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« Il faut revoir les façons de faire », plaide cet ancien boxeur

Des gants de boxe rouges sur fond noir

Des gants de boxe

Photo :  GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO / iStockphoto

Jean-François Chabot

Les heures et les jours s’écoulent depuis la mort de la jeune Mexicaine Jeanette Zacarias Zapata. En attendant le rapport du coroner, l’ancien poids lourd Éric Martel-Bahoéli croit qu’il faut que la mentalité change dans les rangs professionnels.

Aujourd’hui âgé de 40 ans, le pugiliste a raccroché ses gants il y a près trois ans et demi. Cet ancien agent correctionnel travaille depuis 12 ans à titre d’intervenant en centre jeunesse à Québec.

Il s’intéresse toujours à la boxe puisqu’il est aussi entraîneur au Nordik Fight Club. Il ne mâche pas ses mots quand on lui demande de se prononcer au sujet du drame qui a coûté la vie à Zapata.

À 18 ans, c’est jeune en crime. Je ne sais même pas si elle avait fini son école. Elle s’était fait knocker trois mois avant. Son entourage aurait dû la mettre en garde. On comprend qu'elle est du Mexique. Mais ici aussi, il y en a qui seraient allés (se battre), a laissé entendre Martel-Bahoéli.

Au cours de son entretien avec Radio-Canada Sports, il a aussi dit comprendre les motivations qui l’ont probablement poussée à accepter le défi en faisant fi des dangers et des risques pour sa santé.

« C’est sûr que 1800 $ ici à comparer à ce qu’ils font au Mexique, c’est beaucoup plus. C’est probablement pour ça que la jeune fille a voulu venir ici pour 1800 piastres et faire un petit voyage au Canada, en souhaitant et en croisant les doigts qu’elle ne se fasse pas knocker. Mais, ç’a été encore plus tragique. »

— Une citation de  Éric Martel-Bahoéli, ex-boxeur professionnel

Du déjà vu

L’incident survenu le 28 août dernier avait de quoi raviver de mauvais souvenirs pour Éric Martel-Bahoéli. Il faut savoir qu’en 2018, il a perdu son grand ami David Whittom dans des circonstances semblables.

Ayant vu son permis de boxeur être suspendu par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) parce qu’il avait perdu son combat précédent par K.-O., Whittom s’était rendu au Nouveau-Brunswick, sa province natale, en mai 2017, pour livrer ce qui allait s’avérer le combat de trop.

Alors qu’il quittait l’amphithéâtre au terme d'une dure bataille, il a été pris de violents maux de tête et de nausées. Transporté à l’hôpital, il a été plongé dans un coma artificiel dont il est sorti 10 mois plus tard en rendant l’âme. Il avait 38 ans.

C’est sûr que chaque fois que j’entends des histoires avec des boxeurs qui se retrouvent dans un état critique à la suite d’un combat, comme Adonis (Stevenson) à l’époque, ça ravive des sentiments et de mauvais souvenirs, dit-il.

Il explique avoir fait son deuil en se rendant là-bas deux ans plus tard pour marcher dans les traces de son ami qui luttait aussi contre ses dépendances à l’alcool et aux drogues.

Faire ses devoirs

Martel-Bahoéli parle en connaissance de cause quand vient le temps d’exposer les lacunes et les travers de la boxe professionnelle.

Il reconnaît que les promoteurs cherchent à protéger leurs poulains en s’assurant de leur faire gravir les échelons sans courir de grands risques.

C’est une mentalité internationale au niveau de la boxe. C’est un business. Ils montent des boxeurs jusqu’à ce qu’ils soient, par exemple, champions NABA, ou qu’ils puissent prendre de plus gros risques, a-t-il ajouté.

Il se font face lors de la pesée officielle précédant leur combat.

Éric Martel-Bahoéli devant le Mexicain Hector Aguilar en avril 2018.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Martin

Quand ça devient payant, on prend des risques. Mais en début de carrière, les promoteurs ne prennent pas de chance pour être sûrs que leurs boxeurs se ramassent avec de bonnes fiches. Quand on est dans la boxe, on le sait.

Éric Martel-Bahoéli se donne en exemple. Il se souvient de la piètre qualité de ses premiers rivaux lorsqu’il se taillait une place dans des galas en dépit du fait qu’il n’était pas sous contrat avec un promoteur.

À mon deuxième combat, au Centre Bell, c’était contre Igor Konnov. Le gars devait avoir 37 ans. Il était petit à 5 pi 10 po. Il devait peser 230 lb, mais il était gras. Je fais 6 pi 3 po. Physiquement, on voyait tout de suite qu’il n’avait pas d’affaire là. Je l’ai knocké avec une main droite au début du premier round, s’est-il souvenu.

Il a aussi parlé de cette étonnante invitation venue d’Angleterre et qui aurait fait saliver bien d’autres pugilistes dans la même situation.

Je me rappelle, en début de carrière, de m’être fait offrir un combat contre Anthony Joshua (actuel champion IBF, WBA, WBO et IBO des poids lourds). Je me suis fait offrir des combats incroyables contre des tops qui sortaient des Olympiques.

« Si j’avais accepté, ç’aurait pu être payant. Mais en même temps, tu vois que ç’aurait pu être extrêmement dangereux. Je pense qu’il faut qu’il y ait un mouvement qui se fasse pour que les mentalités changent. C’est sûr qu’en ce moment, on risque la santé des boxeurs et des athlètes tellement il y a de grandes inégalités entre les adversaires. »

— Une citation de  Éric Martel-Bahoeli

Aussi, c’est pour éviter que de nouvelles horreurs se produisent qu’il aimerait voir promoteurs et apparieurs (matchmakers) resserrer les contrôles et leur processus de sélection des adversaires de leurs protégés.

Pour le bien des athlètes

Pour lui, il ne faut plus se satisfaire des renseignements fournis par les clans adverses. Il aimerait que la boxe s’aligne sur ce qui se fait en Thaïlande, où les combattants de boxe thaïe n’affrontent que des rivaux de valeur égale.

Aussi, il estime important que les promoteurs et les apparieurs puissent penser plus loin que le combattant en protégeant la vie des athlètes.

Pour les boxeurs du Mexique, au pire si on n’a pas l’information, ils devraient être bannis et ils ne pourraient pas venir se battre ici. Qu’ils fassent venir des boxeurs qui ont du sens des États-Unis ou de pays qui ne sont pas en voie de développement où les boxeurs se battent juste pour avoir un peu d’argent, plaide-t-il.

Là encore, l’expérience personnelle de Martel-Bahoéli est sans équivoque.

« On l’a vu lors du dernier gala auquel j'ai participé au Centre Vidéotron (le 7 avril 2018, à Québec). C'était contre le Mexicain Hector Aguilar… Le gars devait peser 280 et quelques livres. D’après moi, il avait fait son camp d’entraînement au casse-croûte à côté de chez lui. Il était complètement out of shape. »

— Une citation de  Éric Martel-Bahoéli

On m’avait dit qu’il arriverait en forme. C’était la même chose pour l’adversaire de Simon Kean qui avait aussi un gros bedon. [Le Mexicain Ignacio Esparza avait alors 41 ans et n’avait pas boxé depuis un an et demi, NDLR]. Même le matchmaker ne savait pas dans quelle condition les boxeurs allaient arriver, dit-il encore interloqué trois ans plus tard.

Une boxeuse est dans les câbles, frappée par une autre.

Jeanette Zacarias Zapata est martelée par Marie-Pier Houle lors de leur combat au stade IGA, à Montréal.

Photo : La Presse canadienne / GYM/Yannick Maltais

On ne s’étonnera pas du fait que Martel-Bahoéli défende son sport face aux attaques de ses dénigreurs qui vont jusqu’à réclamer que la boxe soit bannie.

Si on bannit la boxe, est-ce qu’on va bannir l’UFC? Je pense qu’il faut travailler sur la manière de faire les choses et regarder les personnes qui oeuvrent dans ce milieu. La boxe n’est pas le problème. La boxe peut sauver des vies et sort des jeunes du ghetto et de la rue. Elle donne une discipline de vie. Elle donne une deuxième famille à des jeunes qui n’ont pas de parents.

« C’est beaucoup plus que des coups à la tête. C’est aussi une école de vie. Mais en même temps, quand on arrive au niveau professionnel, il y a des gens qui devraient peut-être regarder leur manière de faire pour que ça puisse changer pour protéger la santé des êtres humains. »

— Une citation de  Éric Martel-Bahoéli

En terminant, Martel-Bahoéli partage le message qu’il adresse aux jeunes qu’il côtoie au gymnase et qui songent à une carrière en boxe professionnelle.

Il faut qu’ils comprennent que la boxe doit être un mode de vie. À partir du moment où tu décides d’en faire une carrière, c’est non seulement une mentalité, mais un mode de vie.

Il faut que tu sois dédié à ton sport. Ce n’est pas un sport de plaisance. On ne s’en va pas jouer à la boxe. On s’en va se battre. Il faut que ce soit ancré en toi. Il faut que tu veuilles vraiment le faire pour les bonnes raisons et pas juste pour dire à tes chums que tu fais de la boxe ou pour avoir l’air hot. Autrement, tu peux risquer ta santé assez sévèrement.

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