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L'importance de la famille, ou l'exemple du CF Montréal à Miami

Ils se réunissent en cercle au centre du terrain.

Des joueurs du CF Montréal

Photo : Getty Images / Michael Reaves

Olivier Tremblay

Quand des orages ont forcé le CF Montréal à retraiter au vestiaire pour plus de deux heures pendant son match contre Miami, le 12 mai dernier, Bjorn Johnsen a compris que sa vie professionnelle suivrait le rythme de sa nouvelle vie personnelle.

Pour la toute première fois, Santiago Matias Johnsen était dans les tribunes avec sa maman, Veronica. Il n’avait jamais mis les pieds dans un stade. Et l'on pourrait soutenir qu’il n’y a toujours pas physiquement mis les pieds, car le petit bonhomme n’a que quelques semaines. Il ne marche pas encore.

Assis à son casier, Bjorn Johnsen faisait comme toujours pendant une pause. Il se questionnait sur son jeu, ce qu’il aurait pu mieux réussir, ses bons coups. Mais à la voix de l’athlète s’est ajoutée celle du papa.

Je devais m’assurer que [ma femme et lui] rentrent à la maison parce qu’il se faisait tard. Je pensais à de petites choses de parent, raconte-t-il. C’est un peu différent. Il faut que tu penses à de nouvelles choses, des choses auxquelles tu n’aurais jamais pensé pendant la pause. Mais il faut profiter de ces moments et comprendre combien ils sont particuliers.

Johnsen apprend à devenir papa. Et il aurait très bien pu devoir le faire sans son enfant à ses côtés.


La démission de Thierry Henry, qui n’avait pas vu ses enfants de toute la saison 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, était un autre rappel que les athlètes ne sont pas des machines, mais des humains.

Henry n’était qu’une personne parmi tant d’autres – dans le milieu du sport et ailleurs – qui ont souffert de cette année inusitée.

Au sein de ce qui s’appelait alors l’Impact, les longs séjours aux États-Unis ont mis bon nombre d’autres familles à l’épreuve. Le CF Montréal a donc déployé tous les efforts nécessaires, au début de la saison 2021, pour que les proches des joueurs puissent les accompagner en Floride pour un certain temps.

Assise sur une chaise de plage, la famille prend la pose.

Chloé Vaillant, Samuel Piette et le petit Romi ont été réunis en Floride à la fin avril 2021.

Photo : Gracieuseté de Samuel Piette

Samuel Piette, comme Johnsen cette année, se familiarisait avec le rôle de père en 2020. Sa copine Chloé a donné naissance au petit Romi le 28 août, le soir d’une défaite de 1-0 contre le Toronto FC. Trois jours plus tard, l’Impact allait rendre la pareille aux Torontois sur leur pelouse. Les 90 minutes qu’a jouées Piette, avec un entraînement et demi dans les jambes et très peu de sommeil – c’est un vol d’une heure vers Toronto, et j’ai dormi tout le long, se remémore-t-il –, constituent l’un de ses plus beaux souvenirs.

Toutefois, le 12 septembre, les Montréalais prenaient l’avion pour deux matchs à Vancouver. Le 19 septembre, après un retour éclair dans la métropole, ils la quittaient pour la côte est américaine, où ils sont demeurés pour une semaine avant trois petites journées à Montréal. Romi, comme le veut la loi de Murphy, a développé une intolérance au lait maternel autour de cette période.

Ont suivi 5 rencontres en 15 jours loin des proches, encore un court séjour à Montréal, puis une dernière délocalisation du groupe allongée par la décision du personnel technique de rester au New Jersey toute la semaine avant le dernier match de la saison.

Elle tient son garçon Romi dans ses bras.

Chloé Vaillant est en couple avec Samuel Piette depuis cinq ans.

Photo : Gracieuseté de Samuel Piette

Je n’avais pas la tête ailleurs, car j’étais concentré sur le moment. Mais quand tu sais que tu as d’autres choses importantes ailleurs, ça peut jouer sur le mental, reconnaît le milieu de terrain avec le recul. Mais je ne dirais pas que l’envie et l’effort étaient moins là. J’ai toujours été capable de séparer les deux. Par contre, quand je revenais à la maison, ça faisait beaucoup plus plaisir. Et ce n’est pas une insulte à ma conjointe, mais avoir un petit à la maison, c’est quelque chose de nouveau, tout frais, une nouvelle vie.

[Chloé] n’a pas eu nécessairement beaucoup d’aide, et moi, c’était comme si je disais : "Bon, je pars une semaine pour aller jouer des matchs, arrange-toi avec le petit!"

En plus de la mélancolie et de l’inquiétude qui ont habité tous les joueurs avec l’éloignement, certains, comme Piette, ont été envahis par un puissant sentiment de culpabilité. Comme s’ils faisaient passer leurs responsabilités professionnelles avant leurs responsabilités personnelles.

Ironiquement, un soupçon de ce sentiment subsiste en 2021. Les familles ont peut-être accompagné les joueurs, mais ce voyage n’avait rien d’un tout inclus. Un duo piscine et bière en fin de journée? Pas question.

Le bambin est assis sur une chaise de plage.

Le petit Romi Piette est né le 28 août 2020, le soir d'un match de l'Impact contre le Toronto FC.

Photo : Gracieuseté de Samuel Piette

S’il était prévu que l’entraînement matinal soit particulièrement exigeant, souligne Piette, c’était maman qui se levait pour s’occuper du petit pendant que papa se reposait un peu plus longtemps. Non loin de là, Bjorn Johnsen dormait carrément dans une autre pièce, la veille des matchs, pour profiter d’une nuit de sommeil digne de ce nom.

Si l’entraînement était suivi du repas et de soins en après-midi, il n’était pas rare que le papa puisse enfin passer du temps avec bébé quand l’heure du souper et du dodo approchait. Pas de tout repos pour maman.

C’est agréable pour nous parce qu’on a de la famille ici, mais ce n’est pas nécessairement facile pour la famille, assure Piette. C’est un sacrifice pour eux aussi de venir ici […] C’est le fun peut-être plus pour les blondes des jeunes joueurs, parce qu’elles quittent la maison et font l’école à distance, c’est peut-être cool. C’est vraiment bien, et on est vraiment reconnaissants envers le club qui nous permet ça. Mais pour ma blonde, c’est sûr que l’espace est plus petit, et certaines choses sont peut-être un peu plus difficiles.

Ma famille est ici, je les vois, mais pas autant que les gens pensent.

Une citation de :Samuel Piette

À 22 ans, Mathieu Choinière fait partie de ces jeunes joueurs encore en âge de profiter des joies de la vie universitaire. Il fréquente sa copine Erica depuis une rencontre après un match – de soccer, pas sur Tinder –, il y a près de deux ans.

Ils prennent la pose devant un mur de graffitis.

Mathieu Choinière est en couple avec Erica depuis près de deux ans.

Photo : Gracieuseté de Mathieu Choinière

C’est elle qui l’a accueilli à Montréal, en août dernier, quand il a dû mettre une croix sur sa saison 2020 avant même qu’elle commence, la faute à une blessure à la cheville.

Contrairement à ses coéquipiers, Choinière n’a été éloigné de ses proches que quelques semaines l’an passé. Il comprend néanmoins à quel point la dynamique a changé cette saison, avec la présence des familles.

Tout le monde se retrouve un peu plus comme à Montréal, à la maison, soutient-il. Ça se voit dans l’humeur des gens. La famille apporte beaucoup de calme et de sérénité à tout le monde. C’est un gros point positif pour tout le monde.

Ce n’était pas une situation familière [l’an dernier], et le ressenti des gars, c’était vraiment ça : s’ennuyer de la maison, trouver ça dur.

Une citation de :Mathieu Choinière

L’isolement qui s’imposait en raison de la COVID-19 pesait également sur le groupe, comme tous ceux qui ont vécu les premiers mois de la pandémie chez eux peuvent l’imaginer. Il est presque impossible de se changer les idées quand on côtoie toujours les mêmes gens.

Sur le plan sportif, quiconque est déjà parti dans une autre région pour un tournoi pendant un week-end sait que, sur le chemin du retour, il se peut que l’on commence à en avoir marre de certaines personnes. C’est ce qu’ont vécu les joueurs montréalais, mais pour de plus longues périodes et à répétition.

Maintenant, la dynamique est bonne parce qu’on a hâte de se voir, soutient Piette. Il est 15 h, j’ai terminé mes soins à 14 h, et normalement, la prochaine fois que je vois les gars, c’est demain matin à 10 h quand on prend l’autobus, comme une journée habituelle à Montréal. Ça, c’est cool.

Dès qu’on revient de l’entraînement, si j’ai besoin de parler à quelqu’un, de m’ouvrir, [Erica] est à mon écoute, ajoute Choinière. Que ce soit pour du foot ou pour un peu n’importe quoi, elle est là et elle m’aide, elle me conseille. Je sais que j’ai une personne à mon écoute.


Bjorn Johnsen n’a pas de difficulté à s’imaginer combien il aurait été dur d’apprendre à devenir père à distance, comme Samuel Piette a dû le faire.

Coïncidence ou non, Veronica et Santiago n’étaient pas en Floride pendant la période qui couvrait les trois premiers matchs de la saison, et Johnsen n’a été titularisé qu’à la quatrième rencontre. S’il assure qu’il est demeuré professionnel dans sa préparation, il admet qu’autrement, il ne faisait que se demander si tout allait bien pour sa femme et son nouvel enfant. Ces pensées ajoutaient une couche de stress à celle qui vient naturellement quand on se joint à une nouvelle équipe.

Le Norvégien d’origine américaine a hâte de s’établir dans la métropole québécoise. Son fils commence à reconnaître les tableaux accrochés aux murs de la chambre d’hôtel, et Johnsen préférerait lui créer des souvenirs dans son véritable premier milieu de vie.

Il se trouve néanmoins privilégié. Imaginons une réalité parallèle où les familles n’auraient pas pu voyager en Floride. Son premier contact avec Santiago depuis ses premiers jours de vie aurait alors pu n’avoir lieu que pendant la pause de trois semaines et demie sans match que vient de terminer le CF Montréal.

Santiago était bien là. Avec une maman qui donne encore de son temps et de ses énergies. Un papa qui s’efforce d’être présent malgré les obligations. Trois personnes qui, comme d’autres couples et d’autres familles partout dans le monde, essaient de négocier le mieux possible les contours d’une situation exceptionnelle.

Quand tu sais que ton garçon assiste à son premier match, tu veux pouvoir lui raconter une histoire plus tard. Tu veux pouvoir lui dire quelque chose comme : "À ton premier match, papa a marqué deux buts. Tu étais là." Je voulais simplement m’assurer d’avoir une histoire à lui raconter.

Ce match interrompu par l’orage, Montréal l’a gagné 2-0. Johnsen a inscrit les deux buts avant la pause. Avant que Santiago rentre se coucher.

Il porte un doigt à sa bouche.

Peut-être Bjorn Johnsen pensait-il à son petit Santiago lorsqu'il a suggéré aux supporteurs de l'Inter Miami de se taire?

Photo : Getty Images / Michael Reaves

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