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Le Canadien de retour à Seattle 102 ans plus tard

La drapeau du Kraken de Seattle flotte au mât de la tour Space Needle, emblème architectural de la ville.

La drapeau du Kraken de Seattle flotte au mât de la tour Space Needle, emblème architectural de la ville.

Photo : Getty Images / Abbie Parr

SEATTLE – Il y avait une pandémie, mais elle s’essoufflait. On vantait les mérites de l’aréna de Seattle, une construction récente parmi les plus belles en Amérique du Nord, et l’on attendait le Canadien de Montréal avec impatience. Étranges coïncidences séparées par plus d’un siècle.

Mais là s’arrêtent toutefois les comparaisons entre les deux dernières visites du CH dans le Nord-Ouest américain.

Le Tricolore est de retour dans cette ville sombre et charmante 102 ans depuis sa dernière visite pour y affronter, cette fois, le Kraken, la nouvelle mouture du hockey professionnel dans ce coin de pays. La créature mythique remplace les défunts Metropolitans de Seattle, disparus en 1924, non sans avoir tout de même réussi à remporter la Coupe Stanley en 1917, devenant alors la première équipe américaine à y parvenir.

De cette époque, il ne reste que bien peu de traces. Peu de souvenirs, aussi, même pour des joueurs de hockey. Deux attaquants du Kraken, Jaden Schwartz et Jordan Eberle, ont admis, lundi, que toute la saga entre Seattle et Montréal dépassait largement leurs connaissances sur le hockey.

Il faut consulter les historiens pour en savoir plus à ce sujet.

La dernière visite du CH, donc, au printemps 1919 s’était bien mal terminée. En pleine pandémie de grippe espagnole, cinq joueurs montréalais avaient contracté le virus, un en est mort, tout comme le propriétaire de l’équipe, George Kennedy, qui décédera certes deux ans plus tard, mais qui ne s’était jamais remis de la grippe, raconte Jean-Patrice Martel, membre de la Société internationale de recherche sur le hockey.

Au fond, que le Canadien retrouve Seattle dans ce contexte n’est qu’un drôle de clin d’œil du destin.

À l’époque, pour la seule fois d’ailleurs, la coupe Stanley n’avait pas été attribuée. L’anecdote a beaucoup circulé au début de la pandémie de COVID-19, quand l’attribution du trophée en 2020 paraissait bien incertaine. Le parallèle n’était que trop évident.

Disons que le contexte actuel est plus festif.

D’abord, les joueurs ont fait le voyage en avion, et non en train. Déjà là, il y a un gain. Ils n’ont pas eu non plus à s’arrêter à Regina, à Calgary et à Vancouver pour y disputer des matchs hors concours, comme en 1919, pour distraire les foules. Certains ont même prétendu que les joueurs auraient attrapé la grippe espagnole lors de l’une de ces escales.

Aucune chance, réfutent Jean-Patrice Martel et Eric Zweig, un autre historien du hockey et auteur du bouquin Fever Season portant sur cette finale annulée.

La grippe espagnole frappait très vite. Tu pouvais bien te sentir le matin, être très malade le soir et mort le lendemain. Ils ne pouvaient pas l’avoir depuis longtemps. Ils l’ont eue à Seattle, lance M. Zweig, même si la chose risque de ne jamais être prouvée.

Quand la finale a débuté à la fin mars 1919, la pandémie s’estompait tranquillement. L’automne le plus meurtrier a été celui de 1918, mais les cas de grippe étaient tombés radicalement entre-temps.

On était relativement optimistes, explique M. Martel. Il n’y avait pas eu une seule mort de la grippe espagnole en mars à Seattle. On considérait que le pire était passé et on était sur les derniers milles de la pandémie. Les gens ne semblaient pas trop inquiets.

Si bien que le tournoi s’est amorcé dans la bonne humeur, et les Metropolitans ont claqué le CH 7-0 dans le premier duel de cette série au meilleur des cinq matchs. Une vilaine rebuffade à encaisser, surtout que le Canadien pensait venger sa défaite de 1917.

À l’époque, le champion de la Ligue nationale, créée en 1917 justement, affrontait celui de la PCHA (Association de hockey de la côte du Pacifique). Les règlements différaient d’une ligue à l’autre, principalement en raison de la présence d’un septième joueur dans l’Ouest : le maraudeur.

La différence était notable, et Seattle a remporté les matchs 1 et 3 de la série, des matchs disputés selon ses règles. Le Canadien a gagné les matchs 2 et 4, joués comme si on était sur son territoire, c’est-à-dire sans maraudeur.

Comme Montréal a fait le déplacement avec neuf joueurs, dont un gardien, il ne restait qu’un ou deux substituts pour faire des changements pendant le match. Ça prenait du souffle.

Même Joe Malone, auteur de 44 buts l'année précédente lors de la première saison de la Ligue nationale de hockey (LNH), était demeuré à Québec, incapable de prendre quelques journées de congé de son travail. Il n'avait d'ailleurs disputé que les matchs à domicile cette année-là.

L’étrangeté de cette finale s'est poursuivie. Le vrai quatrième match s'est terminé 0-0 parce que les arbitres croyaient que le règlement interdisait de jouer plus de deux périodes de 10 minutes de prolongation, ce qui était faux. La rencontre a donc été reprise et remportée par le Canadien.

Le Canadien et les Metropolitans s’apprêtaient donc à disputer une rencontre ultime pour trancher le débat.

Le jour du match, cinq joueurs du Canadien étaient malades. [George] Kennedy a envisagé de disputer le match avec des joueurs empruntés à l’équipe de Victoria. Le coach de Seattle, Pete Muldoon, pensait que ça lui donnerait un avantage injuste et il a refusé. On a proposé à Seattle qu’ils remportent la victoire par forfait, mais ils ne voulaient pas ça non plus. Le président de la ligue a pensé retarder le match de 24 heures, mais à 14 h 30, la décision s’est imposée; il n’était pas envisageable de disputer le dernier match, raconte M. Martel.

« Joe Hall atteint de pneumonie »

« Joe Hall atteint de pneumonie »

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

De ces cinq joueurs, Joe Hall a été sérieusement affecté par la grippe. Hall, fiévreux, est d’ailleurs parti en plein milieu du quatrième match de la série.

Personne ne suspectait quoi que ce soit à ce moment-là. La pandémie devenait tranquillement une arrière-pensée, le déplacement d’un bout à l’autre du continent était long, la série était éreintante.

Les gens pensent juste que les joueurs sont exténués, explique M. Zweig.

Hall n'a jamais récupéré et est mort officiellement d’une pneumonie une semaine plus tard, le 6 avril 1919; l’une des dernières victimes de cette grippe fulgurante.

Tout cela est bien loin des considérations actuelles, mais met en lumière la richesse de l’histoire du Canadien. Exception faite du CH, aucune équipe de l’époque n’a survécu. Les Bruins n’existaient pas, et les Maple Leafs n’étaient pas nés, pas plus que les Rangers.

Seul le Tricolore peut se vanter d’avoir un lien – certains diraient presque une rivalité – avec une équipe d’expansion qu’il n’a toujours pas affronté. Car si ce n’est de ça, de quoi l’équipe peut-elle se vanter ces jours-ci? On vous le demande.

Les maux du Kraken

Pendant qu’on y est, un petit mot sur le Kraken.

La nouvelle franchise connaît des débuts modestes, comme en témoigne sa fiche de 1-4-1. Rien de plus normal pour une équipe d’expansion, quoique l’expérience des Golden Knights ait leurré un peu tout le monde et peut-être transformé les attentes pour le nouveau venu.

Seattle peine à trouver le fond du filet. Son attaque pointe au 25e rang de la ligue, ce qui est déjà mieux que le Canadien, et elle a inscrit seulement six buts lors des quatre derniers matchs.

Lundi, Eberle a admis qu'il doit produire davantage que ses deux passes jusqu’à présent, mais il demeurait confiant en raison de toutes les chances de marquer qu’il dit obtenir.

Je crois beaucoup en la confiance. Quand tu marques, tu es confiant; quand tu ne marques pas, tu ne l’es pas. C’est aussi simple que ça. Pour créer de l’attaque, tu dois marquer dans les entraînements. Ça commence là.

Pour sa part, Yanni Gourde se familiarise encore avec son nouvel environnement. L’ancien du Lightning a pris part à deux matchs seulement en raison d’une blessure survenue en début de saison.

Le Québécois assure qu'il n'a pas changé sa mentalité et qu'il découvre son nouveau rôle.

J’arrive d’une culture gagnante et je veux apporter cette mentalité ici. Je ne veux pas me satisfaire de quoique ce soit, jamais.

Je suis comme un grand frère dans l’équipe et j’apprécie ce rôle-là. L’organisation a fait une job exceptionnelle pour la transition. C’est vraiment le fun.

La foule est debout dans le Climate Pledge Arena alors que les cérémonies d'avant-match commencent.

Le Kraken de Seattle a disputé son premier match à domicile contre les Canucks de Vancouver.

Photo : Getty Images / Steph Chambers

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