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Moe Jeudy-Lamour, ce Montréalais qui protège le filet de Ted Lasso

Il prend la pose avec ses collègues.

Moe Jeudy-Lamour (rangée du bas, à gauche) interprète le gardien Thierry Zoreaux dans la série « Ted Lasso ».

Photo : Twitter/Moe Jeudy-Lamour

Olivier Tremblay

Le joueur de soccer montréalais le plus populaire du monde à l’heure actuelle… ne joue même pas au soccer.

Le visage de Moe Jeudy-Lamour vous est peut-être familier. Il a été l’agent Desrochers dans Unité 9. Les fidèles de District 31 l’ont aperçu dans la première saison. C’est cependant à Hollywood ou à Londres qu'il construit sa carrière.

La série Ted Lasso, diffusée sur Apple TV+, a séduit les amateurs de soccer et a conquis un public plus vaste encore (dont le jury des prix Emmy, comme en font foi les 20 nominations de la série). Jeudy-Lamour y incarne Thierry Zoreaux, le gardien montréalais d’AFC Richmond, une équipe fictive de soccer anglais dirigée par Lasso (Jason Sudeikis), un entraîneur de football américain qui finit par charmer ses joueurs avec sa personnalité attachante malgré sa méconnaissance du ballon rond.

Jeudy-Lamour s’y reconnaît bien. Il n’a jamais joué au soccer. Il était receveur de passes au football dans sa jeunesse, et il a même enfilé l’uniforme des Stingers de l’Université Concordia. Mais il nous souhaite gentiment bonne chance lorsqu’on lui dit qu’on fouillera dans les archives pour trouver des images d’un jeune Moe en action.

L’acteur s’est plutôt familiarisé avec le soccer avec le jeu FIFA, qui a animé de nombreuses soirées passées avec Sudeikis, son colocataire pendant le tournage de la première saison de Ted Lasso. De ces soirées ont germé plusieurs blagues qui se sont retrouvées dans la série, sur laquelle on décèle un peu partout l’empreinte du génie Sudeikis.

Sur le plan créatif, Jason écoute tout le monde. S’il aime, il te le dit. S’il n’aime pas, il va te niaiser vite fait et c’est fini, raconte Jeudy-Lamour. Il est très généreux de son écoute. Plein de gens lui proposent des trucs, et il est comme : "Ouais, d’accord, fais-le." Isaac McAdoo qui devient capitaine de l’équipe, ce n’était pas prévu dans le scénario. Mais Jason a décidé du jour au lendemain que ce serait lui, et ça fonctionne. Il est excellent.

Ils rient ensemble et se font l'accolade.

Moe Jeudy-Lamour et Jason Sudeikis se sont liés d'amitié en 2014.

Photo : Getty Images / Kevin Winter

Sudeikis a interprété Lasso pour la première fois en 2013 dans des publicités de NBC Sports dont la prémisse était la même que la série : l’entraîneur de football devenait le pilote de Tottenham en Premier League. La première version de Lasso, bien qu’efficace, s’avérait un peu limitée, voire un brin nigaude.

Beaucoup de ceux qui avaient apprécié les capsules se disaient perplexes lorsque le projet d’une série a été annoncé. Comment un tel personnage pouvait-il susciter de l’intérêt pendant au moins 10 épisodes?

Moe Jeudy-Lamour a fait partie des privilégiés qui ont appris directement de Sudeikis, devenu un ami, l’existence du projet. Mais il était aussi sceptique. Il est aujourd’hui confondu.

L’évolution de tous les personnages est exceptionnelle. Exceptionnelle! Tous les personnages sont riches, souligne-t-il. Je lis les scénarios, c’est cool, je comprends ce qui se passe. Mais quand je le regarde, j’ai toujours des surprises, des choses qui sont jouées d’une manière à laquelle je ne m’attendais pas. J’apprends énormément. Ça m’a appris à écrire, à comprendre les personnages et les choix qu’ils font.

La première rencontre entre Jeudy-Lamour et Sudeikis s’est produite à Montréal, en 2014, sur le plateau du film Race. Les deux acteurs se sont liés d’amitié, et Sudeikis a offert un rôle dans l’équipe d’AFC Richmond à son copain montréalais en pensant d’abord qu’il interpréterait un gardien français.

C’est quelques secondes à peine avant le tournage de la première scène de Thierry Zoreaux que Sudeikis a tout bonnement suggéré à Jeudy-Lamour que le personnage soit Montréalais. Un exemple de l’ambiance qui règne sur le plateau et de la souplesse qu’exige le jeu d’acteur.

Pour la souplesse de l’athlète, par contre, on repassera. Jeudy-Lamour l’admet, il a la vie assez facile comparativement à ses collègues qui interprètent des joueurs de champ et qui doivent courir toute la journée. La production lui a tout de même offert des séances privées avec un ancien entraîneur des gardiens de Chelsea, un club que le destin semble vouloir associer à l’acteur québécois.

Moe Jeudy-Lamour et son entraîneur des gardiens

Mon premier match de soccer, c’était Chelsea contre l’Ajax d’Amsterdam en Ligue des champions, indique Jeudy-Lamour. Jason et les gars m’ont emmené à la dernière minute. Ça s’est terminé 4-4, il y a eu deux cartons rouges, ç’a fini en bataille. Les gars me disaient : "Ça ne se passe pas tout le temps comme ça, tu es chanceux." C’était une ambiance complètement différente. En plus, pendant le tournage de la saison, j’habitais dans le quartier de Chelsea, et mon appartement était super proche du stade. Je passais devant tout le temps. Après ça, ils nous ont emmenés à la Coupe d’Angleterre avec Chelsea contre Leicester au stade Wembley, un stade de malade.

« Je pense que l’univers est en train de me dire que je devrais peut-être être supporteur de Chelsea. »

— Une citation de  Moe Jeudy-Lamour

Jeudy-Lamour a une sacrée veine quand il s’agit de découvrir un sport. Son premier match de la NBA était la septième rencontre de la série Raptors-Heat, gagnée par les Torontois, en 2016. Sa première partie de la NFL était l’inoubliable match d’un lundi soir de 2018 entre les Chiefs et les Rams à Los Angeles, remporté 54-51 par les locaux.

Le Québécois n’aurait justement pas détesté devenir joueur de football. Mais lorsqu’il a perdu son admissibilité à l’équipe de Concordia, il a choisi de se consacrer à fond à son rêve d’exercer le métier d’acteur. Il habite désormais à Los Angeles depuis quatre ans.

S’il est l’homme qu’il est aujourd’hui, dit-il, c’est un peu parce qu’il a croisé un Ted Lasso quand il jouait au football pour les Cougars de Saint-Léonard. Un Ted Lasso qui s’appelle Marco Iadeluca, l’actuel entraîneur-chef des Carabins de l’Université de Montréal.

Je me souviendrai toujours de ma dernière journée à Saint-Léonard, raconte Jeudy-Lamour. Un moment donné, j’étais triste que ce soit fini, et je n’avais pas vraiment accompli ce que je voulais accomplir pour l’équipe. Lui, il était en train de diriger l’entraînement, et il m’a vu de loin. Il a compris tout de suite ce qui se passait. Il est venu me voir. Un entraîneur-chef qui vient te voir parce que tu es triste, c’est gros.

« J’espère un jour être quelqu’un comme Marco Iadeluca. »

— Une citation de  Moe Jeudy-Lamour

En attendant, Moe Jeudy-Lamour sera quelqu’un comme Thierry Zoreaux, qui sera quelqu’un comme l’ancien gardien du Canadien Patrick Roy. Semble-t-il qu’on aurait pu voir Zoreaux parler à ses poteaux dans la première saison, mais que ces images recouvrent maintenant le plancher de la salle de montage.

Rester seul dans son coin durant tout le match, ça forme le caractère, soutient l’acteur, qui précise que la tenue vestimentaire de son personnage gagne en flamboyance dans la deuxième saison, sans s’aventurer plus loin sur l’évolution de Zoreaux.

L’acteur, du moins, évolue comme athlète. S’il résume son rôle, de manière un peu pince-sans-rire, à tu attrapes la balle, tu tombes, Jeudy-Lamour se débrouille de mieux en mieux devant le filet en plus d’apprécier les prouesses de ceux qui jouent devant lui.

Ces acteurs qui étonnent Moe Jeudy-Lamour

Le plus beau but dont il a été témoin? Le but que tu as vu dans l’épisode aujourd’hui, par Phil Dunster, qui joue Jamie Tartt [un coup franc tiré pleine lucarne d’une trentaine de mètres]. Il l’a eu à la première prise. On a fait huit prises après celle-là, mais il l’a eu à la première prise comme ça, et c’est ce que tu vois à la télévision.

Le meilleur joueur? C’est Kola Bokinni, qui joue Isaac McAdoo. C’est le meilleur qui n’a jamais été pro! Parce que le meilleur qui a été pro, c’est celui qui joue Moe Bumbercatch, Mohammed Hashim. Il est exceptionnel.

Et le moins bon joueur? C’est Toheeb Jimoh, qui joue Sam Obisanya.

Pardon? L’un des personnages clés de la deuxième saison est une fraude?

Non, en fait, il est vraiment bon, et je te dirais même que c’est un des meilleurs acteurs avec lesquels j’ai travaillé, dit Jeudy-Lamour en s'esclaffant. Mais dans toutes les entrevues, je dis que c’est le moins bon pour que, si jamais il le voit…

Peut-être faudra-t-il que Lasso organise une petite rencontre à cœur ouvert entre Obisanya et son gardien Zoreaux. Avec des biscuits sablés pour bien enrober la conversation?

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