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Santé mentale des athlètes : « les tabous sont en train de tomber »

Il est en position agenouillée sur la glace.

Carey Price

Photo : Getty Images / Rich Lam

Michel Chabot

La pause que Carey Price a décidé de s’accorder soulève à nouveau la question de la santé mentale des athlètes et des ressources vers lesquelles ils se tournent pour leur mieux-être.

Radio-Canada Sports a discuté du sujet avec le docteur en psychologie sportive Sylvain Guimond, qui a travaillé avec le Canadien de Montréal de 2012 à 2015 et qui compte plusieurs athlètes professionnels, dont des hockeyeurs, parmi sa clientèle.


Q. Constatez-vous chez vos clients une hausse des cas d’anxiété ou de santé mentale et voyez-vous plus de joueurs qui ont recours à de l’aide psychologique?

R. Les joueurs ont de moins en moins peur d’utiliser l’aide de quelqu’un. Nous, en psychologie du sport, on est plus du côté de la performance, mais il y a des ressources qui sont disponibles, autant au niveau de la thérapie, lorsque c’est nécessaire d’avoir des soins de santé mentale.

L’anxiété est de plus en plus présente dans notre société en général et pour les jeunes, c’est de plus en plus jeune, et à tous les niveaux. Est-ce que nous sommes plus enclins à en parler? Je pense que oui. Les tabous sont en train de tomber et je pense qu’on sent le besoin de le dire et de se faire aider, ce qui n’était pas nécessairement le cas il y a quelques années. Et ça, c’est bon.


Q. Il y a beaucoup d’attentes envers les joueurs. La pression est constante et ils doivent justifier leurs salaires aux yeux des partisans. Ça peut devenir lourd, non?

R. Avec les médias sociaux et tout ce qui est véhiculé, la pression devient de plus en plus forte et elle est immédiate. Donc, on est souvent jugé avant d’avoir fait quoi que ce soit.

Les joueurs vont dire qu’ils n’écoutent pas la radio, ne regardent pas la télévision et qu’ils ne lisent pas les journaux, mais c’est totalement faux. On le sait toujours quand des choses sont écrites sur nous et lorsque c’est positif, les athlètes ne sont pas différents de nous, ça leur fait plaisir aussi.

Quand les commentaires sont difficiles à prendre, ou quand ça devient personnel, leur entourage est aussi sonné par ça. Les joueurs ne méritent souvent pas les publications négatives. Peu importe le salaire que vous faites, vous méritez de la décence et du respect. Et ça, malheureusement, dans notre société, on le perd de plus en plus.

Les athlètes portent une armure, on les voit comme indestructibles et c’est difficile pour eux de montrer leur vulnérabilité. Mais la seule façon de se faire aider, c’est de lever la main et de le dire.


Q. On ne connaît pas les causes ni la nature exacte des problèmes de Carey Price, bien que sa femme ait publiquement admis qu’il devait prendre soin de sa santé mentale. Comment avez-vous réagi en apprenant cette nouvelle?

R. Je ne suis pas vraiment surpris parce qu’il y a beaucoup de pression qui est placée sur lui. Et aussi, ça fait plusieurs années qu’il a souvent des blessures et il doit revenir chaque fois.

Les blessures sont physiques, mais il y a toujours une certaine atteinte au niveau de la fatigue, sa fatigue de dire : Est-ce que je vais revenir comme j’étais avant?

Il y a de l’incertitude et beaucoup d’anxiété qui peuvent être liées à ça.


Q. Price a porté le Canadien sur ses épaules pendant une dizaine d'années. Et aujourd’hui, à 34 ans, il est peut-être plus fragile. L’usure entre-t-elle en ligne de compte, selon vous?

R. Je l’ai connu personnellement, c’est quelqu’un d’exceptionnel. C’est une personne qui est réservée et qui veut mettre la lumière sur ses coéquipiers et qu’ils réussissent bien. Il est très généreux par rapport à ça. Ce n’est pas quelqu’un qui aime être sous les feux de la rampe, ce n’est pas ce genre de joueur.

Et j’ai l’impression qu’en ce moment, il a justement besoin d’un arrêt, probablement pour l’aider à reprendre sa forme physique et mentale. Ça fait longtemps qu’il porte l’équipe sur ses épaules. Et là, je pense que c’est le temps que l’équipe le mette sur ses épaules et l’aide à passer à travers cette période-là.


Q. Toute cette attention médiatique dont il est l’objet, c’est sûrement dur à supporter parfois…

R. Les gens ne se rendent pas compte que s’ils avaient quelqu’un qui suit ce qu’ils font dans leur travail, quotidiennement, et qui épie chacun de leurs gestes, ils trouveraient aussi que la vie est passablement lourde. Et ces athlètes-là, tous les jours, ils doivent être pratiquement parfaits.

Il n’y a personne de parfait et c’est triste de leur mettre autant de pression seulement pour un jeu, même s’il y a des millions de dollars en cause. Ça devrait toujours demeurer plaisant.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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