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Vincent De Haître, encore et toujours en mode olympique

Le patineur entame un virage

Vincent de Haître sur l'anneau de glace olympique (Photo: Getty Images/Maddie Meyer)

Photo : Radio-Canada

Michel Chabot

Vincent De Haître n’a pas participé à une seule course internationale de patinage de vitesse depuis les JO de Pyeongchang. Et après avoir participé aux Jeux de Tokyo, l’été dernier, en cyclisme sur piste, il est de retour sur la glace et aspire à nouveau au podium.

Cette semaine à Calgary, le Franco-Ontarien tentera de se faire une place au sein de l’équipe nationale dans le but de participer aux quatre Coupes du monde de l’automne.

Mais d’ici là, il n’a pas le droit de porter le maillot canadien. Une situation pour le moins particulière qui le fait sourire.

Je n’ai pas la permission de courir dans le maillot de l’équipe, mais c’est bizarre qu’ils m’aient demandé de porter le chandail canadien pour les entrevues, a rigolé le vice-champion du monde du 1000 m en 2017. Je me suis acheté un skin suit à bon prix de quelqu’un en Colombie-Britannique. J’avais communiqué avec une compagnie aux Pays-Bas, mais ils n’avaient rien à ma taille, sauf aux couleurs de la Frise, une province de la Hollande. Et c’est clair que c’est un uniforme des Pays-Bas. Alors je leur ai dit : ‘'Excusez-moi, je ne peux pas.’' Je ne pouvais pas arriver et patiner avec ça aux essais canadiens. J’aurais trouvé ça drôle, mais ce n’est pas la sorte d’attention que je recherche.

De Haître patinera donc dans un maillot noir avec les manches rouges, mais n’affichera aucun logo.

Même si j’avais voulu porter un maillot de 2017, il aurait fallu que je recouvre tous les logos de commanditaires, a expliqué l’athlète de Cumberland. Mais Radio-Canada sera ici cette semaine et ils voudront que je porte le maillot canadien pour le tournage. Je peux le porter pour les médias, mais pas en course. Les règles sont écrites pour la norme, mais moi, je me sens comme un compétiteur. J’étais avec l’équipe à un haut niveau, je reviens et j’ai le droit de m’entraîner avec l’équipe, mais mon brevet est avec Cyclisme Canada. Je n’ai pas de brevet de Patinage de vitesse Canada en ce moment. Mais ce n’est qu’une anecdote, ce n’est pas important pour moi.

Ce qui compte surtout pour lui, c’est de retrouver ses sensations sur glace et une saine compétition avec ses coéquipiers, de nouveaux visages pour la plupart.

Maintenant, la majorité de l’équipe est plus jeune que moi, a-t-il constaté. Ce ne sont pas des personnes avec qui je me suis entraîné auparavant. J’apprends à connaître mes coéquipiers. Ça va de mieux en mieux et je pense qu’avec mes performances à l’entraînement, j’ai mérité leur respect et nous avons une bonne atmosphère au sein de l’équipe.

Une citation de :Vincent De Haître

Une expérience valorisante

La réputation de De Haître n’est plus à faire, surtout après son parcours aux Jeux d’été. Tokyo aura été une formidable expérience pour le jeune homme venu au cyclisme sur piste sur le tard. N’empêche, il a permis au Canada de finir au 5e rang dans la poursuite masculine, alors que le pays n’était que 11e aux derniers mondiaux.

Nous avons battu le record canadien trois fois, dont deux chronos dans les 3 minutes 46 secondes. Le record du monde, depuis les Jeux, il est à 3:42. Donc, nous sommes à 4 secondes derrière. Mais si on avait fait une course de 3:46 aux derniers Championnats du monde, on aurait eu la médaille d’argent. En un an et demi, ça a changé.

Un cycliste sur piste.

Vincent De Haître

Photo : Getty Images / Maja Hitij

Le cyclisme en a-t-il fait un meilleur athlète? Le principal intéressé n’est pas du genre à pavoiser ou à faire sa propre promotion, mais il affirme se sentir plus aguerri.

En tous cas, il n’y a pas grand-chose qu’on peut me lancer qui va trop me troubler. À 27 ans, avoir été trois fois aux Jeux olympiques, et en me préparant pour les quatrièmes, ça fait en sorte que j’ai un niveau d’expérience qui dépasse mes années.

Réapprendre à patiner

Revenir au patinage de vitesse comporte énormément de difficultés, même pour un athlète de niveau mondial comme lui. Le travail est considérable, mais De Haître est un maniaque de l’entraînement et la tâche ne l’effraie pas.

Je ne pouvais plus identifier dans quelle position je patinais. J’ai changé mes lames parce qu’ils ont arrêté de les fabriquer. Je pèse trois ou quatre kilos de plus que quand je patinais. Ce sont de petits détails qui finissent par s’additionner. Mais je patine avec un meilleur système aérobique que jamais, donc entre les épreuves, je récupère de mieux en mieux. Les systèmes d’énergie sont là, mais pas les muscles stabilisateurs. C’est difficile d’avoir une bonne technique quand les muscles ne sont pas prêts.

Une citation de :Vincent De Haître

C’est pour cette raison que je travaille si fort avec les physiothérapeutes, pour rebâtir mon corps comme un corps de patineur, a-t-il poursuivi. Je passe d’un sport assis, sans aucune charge sur mon corps ou mon dos et je retourne à un sport explosif avec une charge. De plus, un sport est linéaire tandis que l’autre est latéral. Ce n’est pas du tout la même chose pour les jambes.

C’est sans compter que les vacances ont été rares pour le jeune vétéran depuis son aventure sur deux roues : trois semaines à l’hiver 2020 et quelques jours en rentrant de Tokyo en août.

Et avec le report d’un an des Jeux, il a dû étirer ce régime de vie intense jusqu’à cette année.

Quand ses coéquipiers cyclistes amorçaient leur saison morte, à l’hiver 2020, lui retournait en Alberta pour ne pas trop perdre la main. Patiner sur un lac gelé alors que la pandémie éclatait était son seul recours.

Je me suis rendu à Red Deer où je me suis trouvé un appartement pour deux mois et je patinais dehors avec une température de moins 20 ou moins 30 degrés. Mes coéquipiers cyclistes, eux, s’apprêtaient à aller à un camp à Hawaï pendant que j’étais dans le froid. Quand la saison de patin a fini, tout le monde est parti et moi je suis retourné pour un autre quatre mois d’entraînement avec les cyclistes avant les Olympiques.

Et le revoilà encore, inlassablement en mode olympique.

Je le suis toujours depuis l’âge de six ans, confie-t-il, à moitié blagueur.

Et la motivation est grande pour celui qui a causé la surprise en se qualifiant pour Sotchi en 2014, mais qui a vu ses chances de médailles s’évaporer à Pyeongchang quatre ans plus tard, en raison d’un bête accident dans lequel il s’est blessé au talon. Plus que jamais, donc, le rêve d’un podium est toujours bien présent dans son esprit.

J’ai toujours eu un objectif très clair. Je ne suis pas dans une situation idéale, mais je suis confiant parce qu’un patineur canadien qui se qualifie aux Jeux olympiques a une chance d’être dans le top 10 ou le top 5. Et si tu es dans ce groupe-là, il y a une chance de médaille. Donc, me qualifier aux Jeux c’est bon, mais je ne suis pas ici juste pour ça. J’ai participé trois fois aux JO et là, je ne suis pas ici juste pour participer.

Une citation de :Vincent De Haître

Plusieurs chemins mènent à Pékin

Et les scénarios sont multiples pour se rendre à Pékin. Même s’il ne se qualifie pas pour les Coupes du monde, il pourra y arriver fin décembre à Québec, lors des qualifications nationales.

Il y aura toujours une place libre par discipline, précise-t-il. Trois gars vont aux Jeux, mais tu ne peux en préqualifier que deux. Donc, un gars peut se qualifier en décembre même s’il n’a pas fait de course avant. Donc, potentiellement, ma dernière course internationale est survenue aux Olympiques et ma prochaine pourrait aussi être aux Olympiques.

Samedi dernier, Vincent De Haître a devancé David Larue dans une course amicale sur l’ovale de Calgary.

C’est pas mal pour quelqu’un qui n’est revenu à l’entraînement sur glace que depuis huit semaines, s’est-il rassuré.

Laurent Debreuil, Vincent De Haître et Gilmore Junio

Laurent Debreuil, Vincent De Haître et Gilmore Junio

Photo : The Canadian Press / Mike Ridewood

Mais dans une autre confrontation, a-t-il aussitôt fait remarquer, Laurent Dubreuil et Antoine Gélinas-Beaulieu étaient plus rapides que lui avant de lever le pied à 600 m, pour respecter leur plan d’entraînement.

Je suis habitué de voir Laurent plus rapide que moi à 600 m, a souligné De Haître. Mais il avait une bonne seconde et demie d’avance, c’est plus que d’habitude. Il patinait au rythme du record du monde.

Détenteur du record canadien sur 1000 m depuis 2017, avec un chrono de 1:06,72, l’Ontarien craint que cette marque soit bientôt battue par Dubreuil, qui s’en était rapproché à 4 millièmes de seconde en 2020 (1:06:76).

Mais il ne l’a pas encore battu, a-t-il badiné. Il n’a pas encore été plus vite que moi.

De Haître aimerait d’ailleurs que Dubreuil s’entraîne encore avec lui, même s’il comprend sa décision de patiner près de son domicile. D'ailleurs, l’inauguration récente de l’anneau couvert de Québec est, selon De Haître, une excellente nouvelle pour le patinage canadien.

Ça nous donne des options pour les camps d’entraînement, a-t-il évalué. On n’a plus besoin d’aller aux États-Unis. Ça n’arrivera jamais, mais nous pourrions avoir quatre coupes du monde en Amérique du Nord, avec les ovales à Québec, Calgary, Salt Lake City et Milwaukee. On va tellement en Europe… Si on pouvait avoir deux Coupes du monde au Canada, ce serait plus facile pour nous, surtout avec la pandémie.

Et moi j’aimerais ça que toute l’équipe s’entraîne au même endroit. Avoir Laurent comme partenaire d’entraînement, ce serait l’idéal, a-t-il conclu avec un large sourire.

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