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Chronique

À petit feu, le CH tue l’espoir des Golden Knights

Nick Suzuki célèbre un but.

L'attaquant du Canadien Nick Suzuki a récolté un but et deux mentions d'aide dans la victoire du Tricolore, hier soir, contre les Golden Knights.

Photo : Associated Press / John Locher

Pour remporter une série 4 de 7 dans la LNH, il faut maîtriser l’art de tuer l’espoir de ses adversaires. Mardi soir, en regardant les joueurs des Golden Knights fracasser leurs bâtons et hocher la tête chaque fois que la rondelle touchait le fond de leur filet, il était facile de comprendre qu’il ne leur reste plus beaucoup de munitions pour résoudre l’énigme devant eux.

Cet énoncé a peu à voir avec la gifle de 4-1 encaissée par Vegas, ni avec l’avance de 3 victoires à 2 que détient le Canadien dans cette demi-finale de la Coupe Stanley. L’espoir d’une équipe ne s’évapore pas automatiquement quand elle se retrouve au pied du mur. Dans l’histoire de la LNH, il est même arrivé, par exemple, qu’une équipe tirant de l’arrière 0-3 soit convaincue de pouvoir remonter la pente.

En 2010, les Flyers de Philadelphie étaient dans cet état d’esprit avant de combler un retard de trois matchs et de renverser, à la stupéfaction générale, les redoutables Bruins de Boston.

L’histoire du Tricolore de 2014 est aussi intéressante. Au deuxième tour, il avait laissé filer une avance de 2-1 et s’était retrouvé avec un retard de 2-3 après avoir subi un revers difficile sur la patinoire des Bruins. Pourtant, à bord de l’avion ramenant l’équipe à Montréal, les vétérans comme Brian Gionta, Tomas Plekanec et Josh Gorges se disaient convaincus d’être en pleine maîtrise de la situation. Et ils avaient effectivement remporté la série en sept matchs.

Or, clairement, les Golden Knights ne sont pas dans cet état d’esprit.

***

On en avait eu un premier aperçu dimanche soir, lors du quatrième match au Centre Bell, quand Peter DeBoer avait décidé de remplacer Marc-André Fleury par son gardien auxiliaire Robin Lehner. Clairement, l’entraîneur sentait qu’il devait brasser ses plus grosses cartes.

Aussi, au cours de ce même match, on avait vu DeBoer prendre une décision assez inusitée. Il avait appelé un temps d’arrêt au beau milieu d’un avantage numérique de son équipe, vers la fin de la deuxième période. Le pointage était alors de 0-0 et il restait énormément de temps à jouer. Toutefois, l’entraîneur sentait sa marge de manœuvre tellement mince qu’il avait abordé cet avantage numérique comme si sa vie en dépendait.

Finalement, les Golden Knights n’ont pas marqué en supériorité numérique ce soir-là. Et ils n’ont pas réussi à le faire mardi. En fait, leur unité de supériorité numérique n’a pas inscrit un seul but depuis le début de la série. Zéro comme dans Ouellet, dirait Ron Fournier.

Carey Price, en action, qui repousse un lancer.

Une fois de plus, Carey Price a été intraitable contre les Golden Knights, repoussant 26 des 27 lancers. Il bloque un lancer de Reilly Smith.

Photo : Associated Press / David Becker

Une circonstance très atténuante plaide toutefois pour les chevaliers dorés : ils font face à la meilleure unité de désavantage numérique de l’histoire de la LNH.

Eh oui! Depuis le début du tournoi éliminatoire, le CH affiche une tonitruante moyenne de réussite de 93,2 % lorsqu’il est à court d’un homme. Dans l’histoire de la ligue, aucune équipe ayant disputé 15 matchs éliminatoires ou plus n’a mieux fait. On parle ici de très haute voltige.

À ceux qui doutent de l’importance de miser sur une bonne unité de désavantage numérique dans les séries, rappelons que parmi les 19 clubs qui suivent le Tricolore dans le top 20 de l’histoire de la ligue, on retrouve sept champions de la Coupe Stanley et quatre équipes ayant accédé à la grande finale.

C’est pour cela que Peter DeBoer, avec raison, est incroyablement inquiet.

***

Généralement, l’avantage numérique donne des occasions aux meilleurs buteurs d’une équipe de trouver de l’élan, de générer des chances de marquer de qualité et de gagner en confiance.

Pour les Golden Knights, l’excellence du Bleu-blanc-rouge a provoqué une sécheresse extrême. Toute la production offensive de l’équipe s’en trouve touchée, peu importe les situations de jeu. Mardi soir, Max Pacioretty est devenu le premier membre du top 6 de Vegas à secouer les cordages dans cette série alors que le Canadien détenait déjà une avance de trois buts.

Avant le début de cet affrontement Montréal-Vegas, si un type avait prédit que William Karlsson, Riley Smith, Alex Tuch, Mark Stone, Jonathan Marchessault et Pacioretty n’allaient réussir qu’un mince but dans les cinq premiers matchs, il aurait fait rire de lui.

Maintenant que ça arrive, les Golden Knights ne la trouvent pas drôle. Ils sont dans de sales draps. Quand une équipe visiteuse remporte le cinquième match d’une série 4 de 7, ses probabilités d’éliminer l’adversaire s’élèvent à 76 %.

***

Dans les moments difficiles comme ceux que traversent les joueurs de Vegas, on s’attend à voir le capitaine se lever pour calmer le jeu et rappeler à tout le monde les petits détails qui font la différence entre la victoire et la défaite.

Or, Mark Stone est très mal placé pour demander à ses coéquipiers de se replacer les yeux en face des trous.

Depuis le début de la série, le capitaine des Golden Knights lève constamment le regard vers le ciel lorsqu’il rate une chance de marquer. Son langage corporel ragaillardit l’adversaire.

Hier, Stone a par ailleurs joué un rôle déterminant sur le but de Cole Caufield, qui a littéralement scié les jambes des Golden Knights.

Alors qu’il se trouvait en désavantage numérique, Stone (pourtant un finaliste en vue de l’obtention du trophée Selke) a tenté une impossible entrée en territoire offensif à 1 contre 3. Il s’est fait ravir la rondelle et ce revirement a mené à une échappée de Corey Perry. Ce dernier a remis le disque à Caufield, que Stone s’est abstenu de couvrir parce qu’il se traînait les pieds.

Puis, une fois le but marqué, Stone a retraité au banc en fracassant son bâton sur la bande.

Non, ça ne va pas bien du côté des Golden Knights.

La série n’est pas finie. Mais on voit bien qu’il ne reste plus beaucoup de dominos à faire tomber.

Puissent les joueurs du CH se rappeler que la quatrième victoire est la plus difficile à cueillir. Surtout quand elle donne accès à la finale de la Coupe Stanley.

***

Maintenant qu’on a abordé les problèmes d’exécution et de menue tactique, parlons un peu de l’énigmatique Peter DeBoer.

Dans les grandes batailles, il y a parfois des erreurs stratégiques coûteuses qui sont commises et qui changent le cours des choses.

Si jamais le Canadien se taille une place en finale de la Coupe Stanley, il faudra obligatoirement se rappeler de la décision de DeBoer, qui a renvoyé Marc-André Fleury devant le filet de son équipe pour ce cinquième match alors que Robin Lehner avait fort bien neutralisé l’attaque montréalaise lors de partie précédente.

En fait, Lehner avait changé le rythme de la série.

Josh Anderson en échappée face au gardien Marc-André Fleury

Marc-André Fleury

Photo : Getty Images / Sam Morris

Ce que j’écris ici n’est rien de méchant à l’endroit de Fleury. Mais il était clair avant le premier match qu’il était susceptible de devenir une espèce de facteur X favorable au Canadien.

Sur une période de 15 ans, son taux d’efficacité contre le CH est médiocre à ,897. Et au cours du tour éliminatoire précédent, le gardien de Sorel avait déjà commencé à accorder de mauvais buts aux attaquants de l’Avalanche.

Hier, la défense des Golden Knights a tellement bien joué qu’il a fallu attendre jusqu’à la neuvième minute de jeu avant que Fleury soit soumis à une première chance de marquer de qualité. Le CH (Kotkaniemi) a marqué sur cette séquence.

En fait, l'équipe a secoué les cordages trois fois sur les six premières chances de marquer qu’il a obtenues. Comme la gaffe qu’il avait commise vendredi soir dernier au Centre Bell, ce genre de performance tue la confiance et l’enthousiasme d’une équipe.

Dans les quatre duels Price-Fleury auxquels on a assisté jusqu’à présent, le gardien du CH a fait face à 60 chances de marquer de qualité, tandis que Fleury a été soumis à seulement 41. Mais au bout du compte, le score est de trois victoires pour Price contre une seule pour Fleury.

Cherchez l’erreur.

Tout cela fait en sorte que le Canadien se trouve maintenant à une victoire de la finale de la Coupe Stanley, un fait d’armes qui n’est pas survenu depuis la conquête de 1993. Et cet exploit – restons prudents – pourrait être accompli jeudi en pleines festivités de la Fête nationale.

Et dire qu’au cours de la dernière année, nous étions tous convaincus d’avoir tout vu.

Un bandeau annonçant le balado de Radio-Canada Sports : Tellement hockey

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