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Chronique

Jack Eichel risque d’avoir mal au cou encore longtemps

Il écoute les hymnes nationaux avant un match.

Jack Eichel

Photo : Getty Images / Kevin Hoffman

L’insoluble conflit opposant Jack Eichel aux Sabres de Buffalo fait penser à un précieux conseil que l’ex-baseballeur et ex-gérant Terry Francona, il y a bien longtemps, avait reçu de sa mère.

Cette anecdote sportive est l’une de mes préférées. Dans son autobiographie intitulée Francona, The Red Sox Years, l’ancien joueur des Expos et ancien gérant des Red Sox racontait qu'à la suite du repêchage de 1980, l’organisation montréalaise lui avait offert un contrat d’une valeur de 100 000 $. Et qu’après qu’il eut apposé sa signature au bas du document, sa mère, elle-même épouse d’un baseballeur professionnel, lui avait lancé : Souviens-toi que tu es désormais un morceau de viande.

Jack Eichel pourrait donner entièrement raison à Mme Francona par les temps qui courent. Parce que malgré son statut de jeune vedette et de très haut salarié de la LNH, il constate, à la dure, jusqu’où peut aller l’emprise d’une équipe professionnelle sur la vie d’un athlète.

En mars dernier, Eichel a subi une hernie discale au niveau du cou dans un match face aux Islanders de New York. Et rapidement, il est apparu clair que la blessure était suffisamment sérieuse pour nécessiter une intervention chirurgicale.

Or, six mois plus tard, même s’il a accès aux meilleurs spécialistes, l’attaquant de 24 ans n’a toujours pas été opéré. Il encaisse son salaire annuel de 10 millions et ne peut toujours pas jouer au hockey.


Cette blessure est en train de se transformer en débat sur le droit des athlètes à disposer de leur propre corps.

Les médecins des Sabres tiennent à ce qu’on procède à une fusion des vertèbres pour soigner Eichel. Ce type d’intervention a fait ses preuves. On enlève le disque endommagé et on laisse les deux vertèbres fusionner pour qu’elles ne fassent plus qu’une.

Il y a quelques années, Tiger Woods a d’ailleurs eu recours à ce type d’intervention, avec succès, pour faire disparaître les importants maux de dos qui l’empêchaient de poursuivre sa carrière et de vivre normalement.

Le problème, c’est que la fusion restreint l’amplitude de mouvement et crée une tension supplémentaire sur les disques environnants. Selon les experts retenus par Eichel, il y aurait donc un risque, assez important, qu’il doive à nouveau se faire opérer dans une dizaine, puis dans une vingtaine d’années.

Pour cette raison, il préférerait qu’on lui insère un disque artificiel. Les spécialistes qu’il a consultés lui conseillent d’ailleurs de le faire. Cette procédure existe depuis un peu plus d’une décennie. Le disque artificiel est une structure mécanique qu’on insère entre deux vertèbres. Le patient perd ainsi moins d’amplitude de mouvement.

Sauf qu’aucune étude à long terme n’existe encore sur le niveau de performance de ces disques. Et, surtout, une telle procédure n’a encore jamais été tentée sur un hockeyeur susceptible de recevoir des doubles-échecs ou de subir constamment des chocs violents, par exemple, lors de mises en échec ou d’échauffourées.

Au bout du compte, les médecins des Sabres refusent catégoriquement que le joueur se fasse installer un disque artificiel. Et le joueur s’objecte totalement à ce qu’on lui fusionne deux vertèbres.

Si Eichel était un golfeur, un joueur de tennis ou un travailleur ordinaire, il se ferait soigner comme il l’entend. Par contre, dans ce cas précis, les Sabres lui doivent 50 millions en salaire au cours des cinq prochaines saisons. Et ce sont eux qui ont le dernier mot.

Jack Eichel s'élance.

Jack Eichel a été limité a seulement 21 matchs cette saison. Il s'agissait peut-être de ses derniers avec les Sabres de Buffalo.

Photo : Getty Images / Kevin Hoffman


Ce désaccord entre Eichel et les dirigeants des Sabres s’est transformé en irréconciliable conflit au cours de l’été. Au point où l’attaquant vedette de l’équipe a réclamé un échange. Il y a un mois, il a aussi changé d’agent pour s’assurer que son voeu se réalise. Il est désormais représenté par Pat Brisson.

Cela dit, au moment où la saison est sur le point de démarrer, on voit mal comment Eichel pourrait faire l’objet d’un échange.

Les Sabres exigent évidemment la totale pour un athlète qu’ils considèrent être un joueur de concession. Mais Eichel est un fantôme en ce moment. Il ne joue pas, il tient à subir l’intervention de son choix et nul ne sait à quel niveau ce haut salarié sera capable de reprendre ses activités ni pour combien de temps.

Par ailleurs, s’il se faisait opérer demain matin, il lui faudrait sans doute plusieurs mois avant d’être en mesure de renouer avec la compétition.


Les agents sont embauchés par les athlètes parce qu’ils excellent dans l’art de négocier. Et la négociation est, avant tout, l’art du compromis.

Or, on ne peut demander à un athlète de faire un compromis sur des enjeux aussi importants que sa santé et l’intégrité de son corps? L’une ou l’autre de ces interventions chirurgicales sont de sérieuses invasions susceptibles d’avoir des conséquences importantes pour le reste de sa vie.

Eichel est majeur et (doublement) vacciné. N’a-t-il pas le droit fondamental de choisir comment il sera soigné?

Quand on aborde le problème sous cet angle, il est très facile de dire que les dirigeants des Sabres sont dans l’erreur.

Sauf qu’une équipe de la LNH n’est pas un organisme de charité. Si les médecins spécialistes de l’organisation disent au directeur général Kevyn Adams que l’insertion d’un disque artificiel constitue un risque démesuré, ce dernier a le devoir de protéger, bec et ongles, les 50 millions investis sur Eichel. C’est son job.

À ses yeux, Jack Eichel n’est certainement pas un morceau de viande ordinaire. C’est un précieux actif. Et il ne veut certainement pas risquer de le payer pendant trois ou quatre ans sans qu’il soit capable de jouer.

Les parties se retrouvent donc dans un total cul-de-sac.

Pour régler la situation, il faudrait qu’un directeur général d’une autre organisation surgisse du champ gauche et soit prêt à donner la lune pour obtenir le privilège de courir un risque que les Sabres refusent catégoriquement d’assumer.

Ça n’arrivera pas.

Ou encore, il faudrait qu’Eichel décharge les Sabres de leurs obligations financières si la chirurgie qu’il préconise devait s’avérer un échec. Or, la convention collective de la LNH stipule que les contrats ne peuvent être renégociés.

Conclusion : à moins que les Sabres finissent par accepter de l’échanger pour une chanson et une rondelle de ruban gommé, ou à moins qu’il accepte qu’on lui fusionne deux vertèbres, Eichel risque d’avoir mal au cou encore bien longtemps.

La mère de Terry Francona était donc pleine de lucidité et de sagesse.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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