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Chronique

Les Coyotes plongent dans le « bouillon de culture » d’André Tourigny

Un entraîneur de hockey se tient debout sur une patinoire pendant un entraînement.

André Tourigny pendant une séance d'entraînement des Coyotes de l'Arizona

Photo : Radio-Canada / Jonathan Roberge

On bâtit ça comment, une organisation gagnante?

Il y a un peu plus de deux ans, dans l’espoir de trouver une réponse à cette question ultra-complexe, j’avais demandé à André Tourigny d’expliquer sa recette aux lecteurs de cette chronique. J’étais ressorti de cette rencontre époustouflé.

Durant cette longue entrevue, André Tourigny m’avait expliqué que le roc sur lequel s’appuie une organisation gagnante n’est en fait qu’une petite poignée de valeurs qui s’appliquent, coûte que coûte, à tous les individus qui en font partie. 

Sa phrase fétiche était que les règles n’ont pas d’émotions. Et qu’en conséquence, lesdites règles s’appliquent automatiquement lorsqu’un membre de son organisation y déroge, et ce, peu importe son identité ou son rang. 

Si l’autobus doit partir à 7 h et que l’entraîneur ou le directeur général est en retard, l’autobus quitte quand même à l’heure prévue, avait-il souligné. 

***

À cette époque, Tourigny était l’un des hommes de hockey les plus fascinants à œuvrer à l’extérieur de la LNH. Il dirigeait les 67’s d’Ottawa, qu’il avait rapidement transformés en l’une des plus dominantes organisations junior majeur au Canada. En fait, toutes les équipes junior au sein desquelles il avait détenu un poste de commande avaient été propulsées vers les sommets. 

Par la suite, les succès des équipes d’André Tourigny lui ont valu d’être nommé entraîneur-chef d’Équipe Canada junior. Poursuivant dans la même veine, il a énormément impressionné les dirigeants de Hockey Canada lorsqu’il a occupé ces fonctions. Tellement, que son style de leadership a incité la fédération nationale à créer un poste d’entraîneur national permanent juste pour lui, afin qu’il puisse tour à tour diriger les équipes nationales au Championnat mondial junior et au Championnat mondial, en plus de se joindre au personnel d’entraîneurs de l’équipe olympique à Pékin.

Tourigny ne se rendra toutefois pas en Chine cet hiver. Les Coyotes de l’Arizona, qui avaient grand besoin d’établir une culture gagnante au sein de leur organisation, lui ont offert le poste d’entraîneur en chef en espérant qu’il puisse appliquer ses méthodes avec autant d’efficacité dans la LNH.

Sous les plus grands réflecteurs qui soient, nous aurons donc la chance d’assister en direct à une expérience captivante à compter de maintenant. André Tourigny réussira-t-il là où tant d’autres ont échoué au cours des 25 dernières années? Parviendra-t-il à instaurer une culture gagnante dans le désert de l’Arizona?

***

Avant de disputer leur premier match de la saison, les Coyotes ont subi d’immenses transformations. Leur directeur général Bill Armstrong a entrepris la reconstruction de l’organisation en procédant à de nombreuses transactions pour constituer une vaste banque de choix au repêchage. Au Centre Bell en juillet prochain, les Coyotes disposent de trois choix de premier tour et de cinq choix de second tour. Rien de moins!

En fait, seuls les plus prometteurs jeunes joueurs de l’organisation sont restés chez les Coyotes. Ce qui fait qu’André Tourigny se retrouve aux commandes d’une équipe composée d’un hallucinant total de 15 joueurs écoulant leur dernière année de contrat. Et 12 d’entre eux sont des vétérans, plus ou moins abîmés, jouant leur va-tout avant de tester le marché de l’autonomie.

Notre camp s’est super bien déroulé. Il y avait beaucoup de nouveaux joueurs et pas seulement de nouveaux entraîneurs. Cela a eu pour effet de créer une dynamique intéressante. Parmi nos nouveaux joueurs, on retrouve beaucoup de vétérans habitués à camper un rôle de leader. Des gars qui ont déjà gagné et qui font les choses de la bonne façon.

J’ai eu la chance de discuter individuellement avec presque tout le monde pour expliquer notre projet et le genre de camp qu’on voulait tenir. Et tous ont embarqué, raconte André Tourigny.

***

Avant de se présenter au camp, les joueurs de l’organisation ont tous reçu un questionnaire dans lequel ils étaient invités à déterminer les traits de l’organisation qu’ils appréciaient le plus ainsi que les irritants qu’ils croient importants d’éliminer. 

« Nous leur avons aussi demandé de déterminer les valeurs qu’ils estiment essentielles au sein d’une équipe championne. Nous (les entraîneurs) avons colligé tout ça. Puis nous avons comparé avec les réponses des joueurs avec celles que l’équipe d’entraîneurs avait formulées. Il y avait beaucoup de similitudes entre les deux. 

Quand nous avons accueilli les joueurs au camp, nous avons mis cartes sur table. On a comparé la vision des joueurs à celle des entraîneurs. On a expliqué qu’elles allaient être les cinq valeurs de l’équipe ainsi que la manière dont nous allions travailler et nous entraîner. On a établi des standards ainsi qu’un plan clair, et on l’a appliqué durant le camp, explique le nouvel entraîneur en chef des Coyotes. 

Et rapidement, semble-t-il, les joueurs des Coyotes ont pu constater que les règles n’ont pas d’émotions. À titre d’exemple, André Tourigny raconte que certains joueurs se sont présentés au camp avec un surplus de poids. 

Il y avait de très bons joueurs au sein de ce groupe et il y en avait des moins bons. Mais tout le monde a été traité de la même manière. Tout le monde a dû faire les mêmes sacrifices. Ça n’a pas varié parce qu’untel avait un contrat ou un quelconque statut. C’est comme ça qu’on établit une crédibilité auprès des joueurs et que tout le monde constate que la démarche est sérieuse, estime-t-il.

Quand j’ai été invité en entrevue avant d’être embauché, mes questions tournaient toutes autour de cette philosophie. Si tu établis des règles ou des standards et que tu ne les respectes pas, ça ne peut pas fonctionner. Ça crée des injustices si on se met à négocier avec nos propres standards. C’était donc important pour moi que mes patrons adhèrent à l’idée qu’il n’y ait plus de négociation possible une fois que la ligne est tracée.

À date, toutes les décisions que nous avons eu à prendre quant à la composition de notre alignement se sont appuyées sur les valeurs et les standards que nous nous sommes donnés. Nous n’avons pas deux listes de valeurs. Il n’y en a qu’une seule, et j’aime ça.

***

Cela dit, André Tourigny insiste sur le fait qu’il ne suffit pas de griffonner des valeurs sur un bout de papier pour gagner des matchs dans la LNH. Encore faudra-t-il continuer de les appliquer dans les moments les plus difficiles. Et c’est là, expliquait-il lors de notre première entrevue, que se trouve le secret de la Caramilk

J’ai appris au fil des ans que tout le monde peut dire les bonnes choses mais que c’est une autre paire de manches d’agir en conséquence. Il y a 32 équipes dans la LNH qui parlent de culture et d’imputabilité. Mais au-delà de ces beaux discours, ce ne sont pas les 32 équipes qui ont une bonne culture ou qui sont capables de prendre les décisions difficiles.

Dans notre cas, la démarche commence à peine et nous avons beaucoup de chemin à faire. J’ai mentionné à nos joueurs que les entraîneurs peuvent élever la culture d’une équipe jusqu’à un niveau de 8 sur 10 mais que seuls les joueurs qui peuvent élever la note jusqu’à 10 sur 10. Le jour où nos joueurs surpasseront d’eux-mêmes les standards établis, nous saurons que notre culture organisationnelle est vraiment solide.

***

L’opération visant à transformer les Coyotes de l’Arizona en équipe redoutable et en organisation exemplaire s’étalera sur plusieurs saisons. Elle commence ce jeudi 14 octobre avec une poignée de jeunes comme les attaquants Lawson Crouse et Clayton Keller, ou les défenseurs Jakob Chychrun et Conor Timmins. Et surtout, avec une grande quantité de vétérans en quête de rédemption, comme Andrew Ladd, Loui Eriksson, Jay Beagle ou Antoine Roussel. 

Soyons francs : personne ne leur accorde la moindre chance de participer aux séries, ni même de s’approcher d’une participation.

Ces gars-là veulent prouver que ce qui c’est passé au cours des dernières années ne définit pas leur carrière. Ils veulent montrer ce qu’ils sont capables de faire. Ce sont tous des gars fiers qui veulent faire partie de quelque chose de spécial. Ces gars sont prêts à se battre et à tout faire pour connaître du succès, décrocher un autre contrat et rester dans la LNH.

Tous les gars à qui je parle me disent que c'est une grosse année pour eux. Sans compter certains de nos jeunes, qui souhaitent être sélectionnés pour participer aux Jeux olympiques. Notre groupe est motivé et le niveau de compétition était très élevé au camp, affirme André Tourigny. 

Voilà un laboratoire fort intéressant. Il faudra absolument garder un œil sur les Coyotes au cours des prochains mois et des prochaines années.

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