•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Lindsey Vonn : dépasser ses limites, en ski comme en affaires

Une skieuse célèbre sa victoire devant la foule avec les bras en forme de ''V''.

Lindsey Vonn compte 82 victoires en Coupe du monde

Photo : La Presse canadienne / Marco Trovati

Lindsey Vonn a été pendant de nombreuses années la reine de la vitesse. La skieuse est médaillée d’or olympique, elle a remporté 20 gros et petits globes de cristal, elle détient le record féminin de victoires en Coupe du monde, soit 82, et ses 43 victoires en descente sont un record autant chez les hommes que chez les femmes.

Ironiquement, elle est née au Minnesota, un État qui n’est pas particulièrement reconnu pour ses dénivelés et un de ses premiers entraîneurs la qualifiait de tortue tellement elle était lente sur les pistes.

L’Américaine est retraitée du ski depuis 2019, mais son désir de briser des barrières et de repousser ses limites est toujours bien présent. Elle applique cette recette à sa nouvelle vie dans le monde des affaires.

Une femme est en vidéoconférence sur un écran alors qu'une autre est assise sur un plateau et anime la discussion.

Lindsey Vonn était l'invitée de C2 Montréal, la discussion était animée par Valerie Micaela Bain

Photo : C2 Montréal / Allen McEachern

Conférencière lors de l’événement C2 Montréal qui avait lieu cette semaine à la TOHU, Lindsey Vonn a reconnu que les qualités requises pour devenir un athlète de haut niveau sont les mêmes que pour exceller en affaires.

Les athlètes sont habitués à travailler fort, et à faire des sacrifices. On dit que les gens qui réussissent ne sont pas les plus talentueux ou les plus intelligents, mais les plus acharnés et qui sont prêts à faire des sacrifices, a souligné Vonn. Je crois que les athlètes, nous sommes habitués à mettre les efforts qu’il faut pour arriver à nos fins. Nous aimons les défis et être dans des situations où nous ne sommes pas les meilleurs pour tenter de devenir les meilleurs.

Poussée à la retraite à cause des blessures à répétition, la femme de 37 ans a dû se réinventer. Après deux semaines de repos, elle en avait déjà assez. Elle collabore toujours avec certains de ses commanditaires, notamment pour développer des vêtements ou des accessoires de ski, mais elle a aussi lancé une maison de production dont le premier projet a un caractère très personnel : un documentaire sur son idole de jeunesse, la skieuse Picabo Street.

Je l’ai rencontrée à neuf ans et j’ai voulu aller aux Olympiques grâce à elle, c'est un premier projet incroyable.

Le documentaire devrait être diffusé avant les Jeux de Pékin qui auront lieu en février prochain.

Le succès ne veut rien dire si l’on ne le partage pas

Une femme avec un chandail blanc devant fond noir.

Lindsey Vonn

Photo : Getty Images / Elsa

Un autre projet qui lui tient à cœur est sa fondation, dont la mission est d’offrir des bourses d’études à des jeunes, garçons et filles, pour qu’ils puissent poursuivre leurs passions, s’épanouir et gagner en confiance, que ce soit dans le sport ou dans d’autres sphères comme les arts.

Le succès ne vaut rien si l’on ne peut pas le partager, affirme l’ex-skieuse. Rencontrer Picabo à neuf ans m’a motivée à devenir une athlète olympique. Avec la fondation, je me suis fait la promesse d’aider les filles, et pas juste les athlètes, à accomplir leur rêve. On les encourage, mais on les outille aussi pour qu’elles atteignent leurs buts.

« Je suis qui je suis aujourd’hui grâce au ski. Il y a tellement de statistiques qui prouvent que le sport aide les jeunes filles à s’épanouir, mais le sport, c’est une petite partie du casse-tête dans ce qui aide les filles et jeunes femmes à s’engager et à avoir du succès dans la vie. Dans mon cas, le ski m’a donné confiance en moi. »

— Une citation de  Lindsey Vonn

Transformer le négatif en motivation

Sa confiance en elle a été testée tout au long de sa carrière d’athlète. D'ailleurs, elle affirme avoir appris assez tôt qu’il fallait qu’elle utilise les commentaires négatifs à son égard comme source de motivation et c’est un mantra qu’elle répète aux jeunes skieuses qu’elle mentore.

Parmi les choses qui l’ont particulièrement contrariée en tant que skieuse est la disparité dans le traitement réservé aux hommes et aux femmes.

En général, dans mon sport, les hommes ont plus de respect que les femmes, analyse Lindsey Vonn. J’ai souvent entendu des remarques voulant que les hommes faisaient les vraies courses et que les compétitions féminines étaient les pony-show (un exercice de marketing). C’est frustrant, mais aussi très motivant. Je prenais les commentaires négatifs des gens et je m’en servais comme carburant, comme motivation à chaque course.

Le fait de ne pas avoir pu se mesurer aux hommes sur les pistes est d’ailleurs une grande déception de l’Américaine. La Fédération internationale de ski n’a jamais autorisé les courses mixtes, comme l’épreuve du parallèle par exemple.

« Je voulais constamment dépasser mes limites, c’était un de mes buts principaux. Je voulais compétitionner contre les meilleurs au monde et même si certaines femmes étaient excellentes, les hommes étaient à un autre niveau et c’est là que je voulais être. »

— Une citation de  Lindsey Vonn

La politique et des gens qui ne voulaient pas changer le système ont empêché son rêve de courser contre les hommes.

Une skieuse dans un virage.

Lindsey Vonn

Photo : Getty Images

Il y a un nouveau président à la Fédération internationale, lance Vonn. Il voudrait que je revienne et que je compétitionne contre les hommes! Mais malheureusement, lorsque j’étais au sommet de ma forme, ce n’était pas possible. J'espère que quelqu’un d’autre dans l’avenir pourra le faire parce que c’est important de repousser les barrières.

Questionnée sur l’enthousiasme, ou du moins l’intérêt que la société semble avoir pour les sports féminins, l’ex-skieuse espère que le mouvement s’inscrira dans la pérennité.

C’est un effet domino. Plusieurs femmes ont ouvert la voie avant nous. Je suis très inspirée par Billie Jean King, qui a tellement fait pour le sport féminin et d’autres aussi qui ont lancé l’effet domino. Les femmes sont maintenant en position de prendre le contrôle de leur destinée, de faire ce qu'elles veulent, de la façon qu'elles le veulent. La voie est ouverte, c'est un moment de responsabilisation à tous les chapitres, dans le sport, la culture, les affaires, dans la vie en général et c’est incroyable à voir.

Quand on n'arrive plus à tourner le négatif en motivation

De nombreuses athlètes féminines sont à l’origine de la discussion sur la santé mentale qui prend de plus en plus de place dans la société. Naomi Osaka, Simone Biles ou même Kim Boutin chez nous ont osé en parler et prendre du recul.

En 2019, Lindsey Vonn a admis avoir combattu la dépression tout au long des 19 ans qu’a duré sa carrière professionnelle. Les symptômes ont commencé en 2002, mais c’est en 2012 seulement qu’elle est allée chercher de l’aide. Un secret qu’elle n’avait pas révélé à son entourage, dont ses parents, mais à un certain moment, elle a senti le besoin d’enlever ce poids de ses épaules.

J’espère que l’on aura plus d’empathie pour les athlètes en général, souhaite Vonn. Tout le monde est différent, mais quand Naomi Osaka, Simone Biles ou Michael Phelps en parlent, ça devient de plus en plus normal. J’espère que nous aurons plus d’empathie et de compréhension et d’acceptation lorsque les athlètes vont avouer devoir prendre du temps pour leur santé mentale. Prendre ce temps est important et il ne faut pas qu’ils aient le poids du monde constamment sur les épaules.

Repousser ses limites : une arme à double tranchant

Lindsey Vonn l’avoue, l’attitude no pain no gain peut être une lame à double tranchant. Même si elle ne dévale plus les pistes à fond de train, elle cherche toujours l’adrénaline dans le sport, mais aussi en affaires. Elle est constamment à la recherche d’un nouveau défi.

« J’ai toujours repoussé mes limites, ça m’a permis d’avoir du succès, mais m'a aussi menée aux blessures. Je ne changerais pas mon approche, j’aborde le ski comme j’aborde la vie. Je vais vers ce qui m’intéresse, me motive et repousse mes limites. Je regarde continuellement le prochain défi; quand je termine une chose, je me tourne vers la prochaine. Comment être meilleure ou m’améliorer? »

— Une citation de  Lindsey Vonn

C’est à double tranchant, parce que je me suis souvent retrouvée dans la clôture, mais on n’atteint pas son plein potentiel si on ne se pousse pas à la limite, c’est une étape pour devenir une meilleure personne.

Une skieuse étendue sur la neige, le visage contre une barrière de sécurité, après une chute.

Lindsey Vonn a subi de nombreuses blessures dans sa carrière

Photo : Getty Images / Alexis Boichard/Agence Zoom

Lorsqu’on la questionne sur son objectif des prochaines années, elle affirme vouloir simplement être heureuse et avoir autant de succès en affaires que sur des skis.

Quant à l'entraîneur qui la traitait de tortue lorsqu’elle était une enfant, elle ne lui garde aucune rancune.

C'est encore un ami, il a 96 ans, il a le même accent autrichien, il parle comme Arnold Schwarzenegger, rigole Vonn. Il s'en est mordu la langue, mais c'est une personne très spéciale dans ma vie. Toutes les choses négatives m’ont nourrie lors de ma carrière et c’en est une, mais c’est un gentil vieil homme, je l’adore.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !