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Face à la mort, Mario Hudon mène le combat de sa vie

Mario Hudon sourit

, Mario Hudon a appris le 7 décembre qu'il était atteint de la SLA.

Photo : Radio-Canada / Hugo Pothier

« C’est un combat de boxe. L’adversaire que j’ai devant moi n’a jamais perdu. Et à chaque ronde, il m’enlève un moyen de me défendre. »

Mario Hudon a toujours eu l’analogie sportive facile. Mais depuis six mois, il mène vraiment le combat de sa vie. Le 7 décembre dernier, l’animateur de radio a appris qu’il était atteint de la sclérose latérale amyotrophique.

La neurologue m’a dit : "M. Hudon, il vous reste 3 à 5 ans à vivre. Et je ne vous dis pas la qualité de vie que vous allez avoir dans les prochaines années tout dépendant de l’évolution de la maladie. Il n’y a pas de médicament. Il n’y a pas de traitements non plus."

Ayant trempé dans le monde du sport durant toute sa carrière radiophonique, l’homme de 61 ans connaissait de nom la SLA, longtemps appelée maladie de Lou Gehrig en mémoire de l’ancien joueur étoile des Yankees emporté par la sclérose latérale amyotrophique en 1941.

Les deux hommes rient, assis un en face de l'autre.

Mario Hudon lors de son entretien avec le journaliste Guillaume Piedboeuf

Photo : Radio-Canada / Hugo Pothier

Il n’avait jamais pensé que les difficultés à marcher et à patiner qu’il éprouvait depuis un an pouvaient être un symptôme de la rare maladie neurodégénérative.

Je suis en parfaite santé, mais mes neurones moteurs n’alimentent presque plus mes muscles et ça va aller en empirant. C’est ce qui est effrayant de cette maladie-là. On va devenir prisonnier de notre corps. Une journée, je vais demander à ma main de gratter mon nez et ça ne marchera plus.

Faire avancer les choses

Plutôt que de s’écraser devant le sombre diagnostic, celui qui a passé les dernières décennies à discuter avec les amateurs de sport de Québec sur les bandes AM et FM a décidé de faire ce qu’il fait de mieux. Utiliser sa voix.

Les gens nous disent que, quand tu rejoins cette équipe-là, tu rejoins l'équipe avec qui personne ne veut jouer. Moi, je voulais pas jouer pour Team SLA, mais je suis là. Donc, pourquoi pas en faire quelque chose de bien et faire avancer les choses.

Mario Hudon est ses deux petits-fils, Isaac et Nathan

Mario Hudon est ses deux petits-fils, Isaac et Nathan

Photo : Courtoisie

Depuis décembre, le grand-père de deux jeunes garçons multiplie les sorties publiques sur les réseaux sociaux pour lever des fonds et conscientiser la population à la maladie qui touche quelque 3000 Canadiens. Du nombre, environ 1000 meurent chaque année et 1000 reçoivent un nouveau diagnostic.

L’héritage de l'Ice Bucket Challenge

Sous son essor, une pétition pour que des traitements expérimentaux de la SLA soient autorisés par Santé Canada a amassé des milliers de signatures, au Québec, cet hiver, car il y a de l’espoir d’améliorer le sort des patients atteints de la maladie qui continue de confondre les scientifiques.

Le succès de l'Ice Bucket Challenge, une campagne lancée par l’ex-joueur de baseball des ligues mineures Pete Frates en 2015, a fait exploser les fonds destinés à la recherche sur la SLA.

Ce serait le fun que la prochaine personne qui va s’asseoir devant la neurologue se fasse dire : "Vous avez la SLA, mais inquiétez-vous pas, il y a des traitements, il y a des médicaments, on va être capable de vous aider."

Une citation de :Mario Hudon

C’est pour son prochain, justement, que le communicateur a décidé de porter la cause sur son dos. Il ne se fait pas trop d’idées sur son propre destin. Depuis décembre, celui qui doit maintenant se déplacer avec un déambulateur vit des deuils quasi quotidiens.

Vivre jusqu’au bout

Atteint de la forme spinale de la maladie, Mario Hudon sent surtout l’effet, pour l’instant, sur ses mains et ses jambes. Mais la SLA gagnera tout son corps. Il lui est arrivé de se coucher, ces derniers mois, en se demandant s’il allait se réveiller le lendemain.

Et pourtant, l’homme de radio se dit heureux. Il n’a pas peur de la mort, assure-t-il, mais il a décidé qu’il profiterait des années qu’il lui reste à vivre. Que même si son corps l’abandonne, il ne laissera pas son moral vaciller d'autant plus que la pandémie lui a déjà volé de précieux mois avec les siens.

Rien de tout cela ne serait toutefois possible sans ses proches, à commencer par sa conjointe des 38 dernières années, Nancy Bérubé. Chaque mouvement que je ne peux plus faire, il faut que ce soit ma conjointe ou mes proches qui le fassent pour moi pour me permettre d’avoir une vie quelque peu normale, rappelle-t-il.

Un homme assis avec sa conjointe derrière lui.

Mario Hudon et sa conjointe Nancy Bérubé

Photo : Radio-Canada / Hugo Pothier

Sa Nancy, Mario Hudon l’a rencontrée après le grand drame de sa vie. La perte de sa première épouse et d’un enfant, décédés lors de l’accouchement. Ça fait 38 ans qu’on est ensemble. Quand je l’ai rencontrée, elle m’a sauvé la vie. Et là, elle m’aide à vivre, décrit-il la voix tremblante d’émotion.

La famille, c’est ce que le sexagénaire a de plus précieux. La fierté est palpable lorsqu’il décrit les plus récents exploits sportifs de ses petits-fils adorés, Nathan et Isaac. Preuve de son amour inconditionnel, l’incorruptible partisan des Nordiques a même accepté de leur donner un gilet du Canadien récemment, à leur demande, lance-t-il en riant.

Une de mes grandes motivations, c’est de laisser un legs à mes petits-fils. Quand quelqu’un va rencontrer l'un d'eux, il va dire : "Ton grand-père ne s’est pas laissé abattre. Ton grand-père a fait bouger les choses."

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