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John Bowman porte toujours Montréal dans son cœur

Deux joueurs de football se félicitent après un beau jeu.

John Bowman (à droite)

Photo : Getty Images / Richard Wolowicz

Michel Chabot

Les Alouettes de Montréal honoreront leur ancien ailier défensif John Bowman samedi, lors de la rencontre les opposant aux Roughriders de la Saskatchewan au stade Percival-Molson.

Toujours aussi affable avec les journalistes, celui qui portait le numéro 7 de 2006 à 2019 s’est dit heureux de rentrer au nid, y allant même de quelques mots en français lors d’une visioconférence, jeudi.

Je n’ai pu vraiment dire au revoir aux gens, alors simplement de revenir saluer "les partisans de Montréal" qui m’ont aidé et motivé tous les jours pendant 14 ans, c’est important pour moi, a-t-il lancé.

Membre de l’équipe durant toute sa carrière, Bowman n’a pas reçu d’offre de contrat de la part du DG Danny Maciocia après la saison 2019.

J’étais prêt mentalement à me retirer depuis cinq ans, a-t-il admis. Chaque hiver, j’y pensais. Après 10 ans, c’est beaucoup de football. J’ai joué de nombreux matchs, je n’étais pas sur les lignes de côté. Je jouais 18 matchs chaque saison. Alors je suis en paix.

« Je n’ai pas de blessures, je peux encore plier les genoux et je n’ai eu aucune commotion cérébrale. Ça m’apporte de la sérénité. Que j’aie voulu continuer de jouer ou pas, ce n’est pas pertinent. »

— Une citation de  John Bowman

Le colosse de Brooklyn pourra encore longtemps se targuer d’être le meneur de tous les temps des Oiseaux pour les sacs. Bowman a plaqué les quarts ennemis 134 fois derrière la ligne de mêlée. Anwar Stewart, au 2e rang, en revendique 66.

C'est avec les yeux fermés qu'il a accepté de fouiller dans sa mémoire quand on lui a demandé de nous parler de ses sacs les plus mémorables.

Mon premier, assurément, c’était à Winnipeg en 2006, a raconté Bowman. Je me suis presque blessé tellement je l’ai célébré avec intensité. Mon dernier aussi. C’était contre Calgary. Nous étions défavorisés pour perdre par 30 points, mais j’ai bien contourné l’un des meilleurs bloqueurs de la ligue avant de faire un sac contre Bo Levi Mitchell.

Le joueur des Alouettes de Montréal plaque le quart des Stampeders de Calgary.

John Bowman réussit le dernier sac de sa carrière contre Bo Levi Mitchell.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Un coéquipier inspirant

Sa plus grande fierté, John Bowman la tire toutefois de son éthique irréprochable et de son dévouement envers les Alouettes.

« Que les gens pensent que j’aie été le meilleur ailier défensif ou le pire, personne n’a jamais dit que je ne jouais pas avec ardeur. Au bout du compte, que vous soyez bon ou pas, tout ce que vous pouvez faire, c’est d’y aller avec la bonne attitude et de l’énergie. Et pendant mes 14 ans, chaque semaine, mes coéquipiers comptaient sur mon intensité sur le terrain. C’est ce que je pouvais faire de mieux. »

— Une citation de  John Bowman

Les amitiés qu’il a forgées au fil du temps dans le vestiaire des Alouettes lui sont également précieuses.

En 14 ans, j’ai dû avoir 1000 coéquipiers, mais je dois d’abord parler d’Anwar (Stewart), s’est-il ému. J’étais garçon d’honneur à son mariage. Quand il a réalisé que j’étais un joueur potable, il a commencé à me parler, en 2008. C’est un bon gars et je le félicite pour le travail qu’il accomplit à l’Université du Kentucky. Billy Parker, c’est mon pote. Nous avons fait des affaires ensemble et nous nous parlons tous les jours virtuellement. Ben Cahoon me donne parfois son avis quand je le lui demande et AC (Anthony Calvillo) répond encore quand je l’appelle.

Parmi ses meilleurs souvenirs, impossible pour lui de faire abstraction des conquêtes de la Coupe Grey en 2009 et en 2010. Mais c’est avant tout sur le plan humain que son séjour à Montréal l’a marqué.

J’ai aimé m’impliquer au sein de la communauté et faire partie de la vie de cette ville, a-t-il confié. Souvent, loin des caméras, j’allais passer du temps avec des enfants. Ça me fait chaud au cœur. La ville m’a accueilli à bras ouverts. Peu importe ce que je faisais, les gens le recevaient bien.

Montréal, pour toujours

Après cinq longs mois de vacances en Floride, l’Américain de 39 ans a décidé de venir s’installer à Montréal, une ville qu’il aime inconditionnellement.

Alors que je mangeais mon troisième taco sur la plage, j’ai réalisé que c’est différent là-bas, a expliqué Bowman. J’ai grandi dans ce pays, mais j’ai grandi en tant qu’être humain ici à Montréal et j’aime son atmosphère de grande et petite ville à la fois, sa diversité et tout ce qu’on peut y faire. Même en hiver, elle est vivable. Si je devais bâtir la ville parfaite, elle serait à l’image de Montréal.

Il a donc l’intention de demander le statut de résident permanent et rêve que les Alouettes lui offrent un jour un poste d’entraîneur. Mais il se dit prêt à faire ses classes dans les rangs universitaires, comme ses anciens coéquipiers et amis Anwar Stewart et Marcus Brady.

J’aimerais commencer à la ligne défensive, a-t-il indiqué. Les meilleurs entraîneurs, selon moi, commencent au bas de l’échelle et gravissent graduellement les échelons. Il y a de grands coordonnateurs défensifs dans toutes les ligues. Alors je veux développer ma philosophie. Je sais comment faire pour mettre de la pression sur un quart-arrière et l’atteindre, mais j’aimerais apprendre comment partager mes connaissances avec des joueurs, qui comme moi, ne sont pas avantagés naturellement et qui doivent travailler fort.

Certains grands joueurs sont devenus de piètres entraîneurs, a-t-il poursuivi. C’est difficile pour eux de comprendre la mentalité d’un ouvrier. Quand tu es une vedette, que tu captes 500 passes ou que tu réalises 27 sacs ou que tu cours 40 verges en 4,5 secondes, c’est difficile de partager ton talent avec quelqu’un qui a un chrono de 4,8.

« Je ne dis pas que je deviendrai un bon entraîneur, je l’ignore, mais ce sera facile pour moi de comprendre un joueur qui devra travailler pour devenir bon parce que c’est ce qui m’est arrivé. J’ai dû me construire moi-même. »

— Une citation de  John Bowman

Un futur incertain pour la LCF

Toujours vice-président de l’Association des joueurs de la Ligue canadienne de football (LCF), John Bowman espère que les dirigeants trouveront des façons d’attirer plus d’amateurs aux tourniquets dans un avenir rapproché. À Montréal, par exemple, 12 142 spectateurs à peine étaient présents lors de la dernière rencontre, quand les Alouettes ont battu les Argonauts de Toronto le 22 octobre.

L’Association des joueurs et la ligue savaient que ce serait dur en 2021 parce que les gens ont d’autres dépenses à prioriser, a précisé Bowman. Beaucoup de Canadiens ont perdu leur emploi et c’est dur de gagner sa vie avec les primes gouvernementales. Je veux donc remercier les gens qui sont venus malgré tout. Les 25 ou 100 dollars pour un billet auraient pu être dépensés ailleurs.

La solution, selon lui, passe par une meilleure promotion en mettant de l’avant les bons joueurs du circuit. Il s’inquiète pour le futur de la LCF et déplore que les négociations avec les propriétaires soient difficiles, alors que la prochaine convention collective arrivera à échéance avant le début de la saison 2022.

Nous ne serions pas à l’aise de signer une entente de 10 ans parce que nous croyons que les propriétaires ne sont pas transparents quant à leurs gains financiers, dans leurs futurs investissements et pour l’expansion. C’est une petite ligue familiale. Ce n’est pas un modèle d’affaires comme la NFL, mais peut-être que les propriétaires devraient s’en inspirer. Dans la LCF, les neuf équipes gèrent leurs opérations à leur façon.

Le joueur des Alouettes jubile après la conquête de la Coupe Grey en 2009.

John Bowman

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Mais d’ici là, John Bowman aborde les retrouvailles qui l’attendent avec les partisans montréalais samedi. Son retour sur le terrain sera assurément émouvant.

Je ne sais pas si je vais pleurer, a répondu le sympathique gaillard. En ce moment, je suis juste honoré. Combien de joueurs ont porté l’uniforme des Alouettes? Quelques milliers? Il faut avoir joué longtemps pour être ainsi reconnu. Je l’apprécie. Il va pleuvoir, alors vous ne verrez pas mes larmes quand on montrera la vidéo où des gens m’honoreront.

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