaient clairement promis que les médias qui souhaitaient couvrir les JO et leurs préparatifs auraient la liberté de le faire. Or, ce n’est pas ce qui se passe sur le terrain, selon l’organisme.

Au cours de la dernière année, la presse étrangère s’est constamment fait mettre des bâtons dans les roues lorsqu’elle tentait d’assurer une couverture des préparatifs des Jeux d’hiver. On a refusé aux journalistes étrangers l’accès à des événements de routine et à des sites de compétitions. Les demandes répétées de nos membres auprès du comité organisateur des Jeux (BOCOG) visant à assurer une couverture ont été soit ignorées, soit suivies de réponses contradictoires, dit le CCEC.


Parmi les témoignages, on note celui d’un(e) journaliste d’un quotidien américain qui prenait des photos des installations olympiques de Yanqing, depuis la voie publique, avec son téléphone.

Un garde de sécurité a commencé à me suivre lentement avec son VUS. Puis une voiture de police m’a intercepté(e). Les policiers ont photographié mon passeport. Ils m’ont demandé ce que je faisais là. Leur intervention a duré une demi-heure. Quand les policiers sont repartis, d’autres gardes de sécurité se sont mis en travers de mon chemin pour m’empêcher de prendre d’autres photos, raconte-t-il (elle).

Un(e) journaliste représentant un diffuseur international a pu visiter une installation olympique. À la fin de son reportage, il ou elle a mentionné que des débats avaient lieu quant à un éventuel boycottage des Jeux en raison du bilan de la Chine en matière de violation des droits de la personne.

Peu après, l’organisateur de la visite m’a appelé(e) et s’est mis à crier après moi en anglais et en mandarin. Il était insatisfait de mon reportage et il a menacé de ne plus nous inviter. Nous n’avons pas obtenu d’autres accès depuis cet incident, explique-t-il (elle).

La question des droits de la personne, et particulièrement du génocide dont la minorité ouïgoure est victime en Chine, reste pourtant un sujet d’actualité. Et il faudra continuer d’en parler au cours des prochains mois.

Les témoignages qui reviennent le plus concernent des demandes d’accréditations pour des événements sportifs présentés sur les différents sites de compétition des prochains Jeux. Ces épreuves-tests servent de répétition générale avant la tenue des Jeux. Or, plusieurs médias et journalistes soulignent que leurs demandes ont tout simplement été ignorées.

Les demandes d’entrevues avec des athlètes chinois ou des entraîneurs d’athlètes chinois (même les entraîneurs étrangers embauchés par le pays hôte) sont aussi systématiquement refusées, semble-t-il, sous prétexte que la Chine ne souhaite pas exposer ses méthodes d’entraînement.

Une autre histoire qui fait sourciller: À l’occasion de l’arrivée de la flamme olympique, le BOCOG n’a accordé que deux places pour l’ensemble du corps de presse japonais. Nous (les représentants des médias japonais) avons choisi un (e) journaliste et un (e) photographe pour nous représenter. Mais notre photographe s’est fait refuser l’accès sous prétexte qu’il avait visité un autre pays deux semaines auparavant. On nous a prévenus à la dernière minute et on nous a dit qu’il était trop tard pour choisir un autre photographe.

La charte du CIO prévoit expressément que pour rendre les Jeux accessibles aux plus larges auditoires possibles à travers le monde, tous les efforts doivent être déployés pour assurer la couverture la plus complète des Jeux par les médias.

Le CCEC demande donc au CIO et au BOCOG de corriger la situation dans les plus brefs délais.


Pour se rendre compte du durcissement de ton ou de la dégradation des relations qu’entretient la Chine avec les représentants des médias étrangers, il suffit de lire le communiqué qu’avait publié le CCEC en 2008 avant la présentation des Jeux d’été de Pékin.

Avant les Jeux de 2008, le Club des correspondants étrangers rapportait que le BOCOG avait déployé des efforts louables pour inciter le gouvernement à se montrer plus accueillant envers les médias étrangers. Un an et demi avant les Jeux, une nouvelle règle avait été adoptée afin de permettre aux journalistes étrangers de voyager librement dans le pays et d’interviewer quiconque consentait à donner une entrevue.

Le rapport de 2008 soulignait que dans les grandes villes comme Pékin et Guangzhou, il était possible de questionner des gens sur des sujets sensibles, comme la corruption par exemple, et que les gens se sentaient souvent libres de répondre devant la caméra et en donnant leur nom.

Néanmoins, le CCEC mettait les journalistes en garde quant à leurs interactions avec les citoyens chinois. Dans certaines circonstances ou dans d’autres régions du pays, le simple fait de discuter avec un journaliste étranger était susceptible de mettre en danger la sécurité des répondants, expliquait-on.

Cela dit, les demandes d’entrevues et d’accès aux sites étaient aussi très difficiles en 2008. Les Chinois ne semblent pas comprendre le travail des journalistes, constataient les membres du CCEC.


Les plaintes du CCEC au sujet de la couverture olympique ne sont que le reflet de la partie de bras de fer que le gouvernement chinois livre, sur tous les fronts, aux journalistes étrangers.

Le printemps dernier, l’agence Bloomberg rapportait que le gouvernement chinois considère depuis longtemps le Club des correspondants étrangers comme un organisme illégal et que les attaques des autorités à l’endroit des journalistes étrangers étaient de plus en plus systématiques et incisives.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Chine avait déclaré que les journalistes étrangers basés en Chine devaient se considérer comme chanceux.

Depuis au moins deux ans, la Chine tarde à renouveler les visas de séjour des correspondants étrangers présents dans le pays. Parfois, certains sont expulsés. Peu à peu, le gouvernement chinois abaisse le nombre de reporters étrangers capables de témoigner de ce qui se passe dans le pays.

Récemment, le CCEC soulignait que de plus en plus de correspondants étrangers obtiennent des visas d’une durée de seulement quelques mois, ce qui permet aux autorités d’exercer une forme de pression sur les journalistes dont les sujets de reportages déplaisent.

Dans exactement trois mois, les milliers de journalistes affectés spécifiquement à la couverture des Jeux de Pékin seront confinés dans une bulle qui les tiendra à l’écart de la société chinoise durant tout leur séjour.

À Tokyo l’été dernier, les visiteurs étaient soumis à une quarantaine souple durant les 14 premiers jours de leur séjour. Ils étaient ensuite libres de fréquenter les restaurants et les autres lieux publics.

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