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Jonathan Drouin, l’anxiété et le sport : « plus on en parle, plus c’est positif »

Il célèbre un but en levant son bâton dans les airs.

Jonathan Drouin a révélé qu'il souffre d'anxiété depuis des années.

Photo : The Canadian Press / DARRYL DYCK

Jean-François Chabot

Selon les observations du préparateur mental Jean-François Ménard, l'anxiété et l'insomnie avec lesquelles Jonathan Drouin vit sont loin d'être un cas unique dans le monde du sport. On la retrouve même auprès de jeunes athlètes adolescents.

Conférencier et auteur de l'ouvrage à succès L'Olympien au bureau, Jean-François Ménard se réjouit sans retenue de la sortie publique réalisée lundi par l'attaquant du Canadien de Montréal.

S'il estime qu'il s'agit là d'un pas dans la bonne direction qui pourrait en inciter d'autres à sortir de leur mutisme et de leur isolement, il insiste sur le fait qu'il y a encore trop d'athlètes qui souffrent.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada Sports, il souligne que les troubles que peuvent vivre les athlètes ne sont pas différents de ceux qui peuvent affliger n'importe qui d'entre nous.

Pour lui, les victimes sont beaucoup plus nombreuses que l'on croit, alors que les mentalités tardent encore à changer afin de répondre aux besoins.


Q. Qu'avez-vous pensé de la sortie publique de Jonathan Drouin au sujet de ses troubles d'anxiété et d'insomnie?

R. Je suis fier de Jonathan. Je ne le connais pas personnellement, mais d’avoir géré le dossier comme il l’a fait, parce qu’il a gardé le silence pendant un bon bout et ce n’est pas facile de faire ça.

Finalement, de l’admettre et d’en parler, je pense que ça va le soulager énormément. Il fait une bonne chose parce qu’il y en a plusieurs dans le monde du hockey qui vivent la même chose, mais ils ne font pas grand-chose pour régler la situation.


Q. L’anxiété est-elle plus répandue que ce que l’on entend en ce moment?

R. La réponse est oui, sans doute. Surtout dans les sports que j’appellerais plus macho et surtout du côté masculin. Ce n’est pas un secret, les hommes ont plus de difficulté de parler de ça que les femmes en général.

Ils voient ça comme un signe de faiblesse et surtout dans un sport comme le hockey. Mon Dieu! Il ne faut pas admettre que l’on n’est pas capable de faire une chose.

Finalement, ce n’est pas la même chose que les blessures physiques. Celles-ci sont plus faciles à voir. C’est plus facile à diagnostiquer. Il y a toute une équipe médicale autour de nous capable de mettre le doigt sur le problème et de le guérir.

Mais au niveau psychologique, ce n’est pas pareil. C’est abstrait, ce n’est pas tangible. Souvent, ce n’est pas évident parce que chaque cas est complètement différent. Si quelqu’un se brise un bras, d’un joueur à l’autre, la fracture peut être un peu différente, mais la solution pour retrouver la santé est assez simple.

Je suis persuadé que ça va l’aider (Jonathan Drouin), comme je suis persuadé que le peuple québécois, autant on aime chialer et critiquer, autant je pense qu’on va l’appuyer pas mal et on va le soutenir là-dedans. Et j’espère que ça puisse vraiment encourager, pas juste des joueurs de hockey, mais d’autres athlètes à travailler là-dessus.

Il répond à des questions de journalistes.

Jonathan Drouin

Photo : Radio-Canada / Robbie Proulx


Q. Quelles peuvent être les principales sources d’anxiété pour un athlète?

R. Il y en a plusieurs. Les sources ne sont pas tellement différentes pour un président de compagnie qui travaille au centre-ville. La grosse charge de travail, les longues heures, les grandes attentes de notre organisation ou de notre entourage, tenir nos promesses par rapport à notre talent, par rapport à ce qu’on est capable de faire.

Il y a la pression sociale, les médias et j’en passe. Beaucoup de gens m’ont demandé de témoigner par rapport à ça. Il ne faut pas oublier que les sources sont très semblables à d’autres personnes, dans d’autres domaines. Ce n’est pas particulier au hockey.


Q. Quelles sont les approches qui permettent à un athlète de vaincre l’anxiété ou de mieux gérer la situation?

R. Pour commencer, il faut être bien entouré. J’en parle souvent. Les grands athlètes que l’on connaît, tant dans le sport professionnel qu’amateur, on voit leurs succès à la télé et sur les terrains de performance. Mais on ne voit pas tout le travail qui est fait en amont ni les équipes autour de ces athlètes.

Les athlètes ont des préparateurs physiques parce que leur sport a des exigences physiologiques. Et ils doivent être assez puissants et forts afin de soutenir la charge. Il y a aussi des commandes psychologiques dans le sport, qu’il ne faut pas oublier. On parle de notions de stress, apprendre à bien dormir, se reposer et gérer les distractions autour de nous.

Il est devenu de plus en plus commun, et je dirais accepté, de travailler avec un préparateur mental ou d’avoir dans son coin un psychologue clinicien. Pour ma part, je ne suis pas psychologue clinicien. Je travaille en préparation mentale, ce qui est un domaine complètement différent.

J’ai de plus en plus de clients qui m’utilisent dans une perspective de performance pour les amener à un autre niveau. Mais ils travaillent aussi avec un psychologue clinicien pour parler des troubles plus sévères, des troubles d’anxiété ou des dépressions.

Et les athlètes en parlent plus dans les médias sociaux. Ç’a tellement aidé notre profession. C’est beau de voir des athlètes qui parlent de leur préparateur mental. Mikaël Kingsbury parle souvent de moi dans les médias. Je ne lui demande pas de le faire. Il ne m’utilise pas parce qu’il est faible, mais parce qu’il veut devenir meilleur comme skieur.

Jonathan (Drouin), c’est une grande étape pour lui personnellement, c’est une grande étape pour le hockey et j’espère vraiment que d’autres suivront ses pas.

Il est assis dans son salon et regarde la caméra.

Jean-François Ménard, entraîneur spécialisé en préparation mentale

Photo : Radio-Canada / Catherine Lefebvre


Q. Au cours des derniers mois, on a vu plusieurs athlètes comme la joueuse de tennis Naomi Osaka et la gymnaste Simone Biles parler de santé mentale. Est-ce que ça fait partie d’une mouvance qui pourrait mener à un peu plus de prévention?

R. Je l’espère. Ça prend tellement d’événements pour faire bouger les cultures et les façons de faire. Ça prend du temps. C’est fâchant, des fois, parce que ce sont des choses qui sont très évidentes et on parle ici de la santé d’êtres humains.

Le fait qu’on en parle de plus en plus, c’est sûr que ça va avoir un impact.


Q. Et quels seront les premiers signes montrant que l’on s’en va dans la bonne direction?

R. Si on parle de sport professionnel, ce sera que les équipes embauchent des professionnels pour travailler avec leurs athlètes. La majorité des grosses entreprises ont des programmes d’aide aux employés. Il y en a qui sont plus développés que d’autres. Mais dans certains cas, il y a des ressources extraordinaires.

Dans le monde du hockey, je ne suis pas sûr. Je n’ai jamais travaillé pour une organisation professionnelle dans le monde du hockey, mais je ne suis pas certain que ce soit très développé pour les athlètes.

Souvent, c’est sur une base volontaire, si jamais t’as besoin d’aide, on a des ressources, mais les joueurs ont peur d’en parler. Il faut que ce soit plus ouvert, que ce soit intégré de la même façon qu’ils vont travailler en nutrition, qu’ils vont travailler avec leurs équipes médicales pour prendre soin de leur corps. Sinon, ça sera très difficile. Il faut que ce soit quelque chose de normal que l’on va utiliser selon les besoins.


Q. Est-ce qu’il y a là un message pour les plus jeunes sportifs qui vivent ce genre d’anxiété même à 10 ou 12 ans?

R. Premièrement, oui, c’est présent. Vous n’avez pas idée de la quantité de courriels que je reçois de parents de jeunes athlètes de 11, 12, 13 ou 14 ans qui vivent de gros stress par rapport à leur sport et qui ne dorment pas. Donc, ça existe.

Le message que ça leur envoie, c’est que nos idoles que l’on voit à la télé ne sont pas des robots. Ce sont des êtres humains. Si les jeunes voient que ces athlètes-là peuvent en arracher et qu’ils sont capables d’aller chercher des ressources pour s’en sortir, pour moi, c’est ça être un modèle. C’est d’être transparent et de parler de nos vrais défis. Ça ne sera pas tout flash flash.

C’est un peu le problème des réseaux sociaux. C’est vraiment juste une couverture que l’on voit. C’est que du positif, tout va bien. Alors, Jonathan, Osaka, Biles sont des gros noms. Il y a plusieurs moins gros noms qui en parlent aussi. Mais plus on en parle, plus c’est positif pour la jeune génération.


Q. Est-il normal à 11 ou 12 ans de vivre de l’anxiété, alors que l’on devrait être en train de s’amuser à travers le sport?

R. De la façon dont on entraîne les jeunes, oui, c’est normal que les jeunes vivent ça. Est-ce que c’est bon pour les jeunes de vivre du stress comme ça? Pas du tout!

J’invite les parents, j’invite les entraîneurs à se questionner. On incite les jeunes à se concentrer sur un sport unique dès le plus jeune âge et je suis tellement contre cette philosophie.

La meilleure façon de sortir un athlète de son sport, c’est de lui demander de seulement faire ce sport-là. Ce n’est pas compliqué, si tu veux écoeurer un jeune, demande-lui de faire juste ce sport-là.

Ça, c’est une des grandes sources d’anxiété chez les jeunes. Je les encourage à faire plein de sports, à faire d’autres activités, à voir plein de monde parce que c’est de ça qu'ils ont besoin aujourd’hui.

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