•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

Tant qu’à y être, pourquoi pas la Coupe?

La rondelle trouve le fond du filet. Les joueurs sont en liesse.

Artturi Lehkonen a inscrit le but qui envoie le Canadien en finale de la Coupe Stanley. Un filet inscrit après une superbe passe de Phillip Danault.

Photo : usa today sports / Jean-Yves Ahern

Dans bien des années, quand nous raconterons à nos petits-enfants ce qui s’est passé au printemps de 2021, nous dirons peut-être : « Ah oui, il y avait aussi eu une pandémie cette année-là! »

L’organisation du Canadien a participé à 33 finales de la Coupe Stanley au cours de sa longue histoire. Mais elle n’a sans doute jamais causé une surprise aussi colossale que celle de jeudi soir, en pleine Saint-Jean-Baptiste, en éliminant les Golden Knights de Vegas en six matchs.

Après la rencontre, il y avait quelque chose de surréaliste – et de beau – à regarder les joueurs de Vegas féliciter ceux de Montréal sous la musique de Gens du pays , de Gilles Vigneault. Quelle belle façon de conclure une série que les preneurs aux livres de Vegas considéraient comme la demi-finale la plus inégale des 31 dernières années!

En saison, les Golden Knights avaient compilé la deuxième fiche de la ligue. Ils avaient remporté 40 de leurs 56 matchs, tandis que le CH s’était qualifié de peine et de misère en remportant seulement 24 rencontres.

Lorsqu’on gagne seulement 42 % de ses matchs, il est exceptionnel de se tailler une place dans les séries. En poursuivant sa route jusqu’en finale de la Coupe Stanley, le CH défie donc carrément l’imagination.

***

Le but d’Artturi Lehkonen, inscrit après seulement 99 secondes de prolongation à la suite d’une superbe manœuvre de Phillip Danault, a permis au Tricolore de mettre la main sur le trophée Clarence-Campbell, le seul que l’organisation n’avait jamais remporté. Encore là, cette scène avait un petit quelque chose d’irréel.

Ceux qui connaissent l’histoire de l’équipe ont sans doute été soulagés en constatant que les joueurs avaient choisi de ne pas toucher à cette relique commémorant la mémoire de l’ancien président de la LNH. Le fantôme de Maurice Richard ne leur aurait sans doute jamais pardonné.

Fumée d'une bombe lacrymogène dans le Forum de Montréal.

Selon plusieurs historiens, l'émeute du Forum de Montréal, en 1955, a été l'un des éléments déclencheurs de la Révolution tranquille.

Photo : Radio-Canada

Et, disons-le, les fantômes sont très utiles au CH par les temps qui courent. Ce n’est pas le temps de se brouiller avec eux.

En mars 1955, Clarence Campbell avait été responsable de l’émeute du Forum. Alors qu’il venait de suspendre Maurice Richard pour la fin du calendrier et toutes les séries éliminatoires, il avait tenu à assister à un match du Canadien. Il savait pourtant que ce pied de nez allait susciter la colère de la foule.

Cette émeute, selon plusieurs historiens, a été l’un des éléments déclencheurs de la Révolution tranquille. Et voilà que toutes ces années plus tard, on a remis son trophée au Tricolore par un beau jour de la Fête nationale.

La vie nous fait parfois d’étranges clins d’œil.

***

Dans cette analyse publiée avant le début de la série Montréal-Vegas, j’estimais que le Bleu-blanc-rouge avait une chance de remporter la série en raison de Carey Price et un peu à cause de Marc-André Fleury.

C’est ce qui s’est produit. Et Peter DeBoer aura le reste de l’été pour méditer là-dessus.

L’entraîneur des Golden Knights avait réussi à reprendre la maîtrise de la série en confiant le filet à Robin Lehner dimanche dernier lors du quatrième match. Mais deux jours plus tard, il a tout bonnement redonné des ailes au Tricolore en désignant Marc-André Fleury comme partant quand les deux équipes se sont retrouvées à Vegas pour le match numéro 5.

Après avoir volé un match à Montréal, Lehner n’a jamais eu la chance de prendre le taureau par les cornes ni de trouver une certaine zone de confort. Après avoir disputé seulement deux matchs lors des 44 derniers jours, il a obtenu jeudi le pénible mandat de sauver son équipe de l’élimination. Et incroyablement, il y est presque parvenu.

Si DeBoer lui avait donné plus de temps, cette série aurait pu prendre une tout autre tournure.

***

Par ailleurs, quand on jette un coup d’œil attentif aux statistiques des six matchs, il est difficile de ne pas établir Price comme le grand responsable de la débandade des chevaliers dorés.

Dans cette série, les Golden Knights ont réussi à générer 88 chances de marquer de qualité contre seulement 60 pour le Canadien. Pourtant, le score total des six rencontres a été de 15-13 en faveur de Montréal.

Dans la LNH, les équipes doivent en moyenne obtenir entre cinq et six chances de marquer pour déjouer le gardien adverse une fois. Si cette série avait été normale, Vegas aurait inscrit de 15 à 18 buts. Et de son côté, le CH aurait marqué de 10 à 12 buts.

Ils se donnent la main au milieu de la patinoire.

Les gardiens Carey Price et Robin Lehner se sont échangé quelques mots au terme de la série entre le Canadien et les Golden Knights.

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Si Price ne s’était pas montré aussi solide et constant, Vegas aurait obtenu son laissez-passer pour la finale.

Dans la même veine, il faut souligner que Cole Caufield a contribué à ramener le pendule du CH dans le sens inverse. La recrue de 20 ans a particulièrement fait mal aux gardiens des Golden Knights en les déjouant 4 fois sur les 11 chances de marquer qu’il a obtenues.

De leur côté, les six meilleurs marqueurs des Golden Knights (Smith, Pacioretty, Karlsson, Tuch, Marchessault et Stone) ont déjoué Price deux fois sur un incroyable total de… 52 chances de marquer de qualité!

L’arrivée de Caufield est une véritable bénédiction pour le Tricolore.

***

Après le cinquième match, je soulignais que l’unité de désavantage numérique du CH est la plus performante de l’histoire des séries éliminatoires de la LNH. Ce n’était pas une impression. C’est ce que disaient les statistiques.

Cette unité défensive a continué à blanchir Vegas jeudi soir et, à l’aube de la finale, son taux d’efficacité s’élève à 93,5 %.

Le désavantage numérique n’a pas donné de but à l’adversaire depuis le quatrième match de la série Montréal-Toronto. C’était le 25 mai. Nous sommes le 25 juin. C’est complètement fou.

Pour toutes ces raisons, le seul candidat du CH à l’obtention du trophée Conn-Smythe est Carey Price. Même si plusieurs de ses coéquipiers se surpassent, il n’y a pas photo.

***

Tous les directeurs généraux de la LNH vous le diront : peu importe le niveau de talent et de détermination qu’on retrouve au sein d’une équipe, il faut aussi être chanceux pour remporter la Coupe Stanley.

C’est vrai pour tout le monde. Et les plus vieux partisans du CH savent que leur équipe a déjà profité des largesses des dieux du hockey pour soulever la coupe.

En 1986, il n’aurait sans doute jamais remporté la Coupe si Steve Smith n’avait pas marqué dans son propre filet pour provoquer l’élimination des invincibles Oilers d’Edmonton aux mains des Flames de Calgary.

En 1993, Pierre Turgeon (alors le meilleur attaquant des Islanders de New York) avait été blessé par Dale Hunter juste avant que les Islanders accèdent à la demi-finale de la Coupe Stanley contre le Canadien.

Puis en finale, il avait évité les redoutables et rugueux Maple Leafs de Toronto de Pat Burns parce que l’arbitre Kerry Fraser avait commis une bourde épouvantable dans la demi-finale opposant les Leafs aux Kings de Los Angeles.

Cette année? John Tavares est tombé au combat après 10 minutes au premier tour. Et dans la série suivante, Mark Scheifele a été suspendu pour quatre matchs, ce qui a littéralement scié les jambes des Jets.

Nikita Kucherov

Nikita Kucherov, le meilleur marqueur des séries cette saison, s'est blessé lors du sixième match de la série demi-finale opposant le Lightning de Tampa Bay aux Islanders de New York.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Puis, lorsqu’on jette un coup d’œil à ce qui se passe dans la demi-finale opposant le Lightning de Tampa Bay aux Islanders de New York, on constate que Nikita Kucherov, le meilleur marqueur des séries, a été blessé.

Dans le meilleur des scénarios pour Tampa Bay, Kucherov constitue un cas incertain pour le septième match, qui sera disputé vendredi soir. Dans le pire des cas, il sera absent pour une longue période.

Si jamais les Islanders parviennent à éliminer le Lightning vendredi, les astres seraient alors parfaitement alignés pour le CH.

Au point où nous en sommes, ce n’est probablement pas une surprise de plus qui nous jetterait par terre.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !