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Chronique

Comment le CH a-t-il pu laisser filer Joël Bouchard?

L'entraîneur-chef, debout derrière le banc des joueurs, regarde l'action sur la glace.

Sous les ordres de Joël Bouchard, le Rocket de Laval a présenté une fiche de 23-9-4 et maintenu le deuxième taux de succès (,694) de la LAH.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Les excellents employés ne se plaignent jamais lorsqu’ils sont insatisfaits. Ils partent, tout simplement.

Vendredi, pendant que les joueurs du Canadien rencontraient les représentants des médias pour la dernière fois de la saison, les Ducks d’Anaheim ont fait une annonce qui a eu l’effet d’une petite bombe dans le monde du hockey. Après trois saisons à titre d’entraîneur en chef du Rocket de Laval, Joël Bouchard a tourné le dos à l’organisation montréalaise pour prendre les commandes du club-école des Ducks, les Gulls de San Diego.

Dans les coulisses de la LNH, cette nouvelle a surpris énormément de gens. Et elle a fait ombrage au bilan du CH. À une époque où le développement des espoirs n’a jamais été aussi important pour aspirer au succès, le Tricolore a ainsi perdu, dans des circonstances fort nébuleuses, un jeune entraîneur reconnu pour son exceptionnel talent.

Et à peu près au même moment, on apprenait que le directeur de la science du sport et des performances de l’organisation, Pierre Allard, venait de remettre sa démission.

En place depuis huit ans, Allard a accepté un poste d’entraîneur adjoint avec le Red Bull de Munich. Il s’agira pour lui d’un retour en Allemagne, où il avait occupé des fonctions de consultant auprès d’équipes de haut niveau avant de faire le saut dans la LNH.

Allard quittera officiellement le Tricolore, à la fin du mois, après le repêchage amateur.

*** 

Il y a trois ans, le club-école du Canadien était une risée dans le monde du hockey. Même si Bouchard avait alors hérité d’un groupe de joueurs peu talentueux, le changement de culture et l’instauration de rigoureuses habitudes de travail au sein de cette équipe avaient immédiatement sauté aux yeux.

À partir de ce moment, le Rocket n’a jamais cessé de progresser. Même chose pour la qualité du développement des jeunes de l’organisation. À cet égard, la progression de Jake Evans s’avère sans doute l’exemple le plus probant.

Durant son point de presse, avec émotion, Evans a d’ailleurs expliqué qu’il n’aurait jamais connu autant de succès s’il n’avait pas été dirigé par Bouchard dans la Ligue américaine.

Cette saison, malgré les conditions extrêmement difficiles imposées par la pandémie, le Rocket de Laval a présenté une fiche de 23-9-4 et maintenu le deuxième taux de succès (,694) de la LAH.

L’impact de Bouchard ne s’est pas fait uniquement sentir en termes de développement individuel. Le développement collectif du Rocket et les habitudes de travail des joueurs étaient remarquables. Ils étaient toujours sur la rondelle, a dit un recruteur d’une autre organisation de la LNH.

Bouchard n’est pas seulement un entraîneur. Il instaure des valeurs solides au sein d’une organisation. Trois ans après son départ de Blainville-Boisbriand, la culture qu’il avait instaurée là-bas est encore très forte, indique un de ses anciens collaborateurs.

***

Il est difficile de comprendre pourquoi, mais quand la saison du Rocket a pris fin, tout le personnel de cette organisation a été laissé sans contrat par la haute direction du Canadien. Des préposés à l’équipement jusqu’à l’entraîneur en chef, tous ces gens ont vu leur lien d’emploi prendre fin le 30 juin dernier.

Interrogé sur cette situation à la mi-juin, un porte-parole de l’organisation montréalaise avait fait valoir qu’il s’agissait d’une situation normale et que des contrats étaient alors en cours de rédaction. Cette position a fait sourciller à travers la ligue.

Le cas de Bouchard, plutôt étrange, a été plusieurs fois rapporté et commenté dans les médias au cours des dernières semaines. C’est d’ailleurs ce qui a mis la puce à l’oreille des dirigeants des Ducks. Cette organisation, qui est en reconstruction, était justement à la recherche d’un entraîneur de qualité pour développer sa prometteuse cohorte de jeunes espoirs.

J’attendais que la saison finisse pour voir où on [le Canadien] s’en allait comme organisation. Et j’aimais beaucoup ce que je voyais durant les séries. Puis le 1er juillet, à ma grande surprise, je suis devenu autonome. Les Ducks d’Anaheim ont démontré de l’intérêt très tôt le matin, a expliqué Bouchard lors d’une visioconférence organisée à la volée.

Ça m’a pris au dépourvu de recevoir autant d’amour de la part de Bob Murray [le DG des Ducks] et de Martin Madden [le directeur général adjoint]. J’ai été transparent avec eux. Je n’ai pas joué de game […] Je suis un gars de Montréal et je planifiais de rester avec le Canadien. Mais j’ai vraiment aimé la philosophie des Ducks ainsi que la perception qu’ils avaient de mon travail. Nous avons rapidement créé un partenariat, a ajouté Bouchard.

Le nouvel entraîneur des Gulls de San Diego s’est d’ailleurs dit peiné de quitter les joueurs qu’il était en train de former à Laval.

Nous avons poussé les gars et mon successeur dirigera un groupe extraordinaire. Il hérite en quelque sorte d’une équipe clés en main, a indiqué Bouchard.

***

Pour ceux qui ont une bonne connaissance des us et coutumes de la LNH, il s’agit presque d’un récit de science-fiction. Comment le CH a-t-il pu se faire ravir un employé de cette qualité sans lever le petit doigt?

À ma connaissance, il n’y a jamais eu de négociations formelles entre Bouchard et le Canadien avant la fin de son contrat, a indiqué une source bien au fait du dossier.

Durant son point de presse, Joël Bouchard s’est toutefois bien gardé de lancer quelque flèche que ce soit contre le Tricolore. Il est d’ailleurs un ami de Marc Bergevin, et il a plusieurs fois qualifié d’extraordinaire le DG du CH. Il a par ailleurs remercié Bergevin de lui avoir donné autant de latitude pour développer les espoirs de l’organisation.

Si Marc ne m’avait pas donné cette chance de diriger le Rocket, je n’aurais jamais pu avoir cette entrevue avec les Ducks et me faire offrir la chance de vivre autre chose, a ajouté Bouchard.

*** 

À San Diego, il sera suivi par son fidèle adjoint Daniel Jacob. Ce dernier était à ses côtés à Laval. En fait, les deux hommes travaillent côte à côte depuis l’époque de l’Armada.

Les voir se joindre à l’organisation des Ducks constitue d’ailleurs un amusant clin d’oeil au passé.

Jacob est un ancien entraîneur adjoint de l’Université McGill. Il y a sept ans, c’est l’actuel recruteur québécois des Ducks, Stéphane Pilote, qui avait fortement recommandé à Joël Bouchard de le rencontrer lorsqu’il était à la recherche d’un homme de confiance pour le seconder à Blainville-Boisbriand.

Les dirigeants des Ducks ne connaissaient pas vraiment Jacob. Mais Bouchard semble les avoir rapidement et facilement convaincus qu’il fallait absolument l’embaucher.

***

Ce qui vient de se passer chez le Canadien démontre que le club-école est le cadet des soucis de Marc Bergevin. Ça n’a jamais été important pour lui, a fait valoir une source bien au fait du dossier.

Durant son point de presse, Bouchard a insisté sur le fait qu’il n’avait jamais été inquiet de sa situation. Il a laissé planer que son renouvellement de contrat n’était pas prioritaire et que les dirigeants de l’organisation devaient se concentrer sur le spectaculaire parcours du Tricolore dans les séries éliminatoires.

Pourtant, elle aurait dû être capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps. À preuve, pendant la finale de la Coupe Stanley, elle a multiplié les embauches de joueurs pour le Rocket de Laval en vue de la saison prochaine.

Marc Bergevin a expliqué qu’à la fin de la saison du Rocket, lui et Bouchard avaient convenu de discuter d’un renouvellement de contrat après la fin des activités. Bouchard l’a confirmé.

Quand l’entraîneur s’est fait courtiser par les Ducks, le Canadien a répliqué en offrant à Bouchard un poste d’adjoint à Dominique Ducharme, dont il est aussi un complice de longue date.

Quand Joël et moi travaillons ensemble, nous n’avons même pas besoin de parler. Un seul regard suffit pour comprendre que nous sommes sur la même longueur d’onde, a fait valoir l’entraîneur du CH.

Au bout du compte, Bouchard se voit comme un futur entraîneur-chef de la LNH. Et cette vision se matérialisera peut-être beaucoup plus rapidement qu’on ne le croit.

L’actuel entraîneur des Ducks, Dallas Eakins, écoulera la saison prochaine la dernière année d’un contrat de trois ans.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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