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Une page se tourne à Plongeon Canada

Arturo Miranda sert une accolade à Alexandre Despatie après sa victoire au 3m synchro en compagnie de Ruben Ross (à gauche) aux Jeux du Commonwealth 2010, à New Dehli.

Arturo Miranda donne une accolade à Alexandre Despatie après sa victoire au 3 m synchro en compagnie de Ruben Ross (à gauche) aux Jeux du Commonwealth 2010, à New Dehli.

Photo : Getty Images / Feng Li

Une page se tourne à Plongeon Canada. Après une décennie l’entraîneur Arturo Miranda quitte l’organisation. Reconnu pour sa fougue et sa passion, il a dirigé et conseillé au cours des dernières années les meilleurs plongeurs canadiens. Radio-Canada Sports s’est entretenu avec lui.


Q. Pourquoi quittez-vous Plongeon Canada?

R. C’est une décision mutuelle. Ça fait 13 ans que j’occupe différents postes d’entraîneurs au sein de Plongeon Canada, je crois que c’est le moment de séparer nos chemins. Nous avons terminé un cycle. Au cours de ces années, j’étais à tous les Jeux olympiques et à tous les événements majeurs. Ç’a été tout un parcours et c’est le moment de faire quelque chose de différent. Je pars avec toutes ces histoires en tête et je crois que c’est le moment d’en écrire de nouvelles.


Q. Est-ce que vous sentiez qu’il était temps de donner le flambeau à quelqu’un d’autre?

R. Plongeon Canada voulait du renouveau, faire les choses différemment. Je ne sais pas de quelle façon, nous verrons les résultats dans trois ans. Plongeon Canada fait ce qu’il croit être pour le mieux. De mon côté, j’ai encore beaucoup de choses à réaliser, j’ai beaucoup d’expérience et je crois que plusieurs équipes pourraient en bénéficier. J’ai entraîné tellement de grands athlètes, Alexandre Despatie, Jennifer Abel, Meaghan Benfeito, Roseline Filion, ils sont tous incroyables et j’ai appris tellement avec eux.

Des athlètes

Les membres de l'équipe canadienne de plongeon en 2008.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD


Q. Nous avons fait une entrevue avec Jennifer Abel qui était un peu sous le choc d’apprendre votre départ, est-ce que vous réalisez l’impact que vous avez sur les plongeurs?

R. Oui, je le réalise! Tous les plongeurs que j’ai entraînés, à un certain moment ils sont devenus de vrais amis. Nous gardons contact. Après les Olympiques, habituellement je leur donne un peu d’espace, parce que, pour avoir passé par là moi-même, ils ont besoin d’espace pour reprendre le cours de leurs vies. Mais par la suite, on reprend contact. Tous les athlètes que j’ai entraînés, tous les entraîneurs que j’ai côtoyés, je garde contact, nous sommes de bons amis. Je ne m’inquiète pas de ça. J’espère avoir une bonne influence sur eux.

Deux athlètes montrent leurs médailles d'or.

Alexandre Despatie et Arturo Miranda lors des Jeux du Commonwealth en 2006.

Photo : Getty Images / Kristian Dowling


Q. Comment vous sentez-vous face à ce nouveau chapitre?

R. Je suis heureux d’essayer quelque chose de différent, de contribuer à quelque chose d’autre, je ne sais pas encore. Je vais peut-être prendre un peu de temps pour moi aussi. Treize ans dans la haute performance, à toujours penser aux médailles et à la performance, c’est dur. C’est beaucoup d’adrénaline, mais c’est éreintant mentalement et physiquement. Peut-être que je n’ai plus besoin de cette adrénaline? Je pourrais enseigner à de jeunes athlètes. Peu importe ce qui va se présenter, je serai prêt. Quatre Jeux olympiques, 14 Jeux panaméricains, 14 Jeux du Commonwealth, de nombreux champions, ç’a été une longue route.


Q. Le dernier cycle olympique a été particulièrement difficile pour plusieurs athlètes (la pandémie, le report des JO d’un an), est-ce que ç'a été votre cas aussi?

R. Ç’a été la pire chose que j’ai connue, je n’ai aucun comparable. Ç’a été très dur pour moi d’essayer de garder Jennifer et Meaghan motivées, mais aussi les plus jeunes. Ils disaient tous la même chose : Pourquoi je m’entraîne? Je ne vais nulle part. Je leur répondais que ça s’en vient (les compétitions) et que vous devez être prêts. C’est encore dur pour eux de voir le positif. Pour bien performer, vous devez vous entraîner, être constant et avoir un objectif en tête. Notre préparation pour les derniers jeux était terrible. Ça ne s’est pas passé comme on voulait et vers la fin, je m’y attendais. Ils ont travaillé fort pour y arriver et livrer leurs performances.


Q. Est-ce que vous avez un moment au cours des 13 dernières années que vous chérissez particulièrement?

R. C’est une question difficile, il y en a tellement!

Tout d’abord de plonger aux côtés d’Alexandre Despatie. (NDLR : Ils ont, entre autres, gagné une médaille d’argent au 3 m synchro lors des Championnats du monde de 2007 et ils ont terminé 5e aux Jeux de Pékin en 2008.) De voir Jennifer gagner ses médailles aux olympiques et aux Championnats du monde, les médailles de bronze de Meaghan à la tour de 10 m en 2016, il y a eu tellement de grands moments tout au long de ces années. Il n’y en a aucun qui ressort du lot. Ce qui va me rester de toutes ces années c’est que je peux prendre le téléphone et que ces athlètes vont tous me répondre sur le champ. On peut parler, sortir, aller prendre un verre ou un repas. C’est probablement ce qui m’est arrivé de mieux au cours de ces 13 années.

Deux plongeurs

Alexandre Despatie et Arturo Miranda en 2008

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD


Q. Je comprends qu’au-delà de la relation entre un athlète et son entraîneur, vous aimez beaucoup la relation entre humains.

R. J’ai confiance en l’humain et de mon côté je sais ce que j’ai à faire et quoi faire pour y arriver. Si je n’avais pas eu cette confiance, je ne crois pas que j’aurais réalisé tout ce que j’ai fait au cours de ces 13 ans. Tous les plongeurs que j’ai entraînés m'ont choisi, ce n’est pas moi qui les choisissais et pour moi c’est important. J’aime beaucoup interagir avec les gens.


Un entraîneur enlace une athlète.

Arturo Miranda et Roseline Filion aux Jeux de Rio en 2016

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Q. Qu’est-ce que vous avez appris comme entraîneur au cours de ces 13 ans? De quelle façon le Arturo des débuts est différent de celui d’aujourd’hui?

R. Ç’a été un long apprentissage. Ce n’est pas nécessairement un gros changement parce que j’apprends encore tous les jours avec eux. J’aime les humains et lorsqu’on est entraîneur, on doit comprendre les athlètes, les deviner. Trouver quelle est la raison qui les pousse à se lever tous les matins pour aller s’entraîner 10 heures par jour et garder le sourire. Qu’est-ce qui les garde affamés de leur sport, qu’est-ce qui les rend heureux? Ce type d'interactions, c’est la clé. C'est ce que j’ai appris. Surtout qu’en haute performance, on se retrouve quelquefois isolés du monde. Les autres ne comprennent pas notre réalité, mais comme j’ai déjà été un athlète, je les comprends. Nous faisons ce que nous avons à faire et c’est parfait.

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