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Il y a 20 ans, un circuit « pansement » de Mike Piazza pour New York

Quelques jours après les attentats du 11 septembre, le retour dans les stades new-yorkais s'est fait dans un mélange d'enthousiasme et d'appréhension.

Les joueurs célèbrent en se frappant dans la main au centre du terrain.

Dix jours après les attentats du 11 septembre, Mike Piazza a frappé un coup de circuit qui a permis à son équipe de gagner et aux citoyens new-yorkais de se relever.

Photo : afp via getty images / STAN HONDA

En mars 2020, la pandémie de COVID-19 a forcé le baseball majeur (MLB) à suspendre ses activités, puis à repousser le début de sa saison. Un programme écourté de 60 matchs a finalement pu être présenté à partir de juillet. Il s’agissait de la première fois depuis les attentats du 11 septembre 2001 que le calendrier était chamboulé de la sorte.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les matchs de baseball ont été présentés comme prévu. Le président Franklin D. Roosevelt espérait pouvoir permettre à ses concitoyens de garder le moral, même après les attaques menées contre Pearl Harbor en décembre 1941.

Les attaques du 11 septembre 2001 représentent donc un rare cas où le passe-temps national des Américains a été mis sur pause pour des raisons de sécurité.

Le commissaire avait alors annoncé que toutes les activités étaient interrompues pour une période indéterminée.

La pause a toutefois été de courte durée. Le calendrier a été modifié, et les matchs ont pu reprendre dès le 17 septembre. Ce fut aussi le cas pour les Mets et les Yankees, les deux équipes de New York, où 2600 personnes ont perdu la vie.

Les Mets ont repris l’action sur la route à Pittsburgh, dans une série face aux Pirates, avant de rentrer à la maison pour un match qui s’annonçait fort émouvant.

Marc Griffin se souvient très bien de cette époque pour le moins particulière.

L’ancien joueur était descripteur à la radio pour les Expos de Montréal. Lui et son analyste Jacques Doucet se trouvaient en Floride le matin des attaques.

Il parle au micro lors d'un match.

Marc Griffin a fait partie de l'équipe de description des Expos de 2000 à 2005.

Photo : Gracieuseté : Marc Griffin

Le club venait de jouer contre les Marlins et on devait s’en aller à New York tout de suite après pour jouer contre les Mets, raconte-t-il.

C’est sur les terrains de golf qu’on lui a annoncé qu’un avion venait de percuter l'une des tours du World Trade Center. J’étais là avec Jacques et trois autres membres de l’organisation des Expos : PJ Loyello, Mike Kozak et Elliott Price.

Un moment qui a soudé le groupe. Encore à ce jour, chaque 11 septembre, on s’écrit pour reparler de ce qu’on a vécu ensemble, dit Griffin.

Un rituel que Sylvain Guimond connaît bien. Il était à New York avec son entreprise Biotonix, le 11 septembre, pour évaluer la condition physique des joueurs des Rangers de New York dans la Ligue nationale de hockey.

Lui et son collègue Gaëtan Lefebvre, un ancien soigneur du Canadien de Montréal, ont d’ailleurs évité la mort. Ils devaient se trouver dans le World Trade Center, mais l'équipe a changé ses plans à la dernière minute. Chaque année, on s’appelle Gaëtan et moi. C’est notre routine. C’est important pour lui et moi de revenir là-dessus, de parler de ce qu’on a vécu, insiste-t-il.

Marc Griffin est resté plusieurs jours en Floride après le report de tous les matchs du baseball majeur. Les avions étaient cloués au sol. On ne savait pas comment on allait pouvoir retourner à la maison.

Finalement, quelques jours plus tard, on a pu voler jusqu’au Vermont avec l’avion des Dolphins de Miami. On a pris un autobus et c’est comme ça que les Expos sont rentrés à Montréal.

Une citation de :Marc Griffin, analyste de baseball

À l’annonce de la reprise des activités, les Expos avaient rendez-vous avec les Mets pour une série de trois duels qui s’amorcerait le 25 septembre. Des défaites de 2-0, 5-2, 12-6.

Griffin ne se souvient aucunement des résultats de ces matchs. Ce qu’il n’oubliera jamais, cependant, ce sont les premières images qu’il a eues de New York à son retour là-bas.

Plusieurs jours après la catastrophe, dans l’avion, on voyait encore la fumée s’émaner de Ground Zero avant notre atterrissage à New York. Je n'oublierai jamais ces images-là, raconte-t-il.

Griffin se souvient aussi très bien de l’ambiance particulière qui régnait dans le mythique Shea Stadium et dans la ville avant les rencontres.

Le retour du sport professionnel représentait une timide tentative de retour à la normalité pour les citoyens de New York. Mais les performances, qui font habituellement foi de tout, étaient reléguées à l’arrière-plan.

On ne parlait pas de baseball, ou presque pas. Ce qui était marquant, c’était la vie autour.

La légèreté, qui caractérise normalement si bien le baseball, avait laissé sa place à une sorte de crainte ambiante. Dans le stade, il n’y avait pas une tension, je dirais, mais une préoccupation, dit Marc Griffin. Ça restait dans la tête des gens. Il y avait encore cette peur d’une nouvelle attaque, encore plus lors d’un grand rassemblement de personnes.

Un policier dans les estrades observe au loin un avion de ligne décoller.

Quelques jours après les attentats, le retour dans les stades new-yorkais s'est fait dans un mélange de joie et de crainte.

Photo : afp via getty images / MATT CAMPBELL

Même avant les matchs, une certaine appréhension habitait les joueurs et le personnel. À New York, mais aussi quand on était ailleurs sur la route, les joueurs ne voulaient pas avoir leur chambre dans des étages en hauteur. Plusieurs exigeaient une chambre dans les 20 étages du bas, de peur de voir le gratte-ciel être la cible d’une nouvelle attaque.

Sylvain Guimond se souvient de la paranoïa généralisée dans les jours qui ont suivi les attentats. C’était angoissant. Dans les aéroports, on nous fouillait de fond en comble. Je me souviens qu’à mon premier vol après, l’avion ne décollait pas. On attendait. On attendait. Puis un homme coiffé d’un turban est entré, et il est venu s'asseoir à côté de moi.

J’aime les gens. J’aime les différentes cultures. Mais en dedans, je ne pouvais pas me contrôler, je surveillais ses moindres faits et gestes. Je me disais: "Ben voyons! Cet homme-là est aussi victime que moi, encore plus même, et c’est pour ça qu’il a eu toutes les difficultés à juste pouvoir entrer dans l’avion!" Mais je ne pouvais pas m’en empêcher.

De retour au travail du haut de la galerie de presse, bien conscient de l’ampleur du moment, Griffin s’efforçait surtout de relater les réactions de la foule. C’était ça l’important, plus que ce qui se passait sur le terrain, ce qui se passait dans les estrades. L’ambiance, les sourires. J'étais allé prendre une marche jusqu’à Ground Zero. On voulait relayer en ondes ce qu’on ressentait dans les rues.

Le calendrier n'aura été mis sur pause que quelques jours, ce qui laissait bien peu de temps pour permettre aux blessures de cicatriser.

La poussière était à peine retombée, dans tous les sens du terme.

Mais la simple action de pouvoir retourner dans un stade de baseball était thérapeutique pour les Américains.

Les joueurs se serrent la main.

Avant le match, les joueurs des deux formations se sont rencontrés au centre du terrain.

Photo : afp via getty images / STAN HONDA

Le président Bush voulait ça. Il voulait que les États-Unis montrent l’image d’une nation forte, qui n'arrêterait pas de vivre à cause de la peur, explique Sylvain Guimond, docteur en psychologie sportive.

J’ai été très proche de John Smoltz, un ancien lanceur qui jouait avec les Braves à cette époque. Il m’expliquait : le baseball est le sport rassembleur des Américains, car il rassemble tout le monde, les petits, les grands, les grassouillets, les Blancs, les Noirs…

Le sport devait donc aider les citoyens à surmonter le choc. Le message du baseball majeur était clair : il faut montrer que nous sommes plus forts, se remémore Griffin. Les joueurs devenaient en quelque sorte les porte-parole de ce discours.

Et un joueur en particulier, sans qu’il le veuille, s’est fait le porte-parole de ce message.

Mike Piazza et son célèbre coup de circuit

Avant d’accueillir les Expos, les Mets ont souligné leur retour à la maison avec un affrontement face aux Braves. Le 21 septembre 2001 marque le premier match des Mets au Shea Stadium depuis les attentats.

Marc Griffin et Sylvain Guimond se souviennent tous les deux très bien de ce match. Le 21 septembre, aux États-Unis, c’est comme si la vie reprenait une forme de normalité, fait remarquer Guimond.

Une cérémonie d'avant-match a rendu hommage aux personnes qui ont perdu la vie lors des attentats, et aux premiers répondants qui ont fait preuve d’un grand courage pour venir porter secours aux nombreux blessés.

Un immense drapeau américain flotte au-dessus du terrain, tenu par des membres de la marine américaine.

Avant le match, un hommage a été rendu aux disparus du 11 septembre.

Photo : afp via getty images / STAN HONDA

Après la sixième manche, au moment où la marque était égale 1-1, la célèbre Liza Minnelli est venue faire chanter le stade au complet en interprétant le classique New York, New York.

La soirée était déjà un succès. Les spectateurs brandissaient de petits drapeaux américains et affichaient de larges sourires. Ils ne célébraient pas la victoire de leurs favoris, le match étant loin d'être terminé, mais le simple fait de pouvoir être à nouveau réunis.

Des spectateurs émus brandissent des drapeaux américains.

Plus de 41 000 personnes ont assisté à la victoire des Mets le 21 septembre 2001.

Photo : Getty Images / Ezra Shaw

De retour en action, en huitième manche, les visiteurs ont repris les commandes grâce à un double.

Puis quelques minutes après, c’est comme si un nouveau degré de normalité a été atteint.

Les Américains avaient déjà retrouvé le plaisir d’assister à des matchs de leur passe-temps préféré, renouant le temps d’un instant avec l’insouciance.

Lorsque Mike Piazza s’est avancé à la plaque, en fin de huitième manche avec un coureur sur les buts et un retrait, tous les espoirs étaient permis. Les partisans retrouvaient le goût du triomphe.

L’action sur le terrain, accessoire il y a quelques heures à peine, était redevenue significative. C’est alors que le puissant cogneur a projeté la balle du lanceur Steve Karsay par-dessus la clôture, semant l’hystérie dans les gradins.

Le public se réconciliait avec le propre de la compétition, c’est-à-dire le droit de pouvoir célébrer une simple victoire.

C’est comme si une victoire sur le terrain devenait une victoire symbolique pour les Américains, explique Guimond. Les Américains ont ainsi eu l’occasion de démontrer leur fierté, de montrer qu’ils ont été capables de passer à travers, qu’ils ne se sont pas laissés abattre.

Ce coup de circuit a été un premier pansement, une façon de guérir.

Une citation de :Sylvain Guimond

Marc Griffin en rajoute : C’est une histoire américaine. Mike Piazza, en plus, est un gars de la place. Une fin comme on les aime à Hollywood.

Piazza, l’un des joueurs les plus populaires de l’histoire des Mets, s’est fait discret par rapport à cet exploit.

C’était le gros joueur de l’équipe à cette époque, témoigne Griffin, qui a d’ailleurs côtoyé Piazza dans l’organisation des Dodgers. J’ai une bonne relation avec lui, je lui ai parlé quelque peu après son coup de circuit.

Ce n’est pas le joueur le plus démonstratif. Il voulait minimiser son geste.

Une citation de :Marc Griffin

La dernière chose qu’il voulait était d’être perçu comme un héros. Mais ça lui faisait plaisir de faire plaisir aux autres. Et de pouvoir mettre un peu de baume sur la blessure américaine.

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