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Chronique

Que conseillerait Maurice Richard à Jonathan Drouin?

Jonathan Drouin

Jonathan Drouin

Photo : Getty Images / Christian Petersen

Maurice Richard aurait-il compris les tourments traversés par Jonathan Drouin?

On ne s’emballe pas!

La question est tendancieuse et je la pose sciemment, pour mieux réfléchir sur l’évolution de l’engagement sportif et sur la perception qu’on a de cet engagement en 2021.

Richard et Drouin, c’est non seulement deux époques, c’est deux mondes.

Maurice Richard a joué 18 saisons dans la Ligue nationale. Le feu dans les yeux, il a porté l’uniforme du Canadien et, en filigrane, le drapeau d’une nation.

Ses exploits sont légendaires. Il était plus qu’un athlète. C’était une idole, une référence, un héros national. Il a été l’archétype de ce qu’un sportif représente et de ce qu’il inspire à ses partisans.

Il a été et reste encore un modèle impossible à imiter.

Le grand Jean

Jean Béliveau n’était pas du même moule. Ses 507 buts et 10 coupes Stanley lui ont valu sa place au panthéon, mais j’entends encore mon grand-père lui reprocher d’être invisible ou même de se traîner les pieds, certains soirs.

Parce que Béliveau était élégant, habile, mais il était différent. Il n’a jamais donné l’impression, comme Richard, de jouer à s’en rompre les os.

C’est une façon de faire que Richard a comme imprimé dans l’inconscient des amateurs, comme le nec plus ultra de l’attitude du vainqueur.

Et depuis…

Au fil des décennies, les partisans du Canadien ont conservé cet attrait pour le dévouement inconditionnel, et plus encore quand il était assorti d’une bonne dose de sueur et d’une ou deux gouttes de sang.

Il n’y a pas si longtemps, par exemple, je me souviens que Michael Ryder marquait 25 buts par saison en se faisant traiter de paresseux, alors que Steve Bégin en comptait 5 en récoltant les éloges.

Et aujourd’hui encore, c’est le p’tit Gallagher qui fait l’unanimité. Malgré ses trophées, malgré la reconnaissance de ses pairs, malgré ses médailles olympiques, Carey Price est critiqué et même carrément haï par certains partisans incapables d’accepter son flegme, son contrôle, qu’ils confondent avec de la nonchalance.

Et vous?

Pour en revenir à ma question, Maurice Richard n’aurait rien eu à dire à Jonathan Drouin. L’anxiété et les états d’âme, ce n’était pas de son rayon. Il ne les aurait probablement ni acceptés ni même compris.

Mais vous?

Soixante-quinze ans après les 50 buts du Rocket, 60 ans après sa retraite, où en êtes-vous?

Êtes-vous prêt à concevoir que l’équilibre mental d’un athlète passe par son équilibre personnel et professionnel?

Reconnaissez-vous, comme l’a un jour suggéré Stéphane Richer, qu'il n'y a pas juste le hockey dans la vie?

Ou exigez-vous encore qu’un joueur de hockey et particulièrement un porte-couleurs du Tricolore ait le CH tatoué sur le coeur? Sur l’âme? Dans le front?

Équilibre

Cette quête d’équilibre chez Jonathan Drouin, c’est celle d’une génération.

C’est une quête beaucoup plus répandue dans notre quotidien que l’implication poussée jusqu’à l’abandon de soi.

En 2021, peut-on souhaiter d’un athlète qu’il soit workaholic alors que son environnement privilégie l’équilibre travail-famille? Une saine distanciation entre la vie personnelle et la vie professionnelle? Un accomplissement qui ne tient pas qu’à la façon de jouer au hockey, de tenir le marteau, le scalpel ou l’aiguille?

C’est là dessus qu’il faut s’interroger, pas sur ce que Maurice Richard aurait dit à Jonathan Drouin.

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