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Mort de Jeanette Zacarias Zapata : une enquête de plusieurs mois

Deux boxeuses s'observent dans le ring pendant leur combat

Jeannette Zacarias Zapata (à gauche) contre Marie-Pier Houle (à droite) sur le ring, le 28 août

Photo : Groupe Yvon Michel/Yanick Maltais

Jean-François Chabot

Il faudra patienter de longs mois avant le dépôt du rapport de l’enquête du Bureau du coroner du Québec annoncée par la ministre de la Sécurité publique et vice-première ministre, Geneviève Guilbault, entourant la mort de la boxeuse mexicaine Jeanette Zacarias Zapata, victime d'un violent K.-O. dans un gala à Montréal le 28 août.

C’est ce qu’affirme Me Denis Boudrias, coroner de 1979 à 2004.

Dans un entretien à Radio-Canada Sports, il a expliqué que le déroulement d’une telle démarche entraînait une multitude de conditions que le ou la responsable de l’enquête devra observer à la lettre.

Inutile pour les amateurs de boxe de retenir leur souffle. Radio-Canada Sports a aussi appris que l'enquête avait été confiée au Dr Jacques Ramsay. Il a notamment co-présidé l'enquête menée au sujet des nombreux décès survenus en CHSLD au début de la pandémie de la COVID-19.

Ce dernier a encore beaucoup de pain sur la planche, comme nous l’a expliqué Me Boudrias.


Q. Quels sont les critères pour la tenue d’une enquête du coroner?

R. Pour qu’il y ait une enquête publique, c’est une décision du ou de la coroner en chef. La ministre de la Sécurité publique a aussi le pouvoir de décréter une enquête, ce qui avait été fait dans le cas du caporal Lemay durant la crise d’Oka. C’est le seul cas que je connais où le ministre avait ordonné l’enquête.

Un dossier de coroner s’ouvre d’abord par une investigation. Il y a deux sortes de coroners : des enquêteurs et des investigateurs.

Le rôle de l’investigateur, qui est souvent médecin, est de déterminer les causes et les circonstances d’un décès et, éventuellement, de formuler des recommandations pour une meilleure protection de la vie humaine.

C’est à la suite de cette investigation que le ou la coroner en chef décide s’il y a lieu ou non de tenir une enquête publique. Le coroner ne peut pas blâmer qui que ce soit. Il ne peut que dénoncer les faits.

Au Québec, tous les rapports des coroners sont publics et sont accessibles sur le site Internet du Bureau du coroner du Québec.


Q. Dans combien de temps peut-on s’attendre à prendre connaissance du rapport qui concerne la mort de la jeune boxeuse?

R. C’est une question de mois. Une fois que le ou la coroner en chef a déterminé à quel coroner sera confiée l’enquête publique, cette personne recevra toutes les informations colligées à la fois par les policiers et par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ).

Il est probable que la CNESST (la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail) intervienne dans un cas comme celui-là parce que les boxeurs sont des travailleurs dans le domaine sportif. Il peut donc y avoir plusieurs enquêtes parallèles.

Le coroner est seul. On n’est pas dans une série télé américaine où le coroner entre au bureau où il trouve une équipe de 10 ou 15 personnes à son service.

Le coroner est tributaire des rapports des autres organismes à partir desquels il déterminera s’il y a encore matière à la tenue d’une enquête publique. Il en avisera la coroner en chef qui prendra la décision d’aller de l’avant ou pas avec cette enquête.

Au moment où une date aura été établie pour l’ouverture d’une enquête publique, des personnes vont demander à être déclarées personnes intéressées. Ce statut est à la discrétion du coroner. La famille de la victime l’obtient toujours. La RACJ en fera sûrement aussi la demande. Le promoteur impliqué dans les événements pourrait aussi le faire.

Ce statut leur permet d’assister à l’enquête, de poser des questions aux témoins et de demander au coroner d’entendre d’autres témoins.


Q. Quelles sont les probabilités qu’il y ait des poursuites civiles ou criminelles dans ce cas-ci?

R. Je n’en ai aucune idée parce que je ne sais pas quels sont les faits. Tout ce que je sais, c’est ce qu’on en a vu dans les médias.

Chose certaine, on ne peut pas poursuivre au criminel pour voies de fait dans un combat de boxe, parce que le but de la boxe, c’est de se tapocher.

Pour poursuivre pour négligence criminelle, il faut faire la preuve que la personne que l’on accuse aurait montré une insouciance délibérée et téméraire à l’égard de la vie d’autrui.

Mais est-ce qu’on peut reprocher à un boxeur de frapper fort pour avoir un K.-O.? On est peut-être ici devant un sport qui n’est pas suffisamment encadré par rapport à la boxe olympique, où il y a des casques et des règles, et où le système de points est peut-être plus développé.


Q. En sachant que les boxeurs signent des contrats en toute connaissance de cause des dangers et des risques, quel effet cela a-t-il sur toute poursuite, qu’elle soit criminelle ou civile?

R. C’est certain que c’est un élément très important à considérer. C’est pour ça qu’il s’agit de bien voir les faits. Est-ce que l’arbitre a interrompu le combat au bon moment? Est-ce qu’il aurait dû l’interrompre plus tôt?

Les arbitres ne sont pas médecins, mais il y a toujours un médecin qui assiste au combat. Il peut conseiller l’arbitre au besoin.

Est-ce que l’arbitre connaissait exactement les antécédents de la boxeuse qui avait eu un K.-O. à son combat précédent? Est-ce qu’on aurait pu fouiller davantage de ce côté-là? Ce sont toutes des questions qui vont ressortir de l’enquête.

Le coroner aborde le tout avec un esprit ouvert et s’assure de ne pas commencer une enquête publique avant d’avoir eu toutes les versions et tous les sons de cloche pour digérer tout ça et inscrire ses conclusions dans son rapport.

Quant à moi, avec les faits que l’on connaît maintenant (entourant la mort de la boxeuse), il est impossible de prédire ce qui pourrait en ressortir. Est-ce qu’il y aura des poursuites civiles ou criminelles? C’est certain que si vous acceptez les règles d’un sport, vous acceptez les risques inhérents.

Et c’est même vrai pour les spectateurs. Si vous assistez à une partie de hockey et que vous recevez une rondelle parce que vous êtes assis dans la sixième rangée juste au-dessus de la baie vitrée, vous ne pouvez pas poursuivre.

Pour toutes ces raisons, il n’y aura pas de dénouement ou de conclusion rapide. N’attendez rien avant six mois à un an. Ça n’arrive dans aucun cas. Il n’y a pas de raisons que celui-là soit différent.

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