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Chronique

George Russell quitte Williams, l’indispensable porte d’entrée

Il prépare son casque avant une course.

George Russell

Photo : Getty Images / Peter Fox

George Russell sera le prochain coéquipier de Lewis Hamilton, et très vraisemblablement celui qui lui succédera quand le Britannique de 36 ans quittera Mercedes-Benz.

Après sa démonstration plus que convaincante lors du Grand Prix de Sakhir en 2020, dans une monoplace qui n’était pas faite pour lui et son grand gabarit de 1,86 m (Hamilton ne mesure que 1,74 m), Russell a prouvé d’abord sa valeur par son talent, mais aussi par la qualité de son apprentissage avec Williams.

Sa Mercedes-Benz, vue de profil, roule à Bahreïn.

George Russell

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Il a tranquillement fait ses gammes au sein d’une équipe en pleine réorganisation administrative. L’équipe britannique se relève tranquillement d’un énorme passage à vide qui a commencé en 2015, six longues années.

La famille Williams a finalement vendu en août 2020 l’équipe à Dorilton Capital qui a pris les choses en main, et avec des ressources financières et un recrutement éclairé lui a redonné l’espoir de remonter au classement.

La présence de George Russell n’est pas étrangère à ce redressement. Le jeune Britannique, qui fait partie de la filière de développement de Mercedes-Benz, a été placé par la marque allemande avec Williams pour lui permettre d’apprendre, et c’est exactement ce qu’il a fait.

Il a su prendre le meilleur de ce qu’on pouvait lui donner du côté de Williams, avec d'abord et avant tout un volant à temps plein. Il vient de passer de trois ans à apprivoiser les monoplaces, les circuits, à apprendre à communiquer avec les ingénieurs pour faire progresser la voiture.

En 2019, dans une voiture non compétitive, la FW42, il n’a marqué aucun point et a fini dernier au classement. Mais loin des caméras qui suivaient la bataille pour le titre, il s’est montré plus rapide que son coéquipier Robert Kubica et a réussi à terminer 11e en Allemagne. Surtout, lors des essais privés de Bahreïn, dans la Mercedes-Benz W10, il a fait le meilleur temps du jour. Ce jour-là, il a prouvé à Toto Wolff, patron de Mercedes-Benz qui a suivi son parcours junior, qu’à bord d'une voiture compétitive, il pouvait se démarquer.

Il l’a prouvé deux fois plutôt qu’une en 2020. En montrant dans la Williams FW43 ses qualités en qualifications avec sa 12e place sous la pluie sur la grille de départ du Grand Prix en Styrie. Le meilleur résultat de Williams en qualifications depuis la 4e place du Québécois Lance Stroll à Monza en 2017, également sous la pluie.

Puis, à Bahreïn, en remplaçant au pied levé Lewis Hamilton dans une monoplace dont l’habitacle était beaucoup trop petit pour lui. Le samedi, il s'est qualifié en première ligne, et le dimanche, oubliant l’inconfort et les douleurs, il s'est battu pour la victoire en réussissant notamment un dépassement à la régulière sur Valtteri Bottas. Les derniers sceptiques ont compris qu’il avait sa place dans une équipe de pointe.

Aurait-il pu remplacer Valtteri Bottas en 2021? Russell en avait l’envergure, mais Toto Wolff n’a pas voulu casser l’harmonie au sein de son duo de pilotes, comme Lewis Hamilton tente de remporter un huitième titre et en a plein les bras avec Max Verstappen et Red Bull qui ont pris l’avantage dans la course au titre.

Engager Russell avec Mercedes-Benz, c’est forcément casser l’harmonie, car Russell ne s’installe pas dans l’habitacle de Bottas pour être le numéro deux.

Toto Wolff

Toto Wolff

Photo : Getty Images / Drew Gibson

Pour mériter de remplacer Lewis Hamilton, il devra montrer qu’il peut le battre. Et il le battra. Toto Wolff, qui veille aux intérêts de l’équipe, en est aujourd'hui intimement convaincu.

L’avenir de l’équipe passe par George Russell, le présent appartient encore à Hamilton, et la course au titre de cette saison décidera de la suite des choses au sein de Mercedes-Benz.

Idéalement, l'équipe voudrait que Hamilton remporte son 100e grand prix (il en a 99) puis le titre pour s'installer seul sur son trône (Michael Schumacher a 7 titres). Il pourra ensuite assurer la transition d’ici la fin de son contrat en 2023, et vraisemblablement la fin de sa carrière en F1.

Comme Lewis Hamilton l’a lui-même reconnu, George Russell, de 13 ans son cadet, représente l’avenir de la F1.

De plus, en 2022, ce seront de toutes nouvelles voitures. Mercedes-Benz veut donner à George Russell toute la latitude possible pour en découvrir rapidement toutes les subtilités. Car c’est lui qui aura la lourde tâche de disputer le titre à Max Verstappen, le numéro un de Red Bull, à Charles Leclerc, le numéro un de Ferrari, et à Lando Norris, le numéro un de McLaren.

Durablement installés dans des équipes de premier plan, ces quatre pilotes sont l’avenir de la F1.

Toto Wolff veut faire partie du prochain chapitre de la F1, et l’arrivée de Russell en est la plus belle preuve. Au risque peut-être de déstabiliser Hamilton en 2022, surtout si la monoplace de la nouvelle génération ne lui convient pas.

Quant à Bottas, pour services rendus, Toto Wolff lui a trouvé un bon volant.

Fort de ses neuf victoires en grand prix, il débarque à Hinwil (l’usine de l’équipe Alfa Romeo-Sauber en Suisse) avec tout son bagage de connaissances de Mercedes-Benz, qui sera fort utile à l’équipe qui se bat en milieu de grille avec le soutien de Ferrari.

Ce sera pour lui un changement complet de décor, de façon de travailler, avec une bonne part de stress en moins. Il devra revoir à la baisse ses objectifs dans l'équipe fondée par Peter Sauber, mais rebaptisée Alfa Romeo à la faveur d’une entente de commandite.

Il roule sur les vibreurs.

Robert Kubica dans l'Alfa Romeo C39 à Barcelone

Photo : Getty Images / JOSEP LAGO

Après s'être battu pour la victoire, Bottas poursuivra sa carrière à lutter pour des points contre son ancienne équipe Williams, celle qui lui a donné sa première chance.

Williams, la porte d'entrée

Avant la 2e place en qualifications de George Russell en Belgique, le meilleur résultat de l’équipe Williams n’avait-elle pas été la première ligne de la grille (2e place) de Valtteri Bottas en 2014 au Grand Prix d’Allemagne?

En pensant à Bottas qui vient de passer cinq ans avec Mercedes-Benz, et qui a contribué aux succès de l’équipe allemande dans son rôle de pilote numéro deux, on ne peut s’empêcher de penser que l’équipe Williams a été depuis 15 ans une formidable école.

De Nico Rosberg (2006-2009) à George Russell (2019-2021) en passant par Valtteri Bottas (2013-2016), à Lance Stroll (2017-2018) et par Nicholas Latifi depuis 2020. Un de ces pilotes est champion du monde, au moins un autre le deviendra.

Qui a oublié les résultats de Valtteri Bottas au circuit Gilles-Villeneuve, sa deuxième ligne (3e place) en 2013 et ses deux podiums (deux fois 3e) en 2015 et en 2016?

Il bloque le pneu avant gauche de sa monoplace.

Valtteri Bottas chez Williams

Photo : Getty Images / Clive Rose

Avant lui, Nico Rosberg avait marqué régulièrement des points en 2006 et en 2007 avant d’obtenir son premier podium en 2008, puis un autre. Il était déjà à cette époque courtisé par les grandes équipes, notamment McLaren. C’est Mercedes-Benz, pour son grand retour en F1 en 2009, qui est allé le chercher.

Lance Stroll, pilote Mercedes-Benz dans sa dernière année en formule de promotion (F3), couronné en 2016 tout comme George Russell l’année suivante, a pu montrer avec Williams qu’il ne devait pas sa place uniquement au porte-monnaie de son père.

Il y a eu ce tour étonnant en qualifications à Monza sous la pluie en 2017, ce podium opportun (3e place) à Bakou cette même année. Qui lui avait volé la deuxième ligne en vue de la ligne d’arrivée? Valtteri Bottas.

Après deux ans avec Williams, Stroll a choisi la solution logique de suivre son père au sein de Racing Point, rebaptisée Aston Martin. Il y a eu en 2020 ses deux podiums (deux fois 3e) en Italie et à Bahreïn et sa retentissante pole position sur le circuit d'Istanbul, en Turquie.

Un autre Canadien a suivi Lance Stroll avec Williams. L’équipe britannique aux 16 titres et aux 114 victoires a aujourd’hui dans ses rangs Nicholas Latifi, qui en est à sa deuxième saison.

Il négocie un virage à droite.

Nicholas Latifi devant son coéquipier George Russell au Portugal

Photo : Getty Images / Bryn Lennon

Il a pu apprendre de George Russell. Travaillant et patient, le Torontois a affiné son travail en piste cette saison. N’est-il pas entré deux fois dans les points? On attend de savoir si Williams lui fera encore confiance en 2022 puisqu'elle n'a plus besoin de pilotes payants.

Bien soutenu par son père Michael Latifi (qui possède 10 % du capital du groupe McLaren après avoir payé 350 millions de dollars canadiens en mai 2018), le Torontois pourrait, s'il continue à progresser, s’avérer un bon pilote numéro deux pour seconder Lando Norris dans McLaren si jamais l'Australien Daniel Ricciardo décidait d’aller voir ailleurs à la fin de son contrat actuel.

En attendant de se battre pour la victoire, l’équipe Williams peut se targuer d’avoir mis au monde des pilotes qui ont ensuite écrit quelques chapitres de l’histoire de la F1.

George Russell est prêt à en écrire quelques-uns.

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