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Le cauchemar de l’apparieur de boxe en temps de pandémie

Christian Mbilli (à gauche) et son adversaire de dernière minute, l'espagnol Ronny Landaeta

Christian Mbilli (à gauche) et son adversaire de dernière minute, l'espagnol Ronny Landaeta

Photo : Vincent Éthier - Eye of the Tiger Management

Jean-François Chabot

Même dans les conditions optimales, dénicher des boxeurs s’avère un exercice compliqué. La pandémie a transformé cette quête en une périlleuse course au trésor.

Les promoteurs vous diront à quel point les restrictions sanitaires ont compliqué leurs opérations habituelles.

On pourrait croire que l’ouverture de la frontière canadienne aux voyageurs doublement vaccinés est venue soulager Yvon Michel et Camille Estephan. Il n’en est rien. Le problème reste entier.

Joint par Radio-Canada Sports, Stéphane Loyer, apparieur (matchmaker) d'Eye of the Tiger Management, d'Estephan, affirme que la carte que proposera son patron, jeudi soir à Québec, est de loin la plus complexe sur laquelle il a eu à travailler.

Je n’ai jamais rien vu de tel en 14 ans dans le milieu de la boxe professionnelle.

Une citation de :Stéphane Loyer, apparieur, Eye of the Tiger Management

Invité à expliquer les raisons qui lui font dire cela, l’homme n’y va pas par quatre chemins.

Je dois faire affaire avec des gens qui sont doublement vaccinés depuis plus de 14 jours pour qu’ils puissent venir boxer ici. Leurs vaccins doivent être approuvés par Santé Canada. Il y a plusieurs pays où les boxeurs ont reçu deux doses d’un vaccin chinois ou russe qui n’est pas reconnu chez nous, a indiqué Loyer.

Il faut aussi considérer que, dans de nombreux pays, le taux de vaccination des 20-30 ans [la tranche d’âge d’une majorité de boxeurs, NDLR] n’est pas très élevé. Selon Loyer, ce fait élimine déjà près de 75 % des adversaires potentiels dans le monde.

Non seulement les pugilistes désirant combattre au Canada doivent-ils être pleinement vaccinés, mais leur entourage (entraîneur, gérant, etc.) doit aussi se conformer à la même consigne.

Isolement obligatoire

Avant de s’envoler à destination de Montréal, tout ce beau monde devra aussi obtenir l’aval du département des sports de combat de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ).

Il est clair que le drame récent qui s’est joué dans le ring du parc Jarry, où la Mexicaine Jeanette Zacarias Zapata y a perdu la vie, incitera l’autorité gouvernementale à resserrer ses contrôles quant à l’équilibre entre les boxeurs, surtout pour ce qui est des expériences de combat.

Je ne peux pas demander à n’importe qui de venir ici pour affronter Steven Butler. Pour avoir un combat équilibré, il nous faut quelqu’un qui s’est entraîné et qui est en bonne condition physique. S’il n’a pas boxé depuis un an et demi, ça va être difficile pour nous de le signer, même s’il répond à tous les critères sanitaires.

Une citation de :Stéphane Loyer

Cela ne signifie pas qu’il ne sera pas pris en considération. Mais il faudra quand même tenir compte des effets de la pandémie sur les activités de la boxe professionnelle.

La mort de Jeanette Zacarias Zapata a aussi incité EOTTM à ne plus retenir un adversaire si ce dernier a perdu un combat par K.-O. au cours des six derniers mois.

Jeudi, Yvon Michel est allé plus loin en indiquant qu’il n’embaucherait aucun boxeur étranger qui a perdu son dernier combat avant la limite, peu importe à quand remonte cette défaite. La mesure proposée par GYM ne s’appliquerait toutefois pas aux pugilistes canadiens et québécois.

Les deux boxeurs se font face à la pesée officielle.

Arslanbek Makhmudov et Erkan Teper

Photo : Vincent Éthier - Eye of the Tiger Management

Encore faudra-t-il que toutes les personnes recrutées par Stéphane Loyer acceptent de se soumettre à la quarantaine obligatoire de sept jours avant la tenue du combat. Ainsi, la rareté des effectifs disponibles a provoqué une véritable flambée des montants exigés par les boxeurs étrangers pour venir se battre ici.

Toujours selon Loyer, l’Allemand Teper venu affronter Arslanbek Makhmudov en finale de la soirée a probablement touché de deux à trois fois plus qu’en temps normal. Par les temps qui courent, il en va de même pour n’importe quel boxeur venu de l’extérieur du Canada.

Il souligne que Camille Estephan n’a jamais lésiné sur les moyens afin d’aller chercher les meilleurs athlètes possible. Il lui a donné la marge de manœuvre dont il avait besoin pour entamer les négociations contractuelles.

L’adversaire de Makhmudov va toucher un montant que l’on n’avait jamais payé auparavant pour un boxeur, parce que c’était le prix à payer pour trouver quelqu’un qui répond à toutes les conditions, qui est capable de venir affronter Makhmudov.

Les écueils imprévus

Initialement programmé avec neuf duels, le gala de Québec n’en présentera finalement que six. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé de sauver la mise.

Le combat de Butler contre l’Allemand Omar Siala a été annulé après que ce dernier eut tout tenté, en vain, de répondre à temps aux exigences canadiennes en matière de visa. Et le combat est tombé à l’eau non sans que Loyer frappe à d’innombrables portes pour dénicher la perle rare.

Pour mieux comprendre ce qui s’est passé, il faut simplement considérer les étapes à franchir pour obtenir le fameux visa qui aurait permis à Safia de venir à Québec.

J’essaie de ne pas lire ce que les gens disent ou écrivent parce que c’est rarement positif, peu importe ce que l’on ferait. Pour nombre d’entre eux, il ne fait aucun sens de ne pas être capable de trouver un boxeur remplaçant à deux semaines d’un événement.

Une citation de :Stéphane Loyer

Sur un ton légèrement exaspéré, il explique qu’après la négociation menant à une entente pour un contrat, il faut soumettre le combat proposé à la RACJ. En ce moment, les réponses les plus rapides arrivent au bout de cinq jours.

Le boxeur étranger doit ensuite soumettre une demande de visa. Dans le cas de l’adversaire de Steven Butler, l’Allemand Omar Siala a déposé une demande en ligne pour un visa ETA (Electronic Travel Authorization). En temps normal, on obtient une réponse en une dizaine de minutes.

Dans le cas de Siala, on lui a indiqué qu’il allait recevoir une réponse dans les 72 prochaines heures. Quelque chose n’allait pas. Quand la réponse est arrivée, on lui disait qu’il devait fournir des documents additionnels.

Il s’est rendu au poste de police pour chercher les documents en question, qu’il a obtenus deux jours plus tard. Ceux-ci étant rédigés en allemand, il fallait ensuite obtenir une traduction certifiée au bénéfice des fonctionnaires d’Immigration Canada. Nouveau délai de deux jours. Dépôt d’une nouvelle demande en ligne… autre délai de 72 heures…

C’est ainsi que l’on dépasse le délai et qu’il devient impossible pour le boxeur d’entrer au Canada à temps pour respecter la quarantaine obligatoire de sept jours. Ça donne mal à la tête rien qu'à lire à propos de cette course à obstacles pour ce seul combat.

Sauver les meubles

Il y a aussi le cas de l’Américain Nick Brinson (19-5-2, 9 K.-O.), qui devait se mesurer à Christian Mbilli (18-0, 17 K.-O.). Après les contacts initiaux, un silence radio s’est installé. Brinson a simplement cessé toute communication avec EOTTM.

À 48 heures du début de la quarantaine, le promoteur a fait le choix de se tourner vers l’option B en la personne de l’Espagnol Ronny Landaeta (18-3, 11 K.-O.), qui a fourni tous les documents requis à temps pour sauter dans un avion et s’installer à l’hôtel à Québec pour entamer sa quarantaine.

C'était sans compter le retrait de la rivale de Leila Beaudoin en raison d’une blessure subie à l’entraînement. Il a été impossible de trouver une remplaçante si près de la date du gala. Autre combat annulé.

Le quotidien de l'apparieur n’est pas une sinécure. Malgré tout, Stéphane Loyer demeure un passionné. Il faut l’être pour se relever après chaque coup dur.

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