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Chronique

Cette défaite en finale était-elle une fin, ou un début?

Des joueurs en blanc, l'air dépité

Les joueurs du Canadien après leur élimination dans le cinquième match de la finale

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Les attaques redoutables offrent d’intéressants spectacles, mais les excellentes défenses remportent des championnats. Le Lightning de Tampa Bay en a encore offert un parfait exemple mercredi soir.

Pour le cinquième match de la finale de la Coupe Stanley, le Canadien se retrouvait dans une situation extrêmement périlleuse. Pour ce qui est de l’enjeu et de l’adversité, cette prestigieuse organisation n’avait pas fait face à un défi de cette taille depuis, probablement, un demi-siècle.

En finale de la Coupe Stanley, avec un retard de 1-3, les hommes de Dominique Ducharme se retrouvaient dans l’obligation de vaincre les champions en titre dans un amphithéâtre où ils n’avaient pas savouré la victoire en plus de quatre ans.

Par ailleurs, pour mériter le droit de revenir disputer un sixième match à Montréal, le CH devait vaincre le Lightning dans un deuxième match de suite. Or, aucune équipe n’avait accompli cet exploit dans les séries depuis deux ans.

Enfin, cette tâche titanesque ne pouvait être réussie qu’en trouvant une façon de percer l’une des plus tenaces murailles défensives de l’histoire des séries éliminatoires.

***

Et sur cet aspect précis, le Lightning de Tampa Bay n’en était pas à son premier rodéo. Depuis la finale de 2020, les Éclairs avaient conclu leurs quatre dernières séries en enregistrant des blanchissages. Il y a deux semaines, ils s’étaient d’ailleurs qualifiés pour la finale avec un gain de 1-0 sur les Islanders de New York, dans un septième match où les attaquants des deux équipes avaient constamment manqué d’espace, et peut-être même d’oxygène.

Dans ce contexte, le Tricolore s’est donc plus que vaillamment battu. Il a tout laissé sur la patinoire de l'Amalie Arena.

Il n’y a toutefois pas de victoire morale en finale de la Coupe Stanley. En s’inclinant aussi par la marque de 1-0 et en voyant des mois d’efforts et de grisantes victoires réduits à néant, les joueurs et les membres de l’organisation ont ressenti une vive et bien compréhensible douleur. Un deuil même.

Pour le Lightning, il faut le reconnaître, ce n’était que la répétition d’un scénario connu et parfaitement exécuté par une implacable machine de hockey.

Pour la première fois des séries, le CH s'est trouvé dans une rencontre au cours de laquelle les deux équipes ont été limitées à moins de 10 chances de marquer (9 pour Montréal et seulement 7 pour Tampa Bay). C’était en quelque sorte un match d’échecs au cours duquel personne n’avait le droit de perdre une pièce.

Habitué à ces fastidieux exercices de patience, le Lightning a simplement capitalisé en deuxième (un filet de la recrue Ross Colton) sur l’une des rares ouvertures accordées par le Canadien. Carey Price n’a eu aucune chance.

Bref, pendant que tout le monde avait les yeux rivés sur Nikita Kucherov et Brayden Point et sur la redoutable attaque massive du Lightning, le CH s’est tout bonnement fait éliminer par la défense du Lightning.

Le score total de la série, 17 à 8 en faveur de Tampa Bay, parle de lui-même.

Dans ce contexte, personne ne contestera le fait qu’Andrei Vasilevskiy ait reçu le trophée Conn-Smythe. C’est lui qui a réalisé tous ces blanchissages. Par ailleurs, depuis Ken Dryden dans les années 1970, aucun autre gardien de la LNH n’était parvenu, comme le grand portier russe, à défendre le filet de son équipe à tous les matchs lors de deux conquêtes consécutives.

Et vous savez quoi? Vasilevskiy connaîtra peut-être encore un tel parcours la saison prochaine.

***

Après le match, les joueurs montréalais semblaient inconsolables. Et pour cause.

Cette équipe a été ridiculisée et négligée à maintes reprises au cours des dernières années. La fierté de ses joueurs a été souvent écorchée. Et cette saison, au terme de laquelle le Tricolore s’est classé 18e en remportant seulement 42 % de ses matchs, n’a pas fait exception à la règle.

Je suis vraiment fier de l’équipe. Ça nous a pris beaucoup d’énergie pour trouver notre meilleur niveau de jeu et on l’a trouvé en séries. Mais ce n’était pas suffisant à la fin. Je suis fier de la façon dont nous avons poussé, tout le monde ensemble. Nous avons accompli quelque chose de gros, a dit Phillip Danault.

Brendan Gallagher, entre autres, a eu du mal à retenir des sanglots en tentant de répondre aux premières questions qui lui ont été posées.

J’ai joué au sein de plusieurs bonnes équipes au cours de ma vie et j’ai côtoyé plusieurs bons gars. Mais nous avons tellement de joueurs qui ont attendu toute leur carrière pour arriver en finale… Cette défaite est très difficile à avaler.

Je veux juste remercier mes coéquipiers. Ils ont tout donné. J’ai fait partie de plusieurs équipes talentueuses, mais probablement jamais d’une équipe aussi résiliente que celle-ci, a encore souligné le combatif ailier, qui jouait en dépit d’une blessure à l’aine et d’autres maux que Dominique Ducharme n’a pas spécifiés.

Sur la patinoire, quelques secondes après la sirène finale, on a cru voir Shea Weber verser des larmes. Bientôt âgé de 36 ans, le capitaine avait dû attendre durant 16 longues saisons avant d’obtenir cette chance de se battre pour la Coupe.

C’est difficile de se retrouver si près [de la Coupe Stanley] et en même temps si loin, a confié Dominique Ducharme.

L’entraîneur a ajouté qu’il se sentait personnellement touché de voir des vétérans comme Carey Price et Weber rater cette rare chance de soulever le précieux trophée.

C’est la raison pour laquelle nous n’arrêterons pas. Pour moi et pour notre groupe, il n’est pas question que ces gars quittent sans avoir un jour remporté ce trophée. Il y a un long chemin à parcourir. Tous les joueurs de notre équipe méritent une autre chance. Mais il nous reviendra de nous offrir cette chance. Il n’y a rien de garanti, et rien de facile, a-t-il poursuivi.

***

Malgré l’ampleur de la défaite, les questions soulevées lors des points de presse d’après-match étaient largement orientées vers l’avenir.

Y a-t-il un brin d’optimisme à tirer de l’expérience surréaliste qu’a vécue cette équipe depuis la fin de mai? Grandira-t-elle après avoir vécu un tel parcours? Les jeunes bénéficieront-ils d’un développement accéléré après avoir vécu cette improbable épopée?

C’est exactement ce à quoi rêvent les millions de partisans de l’équipe.

C’est difficile de penser à l’avenir en ce moment. Nous devons prendre le temps de décanter un peu et on reviendra éventuellement, a laissé tomber Price.

Après une fin aussi douloureuse, il peut s’avérer réconfortant de croire que ce long parcours éliminatoire servira de pierre d’assise et que cette expérience propulsera l’organisation vers les sommets au cours des prochaines années.

Dans le vestiaire montréalais, par contre, il faudra peut-être un certain temps avant que cette idée fasse son chemin. On se souviendra que lorsque le Canadien tirait de l’arrière 1-3 face aux Maple Leafs de Toronto, l’équipe avait justement pris son envol après s’être fait servir le discours contraire.

Des vétérans comme Eric Staal, Corey Perry et Shea Weber s’étaient alors levés pour expliquer aux jeunes à quel point il est rare et difficile, au cours d’une carrière, de faire un long parcours dans les séries.

Après avoir remporté la Coupe en 2006 avec les Hurricanes de la Caroline, Staal a finalement dû attendre jusqu’à cette année avant de rejouer en finale. Et Perry, qui avait soulevé la Coupe en 2007 avec les Ducks d’Anaheim, a patienté pendant 13 ans avant de rejouer en finale l’an dernier avec Dallas, puis cette année avec le CH.

Au cours des 10 dernières saisons, 14 équipes ont pris part à la finale de la Coupe Stanley, mais seulement 5 d’entre elles sont parvenues à y retourner une seconde fois.

***

Dominique Ducharme a donc raison de dire qu’il n’y a rien de garanti ni rien de facile dans cette ligue. Parce que le train d’enfer auquel sont soumis les joueurs et les organisations ne s’arrête jamais.

Tout est toujours à reconstruire, à rénover ou à fignoler.

Et même quand ces travaux sont bien réalisés, la différence entre la victoire et la défaite est tellement mince qu’il faut souvent que les astres s’alignent parfaitement pour parvenir à veiller tard en séries. Que serait-il advenu du Tricolore, par exemple, si John Tavares ne s’était pas blessé après 10 minutes de jeu au premier tour, ou si Marc-André Fleury n’avait pas commis LA bévue en demi-finales?

Le mois de juillet est déjà bien entamé. La saison a été interminable. Et le prochain camp d’entraînement se mettra en branle dans seulement deux mois et deux semaines.

Lorsqu’ils se rapporteront au camp, bien des joueurs n’auront même pas fini de soigner les blessures qu’il se sont infligées avant et durant le tournoi éliminatoire. La plupart devront recommencer à s’entraîner avant d’avoir pu récupérer convenablement.

Aussi, dans un peu plus d’une semaine, Marc Bergevin devra soumettre la liste des joueurs qu’il rendra disponible pour le repêchage d’expansion du Kraken de Seattle. Il perdra assurément un joueur de qualité.

Le repêchage amateur aura lieu le 23 juillet et le marché des joueurs autonomes s’ouvrira cinq jours plus tard.

Parviendra-t-on à garder Phillip Danault à Montréal?

Reverra-t-on Jonathan Drouin dans l’uniforme du Canadien?

Au fil des départs, des échanges et des acquisitions, le DG sera encore condamné à améliorer son équipe.

Lorsque la vie normale reprendra son cours l’automne prochain, le CH se retrouvera à nouveau dans la même division que le Lightning, les Bruins de Boston, les Maple Leafs de Toronto et les Panthers de la Floride. Et dans la même association que les Hurricanes de la Caroline, les Islanders de New York, les Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh, entre autres.

Après avoir suivi le Tricolore durant cet incroyable parcours, il y a quelque chose de triste à se dire que, dans peu de temps, l’équipe devra recommencer à se battre comme une enragée simplement pour mériter le droit de participer aux séries.

Ce matin, chaque partisan se retrouve un peu dans la même situation que Shea Weber. Il faut chérir ce qui vient de se passer. Parce que personne ne sait quand une occasion pareille se représentera.

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