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Parler de son homosexualité près des vestiaires masculins

La pelouse d'un terrain de football.

Un terrain de football

Photo : Radio-Canada

Alexandre Coupal

En parlant publiquement de son homosexualité, Carl Nassib a démontré une fois de plus la rareté de ce genre de sortie dans le monde du sport masculin.

L’ailier défensif des Raiders de Las Vegas a lui-même souhaité qu’un jour, une déclaration comme la sienne ne fasse plus les manchettes.

Si le vestiaire masculin reste un endroit où les tabous envers l’homosexualité sont toujours présents, les alentours peuvent permettre à de jeunes hommes de cheminer dans leur quête de connaissance d’eux-mêmes.

Le bureau de l'entraîneur peut être un bon endroit. Comme celui de cet homme, qui a préféré garder l’anonymat pour des raisons qui n’ont rien à voir avec cette histoire. Entraîneur d’un sport d’équipe, niveau collégial, dans la grande région de Montréal, au début des années 2010. Huit années d’expérience à ce moment-là. Le genre d'entraîneur dont la porte du bureau est toujours ouverte.

Souvent, les joueurs venaient dans le bureau pour des suivis académiques. Un gars qui a tout, il a un W dans le front, il est né gagnant et ça va le suivre toute sa vie. Un jour, il vient dans le bureau, les gars venaient souvent me saluer, deux ou trois minutes, me demander le plan de pratique, mais lui venait rarement. Il s'assoit et il ferme la porte. Je lui demande comment il va. Parle parle, jase, jase, mais comme il ne fait jamais ça, je sens qu’il est venu me dire quelque chose. Je lui demande comment se passe sa session, tout ça, et à un moment je lui demande s’il a une blonde. Et sa réponse a changé toutes mes autres interventions avec les joueurs.

Je n’ai plus jamais demandé ça à un joueur. Je leur demandais s’ils étaient en couple.

Une citation de :Un entraîneur de sport d'équipe masculine collégiale

Il me dit qu’il en avait une, mais que, là, il se questionne énormément. Et ça va au-delà des questionnements habituels. Et là j’ai cliqué. Je lui dis, tu sais il n’y a pas de tabou dans ce bureau, il n’y en a jamais eu, il n’y en aura pas. Si tu es venu me dire que tu te questionnais, c’est parce que tu avais besoin de me le dire, et je le sens, et je vais t’écouter.

Il m'a dit qu'il se questionnait beaucoup sur son orientation, et que s’il se posait la question, c’était probablement parce qu’il était homosexuel parce qu’il ne pensait pas que les autres gars se posaient ces questions-là. Il était capable de prendre ce recul.

On a eu une très longue discussion, et c’est drôle parce que ça n'arrêtait pas de cogner à la porte, et je faisais signe aux gens de revenir plus tard. Il me disait que ce n’était pas si important que ça, et je lui ai dit que c’était la chose la plus importante que j’ai eue depuis très longtemps, et probablement dans toute ma vie.

Le premier confident

Le joueur n'en avait jamais parlé à personne.

Un coach, souvent, c’est mieux qu’un père, parce que tu vas lui dire des choses que tu ne dirais pas à ton père. Tu sais qu’il va te dire la vérité, et que si un conseil vient, ça va être mieux que le conseil d’un frère ou d’une sœur, parce que c’est un conseil qui vient avec de l’expérience, de quelqu’un qui est externe.

Cette journée-là, il s’est créé un lien.

Une citation de :Un entraîneur de sport d'équipe masculine collégiale

Sans que le lien soit particulièrement intime, l’ancien joueur et son ancien entraîneur se parlent de trois à quatre fois par année.

Ce que j’ai retenu de ça, c’est que la première démarche qu’il a faite, il n’a pas choisi ses parents, ou un intervenant, il a pris quelqu’un avec qui il avait un lien, et qui n’était pas dans le jugement.

Pas de peur

Après une longue conversation de plus d’une heure, l’entraîneur a refermé la porte de son bureau.

Je me suis dit, mon Dieu, quel privilège! Il y a un être humain qui me fait assez confiance pour que sa principale préoccupation, ce soit à moi qu’il en fasse part.

Je me suis dit que, dorénavant, il fallait conscientiser les gars. Je ne l’ai pas fait quand il était là, je ne voulais pas qu’il sente que je la faisais pour lui. L’année après son départ, il y a des choses que je n’acceptais plus, j’étais strict.

Le mot tapette, c’est fini ça.

Une citation de :Un entraîneur de sport d'équipe masculine collégiale

En 10 ans au collégial, j’ai coaché environ 300 gars. C’est sûr qu'il y en a là-dedans qui étaient gais.

Aujourd’hui, il est gai et il est marié. Alors les gars qui ont joué avec lui le savent.

Mais puisque le joueur n’a pas parlé à ce moment de ses questionnements, on ne sait pas si l'accueil dans le vestiaire aurait été aussi chaleureux que dans le bureau de l’entraîneur.

Je pense pour vrai que ça se serait bien passé. Parce que c’était un gars qui était excessivement respectueux des autres, donc ça attire toujours un peu le respect. Il y aurait eu des commentaires désobligeants, c’est certain, mais je ne pense pas que ça se serait fait au grand jour. Ça se serait fait dans les cliques. Les gars qui ont cette homophobie-là se tiennent tous ensemble. Ce sont des gars qui partagent une espèce de mentalité. Est-ce que ça aurait fait des clans et que certains se seraient dissociés de lui? Peut-être qu’à cette époque-là oui, mais aujourd’hui je ne le sais pas.

Sur le terrain, il observe l'action.

Un premier joueur de la NFL sort du placard.

Photo : usa today sports / Mark J. Rebilas

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