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Chronique

Le dernier camp d’entraînement de Marc Bergevin?

Le directeur général du Canadien, masqué, observe l'action sur la glace.

Marc Bergevin

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Le camp d’entraînement du Canadien se met en branle mercredi à Brossard. Et dans l’air flottent des questions très inhabituelles pour une organisation qui vient de participer à la finale de la Coupe Stanley.

À ce chapitre, les rumeurs concernant l’avenir de Marc Bergevin viennent au premier rang.

Le directeur général, qui en est à sa 10e année aux commandes du CH, écoule la dernière tranche d’un contrat de six ans dont la signature avait été annoncée le 25 novembre 2015.

Après les dernières séries éliminatoires, alors que ses hommes venaient de déjouer tous les pronostics en accédant à la finale, Bergevin était apparu étonnamment maussade en dressant son traditionnel bilan. Questionné sur sa situation contractuelle, il avait étonné en laissant tomber : Il arrivera ce qu’il arrivera. Je vais honorer mon contrat (jusqu’à la fin).

Puis, lors de sa plus récente rencontre avec les journalistes, il y a deux semaines, Bergevin a mentionné qu’il n’avait rien de nouveau à dire à ce sujet. Aussi, par les temps qui courent, les journalistes qui souhaitent faire des entrevues individuelles avec le directeur général se font répondre que ce sera impossible tant que sa situation contractuelle ne sera pas réglée.

Est-ce qu’on reparlera un jour à Marc Bergevin?, lancent à la blague, en coulisses, les journalistes affectés à la couverture de l’équipe.


Peu importe l’angle qu’on adopte pour l’analyser, cette situation demeure étrange. Cela dit, les coups de théâtre n’ont jamais manqué au sein du Canadien au fil des ans.

Dans une organisation sportive, le DG est la personne responsable de planifier l’avenir à court, à moyen et à long terme. Or, comment peut-il accomplir sa tâche en toute sérénité si ses propres perspectives se limitent aux 8 ou aux 10 prochains mois?

Par ailleurs, si les discussions contractuelles se poursuivent entre Bergevin et Geoff Molson, pourquoi traînent-elles autant?

Si une présence en finale de la Coupe Stanley ne leur a pas encore permis d’accoucher d’une nouvelle entente, il y a forcément un important fossé qui les sépare. Après une décennie à travailler côte à côte, Molson et Bergevin devraient être sur la même longueur d'onde quant à la valeur de la contribution du directeur général. Et ce dossier devrait être réglé depuis longtemps.

L’hypothèse voulant qu’une entente de principe ait déjà été conclue et qu’on attende un moment jugé opportun pour l’annoncer apparaît aussi farfelue.

Le président et le DG, en principe, sont censés déployer tous les efforts imaginables pour éviter les distractions et les rumeurs. C’est pourquoi, en temps normal, les renouvellements de contrat des directeurs généraux sont planifiés et ne prêtent pas flanc à des cirques médiatiques comme celui qui est en train de déployer son chapiteau à l’ombre du Centre Bell.

Un homme masqué

Le directeur général du Canadien de Montréal, Marc Bergevin

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson


En fin de compte apparaît aussi un scénario qui semble à la fois sain et tout à fait plausible.

Et si Marc Bergevin, après une franche conversation avec Geoff Molson, avait tout simplement décidé qu’il est temps pour lui de passer à autre chose à la fin de son mandat?

Dans l’univers impitoyable du sport professionnel, très peu de hauts dirigeants ont le luxe de quitter leur poste à leurs propres conditions. Or, une transition bien planifiée peut s’avérer très bénéfique pour tout le monde.

Le premier exemple qui me vient en tête est celui de Theo Epstein.

L’an dernier, après avoir passé neuf saisons à titre de président des opérations baseball des Cubs de Chicago, Epstein a démissionné de son poste. Et la façon dont il l’avait fait relevait du génie. Il avait même pris le temps de préparer sa succession!

Au moment de tirer sa révérence, Theo Epstein était pourtant reconnu comme l’un des plus efficaces dirigeants de toute l’industrie du sport professionnel nord-américain. Lors de son mandat à la tête des Red Sox de Boston, il était parvenu à mettre fin à la malédiction du Bambino. Après une disette de 86 ans, son équipe avait remporté deux fois la Série mondiale.

Et à Chicago, il a réussi le même manège. En 2016, les Cubs ont remporté la Série mondiale et mis fin à la malédiction de la chèvre, qui durait depuis… 108 ans!


Epstein aurait certainement pu garder son job pendant 15 ou 20 ans. Toutefois, dans une lettre adressée aux employés des Cubs, il avait ainsi justifié sa décision de quitter son poste :

Je pense que la plupart d’entre vous savent que j’avais toujours prévu passer un maximum de 10 ans avec les Cubs. Bill Walsh a déjà émis une théorie voulant que, dans l’industrie du sport, un changement de leadership après environ 10 ans puisse s’avérer extrêmement bénéfique tant pour l’organisation que pour l’individu. Et cette théorie a toujours résonné chez moi. Cette idée veut que le dirigeant soit revigoré en trouvant une nouvelle passion et un nouveau défi. Et qu’avec le changement, l’organisation reçoive à la fois l’électrochoc d’une nouvelle perspective et la chance de connaître une croissance rapide.

On ne sait pas ce qui se trame en coulisses du côté du Canadien. Mais parmi les trois scénarios évoqués ici, il est difficile de ne pas conclure qu’une sortie bien planifiée serait la plus bénéfique pour tout le monde.

Dans le sport professionnel, 10 ans constituent une éternité. Et 10 ans aux commandes du CH, ça équivaut probablement à une éternité et demie. Ça use son homme. Et pas à peu près.

Tant d’un point de vue personnel que professionnel, Bergevin trouverait certainement une énergie et une passion renouvelées en ayant la chance de relever un autre défi quelque part. Quoique son bilan soit mitigé en raison des sous-performances de son département de recrutement amateur, son talent ne fait aucun doute. S’il quittait son poste, son téléphone se mettrait d’ailleurs à sonner dans la minute suivante.

Quant à l’organisation, elle profiterait sans doute de l’énergie nouvelle suscitée par un passage du flambeau. À ce chapitre, rappelons-nous de l’incroyable effervescence qui avait marqué les premières années du règne de Bergevin avec le Tricolore.

Bref, il y a trois scénarios sur la table. Peu importe celui qui sera (ou qui a été) retenu, l’organisation aurait intérêt à faire preuve de transparence et à expliquer ce qui se passe et à prendre une direction claire.

Les hockeyeurs et les entraîneurs ont horreur des zones grises. Quant aux médias, ils s’en nourrissent avec bonheur. Dans la LNH, tout ce qui traîne dérange et finit inévitablement par se salir.

Deux hommes se serrent la main.

Marc Bergevin a été nommé directeur général du Canadien de Montréal par Geoff Molson en 2012.

Photo : Getty Images / Richard Wolowicz

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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