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Chronique

Jesperi Kotkaniemi, et la fois où le CH s’est trompé de gars

L'attaquant du Canadien est debout sur la glace, sans son casque, et attend le début d'un match éliminatoire contre les Maple Leafs de Toronto, à Montréal.

Jesperi Kotkaniemi a accepté une offre hostile de 6,1 millions de dollars des Hurricanes de la Caroline.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Le banquier américain John Templeton, l’un des plus prolifiques investisseurs de tous les temps, avait l’habitude de dire que les cinq mots les plus coûteux du dictionnaire sont : « Cette fois, ce sera différent ».

En 2018, il y a lieu de croire que la haute direction du Canadien et son équipe de recruteurs en sont venues à ce genre de conclusion quand ils ont décidé d’utiliser la troisième sélection du repêchage pour miser sur Jesperi Kotkaniemi.

Le jeune centre finlandais, qui n’avait pas encore célébré son 18e anniversaire, n’était pas au 3e rang du classement des espoirs selon leur talent. Mais le CH tentait de régler un sempiternel problème : sa ligne de centre manquait de profondeur et de talent depuis près de 20 ans.

Et c’est ainsi que la règle cardinale voulant que l’on doive toujours sélectionner le joueur le plus talentueux, peu importe sa position, a été mise de côté. En se disant que cette fois, leur situation était différente, les décideurs du Canadien ont tenté de combler un besoin précis au lieu de choisir le meilleur joueur disponible.

Pour le meilleur et pour le pire, le CH a alors servi l’ailier Brady Tkachuk sur un plateau d’argent aux Sénateurs d’Ottawa.

Notez ici que cette chronique ne verse pas dans le révisionnisme puisque je tenais exactement le même propos il y a trois ans.


Au cours des trois dernières saisons, le CH a donc tenté de faire pousser une fleur en tirant dessus.

Parce que cette fois, la situation était différente, Jesperi Kotkaniemi s’est taillé un poste avec l’équipe dès son premier camp d’entraînement, devenant ainsi le plus jeune joueur de la LNH. Cette promotion était loin d’être banale puisqu’en 109 ans d’histoire, jamais un joueur de centre de 18 ans n’avait percé la formation du Canadien.

Parce que Kotkaniemi n’était pas tout à fait prêt à assumer ces lourdes responsabilités, Claude Julien a constamment dû gérer son utilisation de façon à le protéger. Puis, à sa deuxième année (en 2019-2020), parce qu’il avait perdu une précieuse année de développement à un niveau inférieur, Kotkaniemi a régressé au point où le CH a dû le renvoyer à Laval.

La saison dernière, toujours dans un rôle de troisième centre, le jeune Finlandais a inscrit 5 buts et amassé 15 passes en 56 rencontres. Il a aussi marqué quatre buts en séries et certains d’entre eux étaient fort importants. Par contre, en finale de la Coupe Stanley, au moment où cela comptait le plus, Dominique Ducharme a préféré le rayer de la formation pour faire place à la recrue Jake Evans.

Après l’élimination de l’équipe, les entraîneurs du CH ont rencontré Kotkaniemi une dernière fois pour lui souhaiter de bonnes vacances. Et ils lui ont souligné, sans équivoque, qu’ils s’attendaient à davantage de sa part.


Racontée de cette manière, l’histoire de Jesperi Kotkaniemi semble plutôt négative. Or, il n’en est rien.

Jouer dans la LNH à cet âge constitue un exploit de taille. Et marquer neuf buts en séries éliminatoires avant l’âge de 21 ans est tout simplement exceptionnel.

KK, comme le surnommaient ses coéquipiers du CH, connaîtra sans doute une longue carrière dans la LNH. Mais là n’est pas la question.

Quand l’offre hostile des Hurricanes de la Caroline a été déposée à la fin du mois d’août (un contrat d’une année assorti d’un salaire de 6 millions de dollars), les décideurs du Canadien n’ont pas réfléchi longtemps pour savoir s’ils allaient ou non l’égaler. Immédiatement, ils se sont plutôt mis à la recherche d’un autre centre (Christian Dvorak) pour combler les pertes combinées de Phillip Danault et de Kotkaniemi.

L’offre des Hurricanes était démesurée, a ensuite commenté Marc Bergevin, pour expliquer la décision de laisser partir, aussi jeune, un joueur sélectionné au troisième rang du repêchage.

Il s’agissait de l’une de ces situations révélatrices où les gestes parlent 100 fois plus fort que les mots. En clair, au cours des trois dernières saisons, les décideurs du CH avaient eu l’occasion de se rendre compte qu’ils n’avaient pas misé sur le bon gars. Et que finalement, les choses ne s’étaient pas passées différemment, comme ils l’avaient espéré au départ.

S’ils avaient été convaincus que Kotkaniemi était un futur pilier de l’équipe, ils n’auraient pas hésité à modifier leur budget et leur formation pour le garder. On peut aussi arguer que si Kotkaniemi avait été considéré comme un futur joueur de premier plan, les discussions visant à renouveler son contrat n’auraient jamais traîné jusqu’à la fin du mois d’août.

La semaine dernière, pendant que le CH connaissait un départ cahin-caha et que Marc Bergevin ruminait encore l’offre démesurée des Hurricanes, les Sénateurs se frottaient les mains de satisfaction en annonçant la mise sous contrat de Brady Tkachuk, qui venait d’accepter un contrat de 7 ans d’une valeur de 57,5 millions de dollars.

Au cours des trois dernières saisons, le teigneux ailier des Sénateurs a inscrit 38 buts, 63 points et 189 minutes de pénalité de plus que Jesperi Kotkaniemi. S’il endossait le chandail tricolore, Tkachuk serait probablement le joueur le plus populaire de l’équipe en ce moment. Il en serait peut-être même le futur capitaine.

Il exulte après un but.

Brady Tkachuk a amassé 125 points à ses trois premières saisons dans la LNH.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes


Ce jeudi soir, Jesperi Kotkaniemi sera de retour au Centre Bell pour la première fois depuis qu’il a tourné le dos à l’organisation du CH. Et depuis que l’organisation a carrément reconnu qu’elle n’avait pas misé sur le bon cheval.

Dans dix ans, les partisans du CH se souviendront sans doute de KK en évoquant l’histoire d’un jeune joueur qui a été ravi à l’organisation dans des circonstances un peu loufoques et qui ont fait grand bruit sur les réseaux sociaux.

Pourtant, on devrait considérer KK comme le meilleur exemple illustrant à quel point le département de recrutement amateur a fait mal au Canadien depuis 12 ou 13 ans.

Au cours des sept prochaines saisons, ce sont les visites de Brady Tkachuk qui feront le plus mal aux partisans de l’équipe, et non celles de Jesperi Kotkaniemi.

Un joueur de hockey en rouge à l'entraînement.

Jesperi Kotkaniemi à l'entraînement avec les Hurricanes

Photo : Gracieuseté : Hurricanes de la Caroline

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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