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Sylvain Guimond se souvient du 11 septembre 2001 avec les Rangers à New York

Sylvain Guimond et les Rangers devaient se retrouver au World Trade Center le 11 septembre 2001.

Un immense nuage de fumée s'échappe des tours.

Le World Trade Center lors des attentats

Photo : Reuters / Sean Adair

Il y a 20 ans, le conférencier et docteur en psychologie sportive Sylvain Guimond échappait à la mort. Le Québécois devait se trouver dans l'une des tours du World Trade Center, avec les Rangers de New York, le matin du 11 septembre 2001 au moment des attaques terroristes qui ont coûté la vie à 2606 personnes.

À l’automne 2001, Eric Lindros s’apprête à effectuer un retour au jeu dans la Ligue nationale de hockey (LNH), sous les couleurs des Rangers, après une année d’absence.

Le directeur général de l’époque, Glen Sather, a fait son acquisition pendant l'intersaison. Quelques mois auparavant, il a aussi rapatrié Mark Messier, l’homme qui avait conduit les Rangers à la Coupe Stanley en 1994.

Les attentes sont donc élevées à New York à l’aube de la nouvelle saison. Mais avant d’entamer réellement le camp sur la patinoire, les joueurs doivent se soumettre aux traditionnelles évaluations physiques.

C'est à Sylvain Guimond et à son équipe que revient la tâche de tester tout ce beau monde.

Plusieurs équipes de la LNH font appel aux services de sa compagnie Biotonix pour analyser la forme et la posture de ses joueurs.

Guimond a pris l’avion avec son collègue Gaëtan Lefebvre, ancien soigneur du Canadien de Montréal, pour une tournée qui les mènerait d’abord à New York, puis en Caroline, à Pittsburgh et dans d’autres villes des États-Unis.

Lefebvre et lui arrivent à New York le 10 septembre. Et ils doivent être logés devant l’une des tours jumelles qui allaient s’effondrer moins de 24 heures plus tard.

La formation new-yorkaise a l’habitude d’organiser ses camps d’entraînement dans le nord de l’État, ou encore au Vermont. Mais en 2001, afin de créer un engouement dans la ville, les Rangers décident de tenir des séances ouvertes au public dans son amphithéâtre.

Les examens physiques doivent avoir lieu dans un hôtel du World Trade Centre, où sont logés les joueurs et les membres du personnel.

Mais quand le camp était pour débuter, il y avait 68 joueurs inscrits plutôt que 63. Et l’organisation a dû changer d’hôtel, car il n’y avait pas assez de chambres disponibles.

Glen Sather nous a déplacés dans un hôtel juste en face du Madison Square Garde. Sinon, on aurait été dans les tours, se souvient très bien Guimond.

On pensait que la prochaine attaque serait contre le Madison Square Garden

Quand le premier avion percute la tour nord, à 8 h 46, Sylvain Guimond et son équipe s'installent depuis quelques heures dans l’une des salles de l'aréna. On était là avec les ophtalmologistes, les dentistes, les médecins… On était sur le point de commencer quand Theoren Fleury vient nous voir.

Le vétéran de 15 saisons dans la LNH en était à sa deuxième campagne avec les Rangers. C’est lui qui est le premier à signaler à Guimond qu’un avion venait de foncer dans le World Trade Centre.

Guimond regarde Fleury qui porte une tuque.

Sylvain Guimond en compagnie de Theoren Fleury

Photo : Gracieuseté : Sylvain Guimond

Comme bien des gens, Guimond ne croit pas à un attentat terroriste au départ. On pensait à un petit Cessna, peut-être. Puis, on se dirige vers la télévision, et on voit en temps réel le deuxième avion. On savait que c’était une attaque.

Les scénarios commencent vite à défiler dans sa tête. Au sous-sol du Madison Square Garden se trouve la gare de train. On pensait que la prochaine attaque serait là. Il y avait plein de rumeurs d’explosifs dans la ville. Qu’ils allaient faire sauter le pont de Brooklyn.

Alors que l’équipe se prépare à quitter les lieux, des policiers avec des chiens renifleurs envahissent le bâtiment. À ce moment, les deux tours ne se sont pas encore écroulées. Guimond, son équipe et les joueurs attendent alors des indications.

Puis on nous dit : "On a de la nourriture et de l’eau pour rester ici trois jours." On a commencé à paniquer un peu.

Une citation de :Sylvain Guimond, docteur en psychologie sportive

Après avoir inspecté l’endroit, les policiers demandent aux personnes avec une formation médicale d’aller porter secours aux victimes. Guimond et trois de ses acolytes foncent vers les débris, malgré la panique qui s'est emparée de la ville.

On s’est avancé assez creux, mais il n’y avait personne à aider où nous étions. On est retourné à l’amphithéâtre. Nous n’avions nulle part où aller, la ville était fermée.

Des piétons marchent dans un nuage de poussière.

Une photo prise par un collègue de Sylvain Guimond le 11 septembre 2001.

Photo : Gracieuseté : Sylvain Guimond

Finalement, un transport est organisé pour permettre aux joueurs de retrouver leur domicile. La maison de Sylvain Guimond, originaire de Sorel, lui paraît soudainement bien loin.

Un appel de Mario Lemieux

Après le choc, les déplacements sont limités, autant au sol que dans les airs. Le trafic aérien mondial est complètement paralysé. La voie terrestre est la seule façon pour Guimond et Lefebvre de rentrer au pays, à court et même à moyen terme.

Le 11 septembre, les deux Québécois dorment dans un hôtel de New York. Ce n'est que vers 20 h que les lignes téléphoniques se dégagent suffisamment pour permettre à Guimond de rassurer ses proches.

Dans mon agenda, c’était écrit que je serais dans le World Trade Center le matin. Tout le monde me pensait mort.

Une citation de :Sylvain Guimond

Un peu plus tard, il reçoit un appel de Mario Lemieux, propriétaire des Penguins de Pittsburgh, l'une des formations qu’il devait visiter dans les prochains jours, si l'on se fie à un calendrier qui paraissait désormais bien désuet.

La légende du hockey n'appelle évidemment pas Guimond pour s’enquérir de sa visite à Pittsburgh ni pour reprogrammer une séance d’évaluation.

Inquiet, il lui demande plutôt s’il a des nouvelles d'EJ Johnston fils, le fils de l'ancien directeur général des Penguins, Eddie Johnston.

Ce dernier devait être à bord du vol United 93 qui s’est écrasé en Pennsylvanie après un détournement des pirates de l’air. Sans nouvelles de son fils, Eddie Johnston craint le pire.

Or, son fils se trouve tout juste à côté de Sylvain Guimond dans le même hôtel.

Sans savoir qu'il allait ainsi lui sauver la vie, Guimond a demandé à Johnston fils de venir lui prêter main-forte lors de la séance d'évaluation des Rangers. Il a changé d'itinéraire à la dernière minute, déjouant ainsi la mort.

Un retour clandestin vers Montréal

Le lendemain, Guimond et Lefebvre tentent en vain de louer un véhicule pour conduire jusqu'au Canada. Ils doivent finalement jouer de ruse pour s'évader de New York.

Je suis de Sorel, moi, et Gaëtan est de Pointe-Saint-Charles. On s’est dit : ''Un bum de Sorel, un bum de Pointe-Saint-Charles, on est street wise. On va trouver une façon de sortir d’ici!''

Les deux Québécois soudoient un employé du Madison Square Garden, un partisan des Rangers, pour qu’il leur donne accès à la gare souterraine sans passer par la billetterie. C’était un préposé, il a pu nous donner accès à un escalier mécanique qui nous menait à l’un des trains.

Il nous a dit : "Embarquez, cachez-vous sous une table." C’est ce qu’on a fait!

Une citation de :Sylvain Guimond

Une fois le train parti de New York, les employés procèdent à la vérification des billets. Guimond et Lefebvre n’en possèdent évidemment pas. Mais la préposée a été sensible à notre histoire. Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire?

De station en station, le duo remonte le nord des États-Unis, jusqu’à atteindre le Vermont. De là, il veut prendre un taxi, mais pas moyen d'en convaincre une d'aller jusqu’à la frontière.

En autobus, ils s'approchent le plus possible de la douane avant de finir le reste du chemin à pied. À la frontière, le douanier reconnaît l’ancien soigneur du Canadien. Il ne pouvait pas croire qu’on avait parcouru New York-Montréal sans billets!

Les deux hommes prennent un autobus qui les mène à la gare de Montréal, puis un ami vient conduire les voyageurs jusqu’à leur véhicule, laissé la veille à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau.

C’est après cet interminable périple que Sylvain Guimond saisira entièrement la chance qu'il a eue.

J’étais vidé, fatigué, triste, mais je me considérais chanceux d’être en vie.

Une citation de :Sylvain Guimond

S’il y avait eu 63 joueurs plutôt que 68 invités au camp des Rangers, il aurait peut-être été prisonnier des tours jumelles. Et il ne serait peut-être pas là aujourd’hui pour raconter son histoire.

Les joueurs des deux équipes se tiennent côte à côte, solennellement.

Les Rangers et les Devils lors de la cérémonie d'avant-match le 19 septembre 2001, au Madison Square Garden.

Photo : Reuters / Reuters Photographer

Les Rangers, eux, ont finalement déplacé leur camp à Rye, petite ville côtière au nord de New York.

Les Blue Shirts ont par la suite été la première équipe professionnelle de New York à disputer un match après les attentats, le 19 septembre 2001, face aux Devils.

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