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Chronique

Les 100 victoires de Lewis Hamilton, de Montréal à Sotchi

Est-ce que Lewis Hamilton est le plus grand pilote de tous les temps?

Vu de haut, il est debout dans sa monoplace et lève le pouce.

Lewis Hamilton salue la foule à Sotchi.

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Pas moins de 100 victoires en formule 1. C’est un chiffre qui dépasse l’entendement, dans un univers complexe, dans un championnat où les athlètes s’affrontent une vingtaine de fois par saison.

Dans un sport où la performance de l’athlète lui-même (soit sa capacité de juger, de vaincre la pression ainsi que sa forme physique) n’est pas seule garantie de succès.

Il doit composer avec une monoplace très sophistiquée, orgueil d'une armée d'ingénieurs, composée de plus de 80 000 morceaux qui peuvent casser à tout moment, avec une équipe qui suit ses moindres gestes à chaque virage de chaque tour qu’il négocie, et qui décide de la stratégie à adopter, avec le comportement des pneus (seule surface de contact avec la piste), avec les conditions de piste, avec les conditions climatiques, avec le pilotage des adversaires.

Vu de haut, il est assis dans sa voiture.

Lewis Hamilton dans la ligne des puits du circuit de Spielberg

Photo : Getty Images / Peter Fox

En course automobile, un pilote est à la merci de tant de facteurs que le pourcentage de rater sa course est bien plus élevé que celui de la réussir.

Ce qui s’est passé en Russie illustre parfaitement ce mécanisme complexe qui conduit à la réussite ou à la défaite en F1.

Le Britannique Lando Norris, en tête de la course avec quatre tours à faire, a refusé de rentrer aux puits pour changer de pneus même si la pluie commençait à tomber.

Un pilote dans le feu de l’action peut avoir le jugement faussé par de nombreux facteurs, par sa simple volonté exacerbée de vouloir rester en tête à tout prix, si près du but.

À la fin de la fenêtre d'arrêts prévus, avec 21 tours à faire, sur une piste encore sèche, 13 secondes de retard sur Norris séparaient Hamilton de sa 100e victoire.

Sur une piste bien dégagée, le Britannique a doucement augmenté le rythme, a pu se détacher des pilotes Red Bull qui le suivaient. Les pneus de la monoplace de Max Verstappen avaient souffert à force de remonter le peloton, et il ne pouvait pas tenir le rythme de la Mercedes-Benz.

Ils s'approchent d'un virage.

Lando Norris devant Lewis Hamilton avant que la pluie se mette de la partie à Sotchi.

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Tel un prédateur, Hamilton a rattrapé sa proie et ne l’a plus quittée des yeux.

Avec 10 tours à faire, il n'avait plus que 1,3 seconde de retard sur la McLaren orange. Il l’avait juste devant lui, à sa portée, mais la McLaren se faufilait habilement dans les virages pour rester juste en dehors de la zone de DRS (déclenchement du système de réduction de traînée autorisé à moins d’une seconde de retard).

Lando Norris, fort de sa pole position, ne voulait pas craquer, ne voulait rien céder, il se voyait déjà sur le podium qu’il entrevoyait au-dessus des puits à chaque passage.

Hamilton a admis que, sans la pluie, il n’est pas certain qu’il aurait pu doubler Norris qui ne montrait aucun signe de nervosité à rouler en tête. Mais la pluie est arrivée, et le plus expérimenté des deux en a fait son alliée.

Il a d’abord dit non à son équipe quand elle lui a demandé de rentrer aux puits pour chausser des pneus rainurés, plus adhérents sur piste mouillée, puis a obtempéré au tour suivant. Norris a d’abord crié shut up! (tais-toi!) quand son ingénieur lui a posé la même question, et a crié non! au tour suivant.

Au ton de sa voix, on comprenait que Norris se savait en équilibre sur un fil, sans filet, et il ne s’y sentait pas à l’aise. Et la pluie forte est venue doucher ses espoirs de victoire. Il l’a finalement donnée à Hamilton en glissant hors piste à 2 tours de la fin.

« From hero to zero » (de héros à zéro), a-t-on pu lire dans la presse spécialisée.

La direction de McLaren veut aujourd’hui comprendre pourquoi on n'a pas ordonné à Norris de rentrer aux puits.

Le très jeune et très prometteur pilote de 21 ans est déçu pour lui et pour l’équipe. Il aura, souhaitons-le, d’autres occasions de mener un grand prix et d’avoir une victoire à portée de main. Mais sa défaite magnifie d’autant plus l’exploit qu’a accompli Hamilton.

Au diable les comparaisons

La presse spécialisée aujourd’hui se demande si Lewis Hamilton est le plus grand pilote de tous les temps. Il est superflu de mélanger les époques. L’Argentin Juan Manuel Fangio n’a-t-il pas dans les années 50 obtenu 47,06 % de victoires dans sa carrière? On parle ici de 24 triomphes en 51 courses.

Photo en noir et blanc d'un pilote dans un bolide long, à découvert.

Juan Manuel Fangio en 1953 dans une Maserati

Photo : Getty Images / Express

Lewis Hamilton en a obtenu 100 en 287 courses (35,59 %). Peut-on comparer? Les deux pilotes ont eu cette qualité exceptionnelle de pouvoir se rendre au fil d’arrivée le premier, c’est-à-dire de battre tous les adversaires, de préserver sa machine pour qu’elle se rende au bout du grand prix, d’éviter les pièges de la piste et des conditions climatiques parfois changeantes.

Les pilotes disent souvent : C’est quand même moi qui étais dans l'auto et qui ai fait ce qu’il fallait pour passer la ligne d’arrivée le premier.

Ils sont certes moins seuls qu’avant dans leur monoplace. Ils ont des ingénieurs qui leur parlent constamment dans le casque par communication radio pour les guider.

Est-ce pour autant qu’ils ont la vie plus facile dans leur habitacle? Ils ont des tas de boutons à appuyer, des manettes à tourner pendant qu’ils roulent à 300 km/h. Il y a énormément de paramètres à gérer dans une F1 moderne, au point que l'Espagnol Fernando Alonso, double champion du monde, a déjà comparé sa monoplace à une navette spatiale.

Les pilotes d’aujourd’hui sont peut-être plus complets que leurs illustres prédécesseurs dans leur pilotage et dans leur préparation. Mais j'arrête là la comparaison.

La presse spécialisée se demande aussi si Lewis Hamilton aurait été aussi bon s'il était resté avec McLaren. Évidemment pas à la lumière des résultats de McLaren entre 2013 et 2019. Mais pourquoi cette question? L’homme et la machine sont intimement liés. Hamilton a fait un choix en 2013, et ce choix s'est avéré le bon. Certains n'ont pas eu le même flair. Parlez-en à Jacques Villeneuve...

Le compteur des 100 victoires a démarré à Montréal en 2007 à la première saison de F1 de Hamilton dans une McLaren. Première pole position la veille, victoire le lendemain. La F1 avait trouvé un nouveau champion.

Il asperge la foule de champagne.

Lewis Hamilton célèbre sa première victoire en F1, à Montréal, le 10 juin 2007.

Photo : Getty Images / STAN HONDA

Plusieurs victoires ont suivi avec McLaren, mais l'exploit des 100 victoires a pris naissance en 2014 à l’introduction de la nouvelle génération de moteurs hybrides turbocompressés. Mercedes-Benz a su mieux comprendre que les autres cette nouvelle technologie motrice aussi audacieuse que coûteuse et a construit un excellent groupe propulseur (moteur et systèmes de récupération d'énergie).

L'ancien champion du monde autrichien Niki Lauda avait convaincu Hamilton la saison précédente de quitter McLaren et de se joindre à Mercedes-Benz. Le flair, c'est à la base faire confiance.

Ils rigolent dans une auto.

Lewis Hamilton et Niki Lauda en 2009

Photo : You Tube

Hamilton a accepté, en croisant les doigts, sans savoir que l’arrivée du nouveau moteur hybride allait assurer sa place dans les annales de la discipline.

Quatrième du championnat en 2013, il a remporté le titre en 2014 dans une voiture bien dessinée, la W05, équipée d’un moteur parfaitement intégré.

C'était le début d’une fructueuse association. À son arrivée avec Mercedes-Benz, il avait déjà enregistré 22 victoires en F1. Il était déjà à égalité de victoires avec son compatriote Damon Hill. Il n'était qu'à deux victoires de rejoindre l'immense Fangio.

Lewis Hamilton va tous les dépasser au cours d’un cercle vertueux de huit saisons. Le dernier, c'est l'Allemand Michael Schumacher et ses 91 victoires, qu’il a surpassé en octobre 2020 au Portugal.

Mercedes-Benz lui a non seulement fourni des voitures exceptionnellement performantes, mais son patron Toto Wolff a compris qu’il devait lui laisser plus d’espace pour souffler et se changer les idées entre les week-ends de course.

Il plonge au-dessus des nuages.

Lewis Hamilton fait un saut en parachute.

Photo : YouTube

C’était risqué de permettre à Hamilton de sortir de la bulle de l’équipe, de la routine exigeante, mais essentielle du pilote, d'aller faire plusieurs fois le tour de la planète à faire bon nombre d’activités qui pourraient le déconcentrer à son retour en piste, voire de le blesser physiquement et de briser sa carrière.

La mort du citoyen américain George Floyd le 25 mai 2020 a donné à Lewis Hamilton une mission et lui a fait prendre une autre dimension. Il se bat aujourd'hui pour faire grandir le mouvement Black Lives Matter. La F1 a suivi avec son initiative We race as one (tous unis pour la course).

Il profite de sa liberté de mouvement pour parcourir le monde, aller dans de nombreux événements mondains et faire passer son message.

Ils sont accompagnés par des personnes qui portent un chandail Black Lives Matter.

Lewis Hamilton, Sebastian Vettel et Lance Stroll, genou au sol, pour appuyer le mouvement mondial contre le racisme.

Photo : Getty Images / Peter Fox

Plus seul en piste

Après plusieurs saisons à dominer son sport, Lewis Hamilton constate le retour de Red Bull au premier plan, avec les succès (attendus) du moteur Honda, qui lui offre enfin un rival de taille en la personne de Max Verstappen.

On a vu le Néerlandais se montrer plus menaçant dans la saison tronquée de 2020 (11 podiums, dont 2 victoires), la saison 2021 le confirme (10 podiums et 6 victoires). Verstappen bouscule sans scrupule Mercedes-Benz.

Lewis Hamilton attendait donc cette 100e victoire avec impatience depuis plus de deux mois. Depuis le tumultueux Grand Prix de Grande-Bretagne, au début duquel ils ont sorti les poings au premier tour. Verstappen est parti dans le décor, Hamilton a gagné.

Il y a eu plus récemment l'accrochage de Monza, lors du Grand Prix d'Italie, qui aurait pu mal se terminer. La Red Bull de Verstappen a terminé sa course sur la Mercedes-Benz de Hamilton (l'arceau de sécurité Halo l'a heureusement bien protégé).

Les deux rivaux ne se font aucun cadeau en piste, à la limite du respect nécessaire dans un sport où les combats se déroulent à 300 km/h.

Une voiture de course se retrouve sur une autre lors d'un grand prix de F1 après un accrochage.

La Red Bull de Max Verstappen sur la Mercedes-Benz de Lewis Hamilton à Monza

Photo : Getty Images

Depuis, la tension monte à chaque course, et il a fallu à Sotchi une pénalité au Néerlandais, relégué en fond de grille, et de la pluie en fin de course pour que Lewis Hamilton l’obtienne sa centième victoire. Il a admis qu’il se demandait même s’il l’obtiendrait un jour. Ce jour est arrivé. Le cap est franchi.

En remportera-t-il d’autres? Ce plateau maintenant atteint, comment se sentira-t-il sur le circuit d’Istanbul dans quelques jours?

Il fait depuis quelque temps des erreurs qu’il ne commettait pas avant, et la presse spécialisée se demande s’il ne commence pas à craquer sous la pression de son jeune adversaire, avec l’envie de passer à autre chose.

Une photo du magazine TIME sur lequel figure en une Hamilton.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lewis Hamilton

Photo : Thomas Prior

Il lui reste à aller chercher sa huitième couronne mondiale pour s’installer seul sur son piédestal et laisser Michael Schumacher derrière, avec ses sept titres.

Ce huitième, ce sera certainement le dernier défi de sa carrière en F1. Il lui donnera le souffle nécessaire pour défier Max Verstappen jusqu'à la fin de la saison. Le battre avec panache sera sa plus belle récompense.

Ne pensons pas pour le moment à l’avenir de la F1, Lewis Hamilton n’en fera bientôt plus partie, mais profitons du moment présent, tant qu’il sera là.

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