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Chronique

Les joueuses de la NWSL en ont assez de l’opacité

Elles se rassemblent dans le rond central et gardent le silence.

Les joueuses de la NWSL ont interrompu les trois matchs du 6 octobre à la sixième minute.

Photo : Howard Smith/isiphotos.com

Olivier Tremblay

Les joueuses se sont réunies dans le rond central, bras dessus bras dessous, comme on le fait parfois pour rendre hommage à un défunt dans le monde du soccer. Mais elles voulaient plutôt donner vie à un mouvement, à un appel à l’action.

Le retour à la normale des activités de la NWSL, mercredi soir, n’avait rien de normal. La normale d’avant, de toute façon, ne devrait plus avoir cours. C’est ce que les joueuses crient sur toutes les tribunes depuis jeudi dernier, lorsque The Athletic a publié son enquête sur le désormais ex-entraîneur du Courage de la Caroline du Nord, Paul Riley.

Le message circulait dans les journaux, sur les plateaux de télévision, sur les réseaux sociaux. Il ne restait plus qu’à le décliner sur le terrain, où les joueuses s’expriment déjà magnifiquement bien. À la sixième minute de chaque match – pour les six années de souffrance des victimes –, elles ont créé un moment puissant, chargé de sens. Les joueuses sont au centre, au cœur de la ligue, et on n’aurait jamais dû les laisser tomber.

Compte tenu de la gravité de l’affaire et des nombreux enjeux à aborder, le communiqué dans lequel l’association des joueuses a formulé ses plus récentes demandes à la ligue est aride.

On peut cependant le résumer ainsi : des enquêtes indépendantes et approfondies, une protection accrue des joueuses, un mot à dire dans la gestion de la ligue et de la transparence, beaucoup de transparence, puisque le concept était presque étranger à la NWSL, même pour certains détails inoffensifs. Alors, quand il s'agit de situations potentiellement explosives...

Dès avril dernier, la ligue aurait eu l’occasion d’inverser la tendance. Quand la joueuse des Red Stars de Chicago Sarah Gorden et son copain ont dit avoir été victimes de profilage racial au stade du Dash de Houston, la NWSL a ouvert une enquête conformément à sa politique anti-harcèlement (publiée au début de cette saison, la neuvième de la ligue…).

La NWSL a par la suite annoncé que selon les conclusions de l’enquête, aucune mesure disciplinaire n’était nécessaire. C’est le seul détail qu’elle a divulgué. Rien pour rassurer les joueuses qui souhaiteraient signaler certains comportements, et encore moins dans le cas de ces joueuses qui avaient entendu parler de l’histoire de Mana Shim, dont les dénonciations en 2015 n’ont rien donné de concret sur le plan de la protection des joueuses et de la transparence.

Quand Sinead Farrelly a joint sa voix à celle de Shim pour réclamer de la NWSL une nouvelle enquête sur Paul Riley après la mise en œuvre de sa politique anti-harcèlement, la (désormais ancienne) commissaire Lisa Baird lui a répondu que l’enquête initiale était conclue et qu’elle ne pouvait pas lui fournir plus de détails.

Si ces femmes ont choisi la voie des médias pour rendre leur histoire publique, c’est que la ligue ne leur a pas inspiré la confiance qu’elles méritaient. Elles se sont senties muselées dans leur milieu de travail, comme le soulignait l’ancienne internationale canadienne Kaylyn Kyle, qui occupait le poste d’analyste des matchs, mercredi, à CBS Sports.

Ces femmes ont dû affronter ça, elles ont senti qu’elles n’avaient pas de voix, a-t-elle expliqué en ravalant quelques sanglots. Elles avaient peur de parler et de perdre un emploi pour lequel on ne les paie pas de toute façon. Imaginez-vous dans cette situation. Imaginez, moi qui n’ai pas la langue dans ma poche, j’avais peur de dénoncer les abus verbaux ou émotionnels des entraîneurs.

(Soulignons d’ailleurs qu’il est encore plus difficile, depuis une semaine, de recevoir les arguments de ceux qui jugent que les joueuses méritent le salaire famélique qui leur est souvent réservé, surtout quand on le compare avec celui de leurs collègues masculins, parce que le marché, parce que les revenus, etc. Certains experts, comme ceux du Center for American Progress en 2017, expliquent que la culture toxique au travail découle des relations de pouvoir malsaines et que la faible rémunération consolide ce déséquilibre.)

Lorsqu’une organisation s’empêche elle-même de parler sur un sujet aussi capital que la sécurité de ses employées, pourquoi ces dernières se sentiraient-elles à l’aise de le faire? Dans les circonstances, la feuille de route d’une Megan Rapinoe, par exemple, en ce qui a trait à la communication et à la défense des intérêts des joueuses relève presque du miracle.

Les prochaines actions de la ligue et de ses clubs, dont l’association des joueuses exige qu’ils se soumettent volontairement à une enquête minutieuse, seront cruciales. Les athlètes tiennent à leur ligue – ou, du moins, à une version plus sécuritaire et plus transparente de celle-ci –, et elles ont besoin de réponses. Et pas seulement pour le cas de Paul Riley.

Dans votre moteur de recherche préféré, inscrivez les noms suivants, pour ne citer que ceux qui ont fait l’actualité en 2021 : Farid Benstiti, Richie Burke, Christy Holly, Alyse LaHue. Vous trouverez des allégations de comportements inacceptables, mais probablement pas dans le détail, évidemment.

Les exemples sont trop nombreux, et la culture du silence est trop forte. Mais la résistance s’est enfin organisée, et quelque chose de rassurant se produit : les joueuses semblent avoir acquis une réelle capacité à faire changer les choses.

Libérées par le courage de leurs consœurs, et peut-être par la structure améliorée de leur association en cette période d’actuelle (et ardue) négociation de la toute première convention collective de la NWSL, les joueuses se sont réunies dans le rond central, bras dessus bras dessous. Elles ont décliné leur message sur le terrain, où elles s’expriment magnifiquement bien.

Imaginez comment elles joueraient si elles avaient la tête reposée.

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