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Chronique

Les 12 travaux de Jocelyn Thibault à la tête de Hockey Québec

Jocelyn Thibault sourit dans une aréna.

Jocelyn Thibault est le nouveau directeur général de Hockey Québec.

Photo : Radio-Canada

Le petit univers du hockey québécois a accueilli comme une bouffée d’oxygène, vendredi après-midi, la nomination de Jocelyn Thibault à titre de directeur général de Hockey Québec (HQ). Âgé de 46 ans et indépendant de fortune, l’ex-gardien de la Ligue nationale de hockey (LNH) avait soumis sa candidature l’été dernier parce qu’il sentait que la fédération avait besoin d’un sérieux coup de barre et qu’il avait le goût de redonner à son sport. Le voilà en face d’un défi gigantesque.

L’embauche de Jocelyn Thibault clôt un chapitre très difficile de l’histoire de Hockey Québec. En décembre dernier, la publication d’une enquête de Radio-Canada Sports avait révélé que la fédération était aux prises avec un climat de travail toxique et une inquiétante crise de leadership.

Or, la suite des événements a aussi révélé l’existence d’un problème de gouvernance au sein de la fédération.

Au lieu d’affronter le problème de face, le conseil d’administration a traité l’affaire comme un malentendu avec les employés syndiqués. Le premier réflexe du conseil a consisté à tenter de juguler la crise en confiant un processus de médiation à un avocat à la retraite choisi… par le conseil d’administration. Après divers jeux de coulisse orchestrés par le bureau de la ministre Isabelle Charest, c’est finalement le médiateur en chef du ministère du Travail, Gilles Lachance, qui s'est vu confier le dossier.

Au printemps, le rapport de M. Lachance a confirmé que Hockey Québec était devenue dysfonctionnelle à plusieurs égards. Mais les membres de la fédération ont été tenus dans l’ignorance. En juin, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle, on leur a tout bonnement appris que le directeur général nommé en 2016, Paul Ménard, allait prendre sa retraite au mois d’août, sans autre explication.


En 2016, à la désolation de plusieurs acteurs du monde du hockey, le conseil d’administration de HQ s’était contenté de solliciter des candidats à l’interne pour pourvoir le poste stratégique de directeur général. Cette année toutefois, un vaste appel de candidatures a été lancé, et des candidats extrêmement intéressants ont démontré de l’intérêt pour le poste.

La semaine dernière, les trois derniers candidats en lice, outre Jocelyn Thibault, étaient le commissaire adjoint de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), Martin Lavallée, et le directeur du développement des affaires et du sport de Baseball Canada, André Lachance.

Un entraîneur portant une barbe de quelques semaines prend la pose en portant un polo noir et rouge.

André Lachance était l'un des finalistes au poste de directeur général de Hockey Québec.

Photo : Courtoisie : André Lachance

Ex-directeur d’école et ex-président de la Ligue de hockey préparatoire scolaire, Martin Lavallée se démarque depuis son arrivée au sein de la LHJMQ. Ses dossiers, dit-on, sont toujours minutieusement menés et ficelés. 

La LHJMQ est le seul circuit junior majeur canadien à avoir pu disputer une saison digne de ce nom la saison dernière, malgré la pandémie. Et certains lui attribuent une bonne part du mérite pour cette réussite. On raconte aussi que Lavallée a contribué à relever davantage le niveau d’importance accordée aux études au sein de la LHJMQ. Avant que la pandémie frappe, il était par ailleurs très impliqué avec les équipes dans le dossier du développement des joueurs, et plus particulièrement celui des gardiens.

Quant à André Lachance, en plus de ses tâches de responsable du développement à Baseball Canada et d’ancien entraîneur de l’équipe nationale féminine, il est un expert reconnu internationalement en matière de développement de l’athlète, et de restructuration des compétitions et des programmes sportifs. 

On parle ici d’un talent rare qui conseille régulièrement des fédérations sportives d’autres pays, notamment celles des pays scandinaves, et qui prononce des conférences à l’intention des décideurs de divers comités olympiques nationaux. 

À l’évidence, le comité de sélection de Hockey Québec avait l’embarras du choix.


Depuis sa retraite à titre de hockeyeur professionnel, Jocelyn Thibault s’est installé en Estrie, où il avait disputé ses matchs de hockey junior. Et il a énormément redonné à la communauté sportive de sa région d’adoption. Il s’est notamment impliqué dans la construction d’un impressionnant complexe de glaces à Sherbrooke, le Centre Thibault GM, qui est devenu une véritable ruche où se développent les jeunes talents de la région. 

Au début des années 2010, Thibault a aussi fait partie d’un groupe d’investisseurs qui a ramené le hockey junior majeur à Sherbrooke. Il a longtemps assuré les responsabilités de directeur général de l’organisation du Phoenix, qui est rapidement devenue exemplaire.

Malgré son jeune âge, Jocelyn Thibault est déjà perçu comme une sorte d’éminence grise par les acteurs du hockey mineur et professionnel québécois. Au fil des ans, il a accumulé un impressionnant capital de crédibilité dans ces milieux. Le fait qu’il ait été animé d’un pur esprit communautaire en sollicitant ce poste donne encore plus d’éclat à sa démarche.

Il a confié à des proches qu’il entend continuer à habiter en Estrie, malgré le fait que le siège social de la fédération soit situé à Montréal. Il aura toutefois un pied-à-terre dans la région métropolitaine qui lui permettra d’être présent au bureau tous les jours. Après la crise de relations de travail qui a frappé les employés au cours des dernières années, il juge essentiel, dit-on, d’être présent sur le terrain et de développer une nouvelle culture et de solides relations de confiance avec ses collaborateurs.


La saison 2021-2022 étant déjà bien entamée, Jocelyn Thibault profitera sans doute des prochains mois pour prendre davantage connaissance de l’état des lieux. Mais il arrive aussi avec la conviction, selon plusieurs sources, que Hockey Québec se trouve à un carrefour important de son histoire et que des changements sont nécessaires.

Il aura l’embarras du choix quant aux mesures à apporter.

Hockey Québec perd énormément de membres depuis quelques années. Les derniers chiffres qu’on m’avait fournis à l’interne évoquaient un exode de 20 % des joueurs. Et les chiffres de cette saison, en période post-pandémique, sont probablement pires. Dans la catégorie MAHG (initiation), on parlait d’une diminution de 22 % du taux d’inscription en seulement trois ans. C’est une situation très sérieuse.

De jeunes joueurs de hockey s'exercent sur la glace.

Un entraînement avec des joueurs de hockey mineur

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Si autant d’enfants ou de parents ne privilégient plus le hockey comme activité hivernale, ça signifie que les programmes ou l’encadrement offerts répondent de moins en moins à leurs besoins. Ou que la pratique du hockey n’est peut-être plus aussi amusante qu’avant.

Pour que la pratique d’une activité sportive soit bénéfique et plaisante, il faut que l’athlète se sente compétent et qu’il progresse. D’ailleurs, la même chose s’applique aux entraîneurs!

  • Les entraîneurs sont-ils suffisamment formés et suffisamment encadrés?

  • Les programmes de Hockey Québec sont-ils suffisamment ludiques? Sont-ils trop axés sur la compétition plutôt que sur le plaisir des enfants? Est-il vraiment utile de compiler des classements (en bas âge) et de, forcément, mettre l’accent sur la victoire?

  • Les familles devraient-elles pouvoir choisir elles-mêmes leur association de hockey?

  • Le hockey est un sport à développement tardif. Fait-on fausse route en identifiant des joueurs de « niveau élite AAA » dès l’âge de 11 ou 12 ans? Cette situation fait-elle en sorte qu’on se tire dans le pied (je parle toujours du plaisir de jouer) en coupant les heures d’entraînement, le nombre de matchs et la qualité de l’enseignement offerts à 90 % du bassin de joueurs? 

  • Est-il normal qu’à 9 ou 10 ans, les joueurs dans les catégories « simple lettre » aient déjà accès à moins d’heures de glace que leurs amis du « double lettre »?

  • Tient-on suffisamment compte de la science dans notre façon d’enseigner le hockey? On a commencé à réduire la surface de jeu pour les joueurs de moins de 9 ans. Faudrait-il aussi le faire pour les moins de 11 ans et/ou pour les moins de 13 ans? Doit-on investir davantage pour développer les habiletés des joueurs avant l’âge de 11 ans, comme le font les Finlandais? 

  • La structure politique de Hockey Québec, avec ses comités exécutifs élus dans chaque région, est-elle désuète? Cette même structure, développée à une époque où le hockey était uniquement organisé par des associations civiles, correspond-elle encore à la réalité? De quel genre de voix les écoles disposent-elles au sein de Hockey Québec?

  • Est-il normal qu’au sommet d’une fédération aussi importante, on ne retrouve que trois équipes de hockey universitaires masculines? Au fait, le hockey universitaire fait-il partie de la stratégie de développement de Hockey Québec?

Bref, le hockey québécois a besoin d’un nouvel élan. Il a besoin d’audace et de modernité. Et ce ne sont là que quelques dossiers ou questions susceptibles de marquer le mandat de Jocelyn Thibault au cours des prochains mois et des prochaines années.

Il aura besoin d’aide. Il ne reste qu’à souhaiter que toute la communauté du hockey mineur se range derrière lui.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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