•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’heure de la finale de la NWSL met les joueuses en colère

Les joueuses lèvent les bras et soulèvent le trophée pendant que des confettis flottent dans les airs.

Le Courage de la Caroline du Nord a gagné la dernière « vraie » finale de la NWSL, en 2019, avant la pandémie.

Photo : Getty Images / Streeter Lecka

Olivier Tremblay

Une décision « inacceptable », « risible », « insultante ». De la « folie ». Une « blague ».

Le week-end dernier, la National Women’s Soccer League (NWSL) a annoncé la ville hôtesse et l’heure de sa finale, prévue le 20 novembre. Beaucoup de joueuses en ont été dégoûtées.

Le match de championnat aura lieu au Providence Park de Portland, seul terrain synthétique de la ligue. Première source d’agacement. Et pour ne rien arranger, le coup d’envoi sera donné à 9 h, heure locale.

Selon plusieurs médias américains, Portland est la seule ville qui s’est proposée pour organiser le tout, et c’est pour accommoder le diffuseur CBS, qui doit présenter un match de football universitaire en après-midi, que la NWSL doit programmer à 9 h cette finale censée offrir aux joueuses la plus grande vitrine possible.

Pour les principales intéressées, visiblement, c’est une claque au visage.

Des joueuses bien établies dans le circuit, comme Ashlyn Harris, Ali Krieger ou encore Jess Fishlock ont écrit sur les médias sociaux qu’elles en avaient marre de garder le silence. Que même les entraînements n’ont pas lieu à 9 h. Qu’elles se croyaient revenues à l’époque de l’école secondaire. Ces propos ont trouvé écho du côté des deux joueuses québécoises de la NWSL.

Une athlète tient une médaille d'or en portant l'uniforme canadien.

Évelyne Viens a remporté l'or avec le Canada aux Jeux olympiques de Tokyo.

Photo : Getty Images / Naomi Baker

Évelyne Viens, du Gotham FC, qualifie la décision de complètement ridicule. Exiger des joueuses qu’elles amorcent leur préparation aux aurores après huit mois d’efforts, selon l’athlète de L’Ancienne-Lorette, c’est manquer de respect envers les athlètes qui ont tout donné cette année.

Oui, il y a la télévision, mais nous, les joueuses, essayons de gagner le respect de tout le monde et d’avoir plus de visibilité, a-t-elle souligné. C’est un manque de respect envers les joueuses de faire ça à 9 h du matin. C’est une finale.

Je pense que c’est ridicule, et j’espère qu’ils vont faire quelque chose pour changer ça.

Une citation de :Évelyne Viens, attaquante, Gotham FC
Une joueuse de soccer marche sur le terrain pendant un match

Bianca St-Georges fait partie des Red Stars de Chicago depuis 2019.

Photo : rob gray/isiphotos.com / Rob Gray/ISI Photos

Bianca St-Georges, des Red Stars de Chicago, a d’abord cru à une blague. La dernière fois qu’elle a joué à une heure aussi matinale, c’était dans un gros tournoi récréatif où tu jouais trois ou quatre matchs par jour.

Elle croit que la ligue fera volte-face. Pas nécessairement parce qu’elle croit en la bonne foi des autorités compétentes, mais tout simplement parce qu’elle juge la décision inacceptable.

Je trouve ça bien que plusieurs joueuses, surtout sur Twitter, expriment leur opinion, indique St-Georges. Ça traduit ce qu’on pense toutes. Moi, j’espère qu’ils vont vraiment prendre le temps de changer ça. On va respecter la ligue davantage si elle change la situation. La ligue veut avoir une meilleure relation avec les joueuses. Mais quand on exprime des besoins comme ça, elle ne les respecte pas.

On aura plus de respect pour la ligue si elle admet qu’elle a fait une erreur et qu’elle va changer ça.

Une citation de :Bianca St-George, défenseuse, Red Stars de Chicago

Ce n’est pas la première fois que l’heure d’un match crucial de soccer féminin fait les manchettes. Ce n’est même pas la première fois cette année. Le match de la médaille d’or entre le Canada et la Suède, aux Jeux olympiques de Tokyo, a été reporté de 11 h à 21 h après que les deux délégations eurent maintes fois souligné les risques d’organiser ce match en milieu de journée en raison de la chaleur.

Les joueuses « mises de côté »

Le contrat télévisuel avec CBS, signé en pleine pandémie, est assurément précieux pour une NWSL en pleine expansion. Bianca St-Georges se désole toutefois que la ligue retire des bénéfices qui, dit-elle, échappent aux joueuses.

On leur rapporte de l’argent, mais on ne touche pas de récompense, soutient-elle. Peut-être qu’ils ne veulent pas casser leurs bonnes relations avec les équipes de télévision et qu’ils veulent les accommoder au lieu des joueuses? Ils en retirent un avantage commercial avec des gens qui ont de l’influence au lieu des joueuses. On est mises de côté et on a l’impression de ne pas avoir de voix au sein de la ligue. Mais, au bout du compte, ça nous motive encore plus de continuer à nous battre pour ça, et ce sont eux qui se creusent un trou en ce moment.

La situation est d’autant plus déplorable, souligne Évelyne Viens, que les joueuses sont plus conscientes que jamais de l’influence positive qu’elles exercent dans la collectivité. L’absence de soutien qu’elles perçoivent vient saper leurs efforts.

Elles se regardent devant le podium.

Margaret Purce (à gauche) et Megan Rapinoe ont reçu une invitation de la Maison-Blanche pour aller discuter d'égalité salariale en mars dernier.

Photo : Getty Images / AFP/OLIVIER DOULIERY

Midge Purce [de l’équipe américaine] l’avait expliqué en entrevue à la Maison-Blanche : c’est difficile qu’une fleur s’épanouisse sans une bonne base, se rappelle Viens. Et nous, on nous demande de nous épanouir, mais on ne met pas d’argent dans le soccer féminin et tous les sports féminins, en fait. C’est compliqué de faire ressortir le meilleur des femmes dans tous les sports si on les met dans des conditions très difficiles comme jouer à 9 h du matin sur le synthétique.

Cette nouvelle levée de boucliers des joueuses survient dans un contexte rendu plus délicat encore par des allégations d’abus envers l’ex-entraîneur du Spirit de Washington et le congédiement de celui du Racing de Louisville avec motif valable, sans préciser lequel.

Par ailleurs, les négociations demeurent en cours entre la ligue et ses joueuses pour la rédaction d’une toute première convention collective.

Bien peu d’informations filtrent à ce sujet depuis de nombreuses semaines, et Bianca St-Georges indique justement que le processus ne se passe pas de la manière la plus fluide qui soit.

Je ne veux pas parler en mal de la ligue, mais je n’ai pas l’impression qu’ils veulent que ça avance non plus, précise St-Georges. C’est nous, les joueuses, qui formons la ligue, alors pourquoi ne pas travailler avec nous pour rendre ça plus efficace? Mais en même temps, des fois, je me sens mal, parce qu’ils ne peuvent pas répondre à tous nos besoins tout de suite. Cela dit, il n’y a quasiment aucun changement. Ils remettent à plus tard, et nous, on veut qu’il y ait de l’action. Il y a sûrement quelque chose qu’on peut faire maintenant! Et on a l’impression qu’ils veulent toujours repousser parce qu’ils ont peur de faire les premiers pas.

Heureusement, sur le terrain, c’est une fin de saison emballante qui se profile à l’horizon, avec huit équipes qui peuvent légitimement viser l’une des six places qui donnent accès aux éliminatoires. Avec, au bout du chemin, le privilège de jouer à 9 h.

(Avec les informations de Christine Roger)

Bandeau consultez Tellement soccer

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !