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Chronique

La plus improbable victoire d’un improbable printemps

Vêtu d'un complet, debout derrière le banc du Canadien, l'entraîneur retient son masque sous son menton pour donner des instructions aux joueurs sur la glace.

Luke Richardson a remplacé Dominique Ducharme à titre d'entraîneur-chef, pendant que celui-ci est en isolement.

Photo : Getty Images / Vaughn Ridley

Ce qui s'est passé vendredi était tellement surréaliste qu’on en vient à se demander si, 25 ans plus tard, les fantômes du Forum n’ont pas fini par trouver la route menant jusqu’au Centre Bell.

Quelles sont les chances qu’une équipe de la LNH perde son entraîneur-chef pour une dizaine de jours parce qu’il a contracté la COVID-19, et malgré le fait qu’il ait été vacciné deux fois?

En fait, quelles sont les chances qu’une équipe de la LNH perde son entraîneur deux ans de suite en pleines séries éliminatoires?

Enfin, quelles sont les chances de remporter un match de demi-finale de la Coupe Stanley si vous ne touchez à peu près pas à la rondelle?

Incroyablement, tous ces événements improbables se sont produits la même journée dans la vie, un brin mouvementée, du Canadien de Montréal.

Marc-André Fleury, qui perd inexplicablement ses repères contre le Tricolore depuis 15 ans, a certainement fait des ajouts à sa collection de cauchemars durant cette étrange soirée.


Après seulement quelques présences, on savait que le CH en avait une mauvaise dans le système. Les passes étaient imprécises. L’échec avant était inexistant. Les Montréalais jouaient sur les talons. Shea Weber distribuait la rondelle n’importe où. On aurait dit le Canadien du mois de mars.

Quand le Bleub-blanc-rouge est rentré au vestiaire après 20 minutes, Carey Price avait été bombardé de 17 tirs et Marc-André Fleury n’avait même pas été soumis à une chance de marquer. Comment le tableau pouvait-il encore afficher un pointage de 0-0?

Puis, 24 secondes après le début de la deuxième, le défenseur Brayden McNabb a eu l’air du gars qui ne connaissait pas le dicton voulant qu’on ne doive pas réveiller un ours qui dort (ou un adversaire, c’est selon).

McNabb a servi à Nick Suzuki une tonitruante mise en échec au centre de la patinoire. Cette charge, si Suzuki ne l’avait pas anticipée à la dernière fraction de seconde, aurait pu avoir les mêmes effets que celle qu’a servie Mark Scheifele à Jake Evans au tour éliminatoire précédent. Elle aurait aussi pu mettre fin aux chances du CH.

Furieux, Shea Weber a tenté de s’en prendre à McNabb et il a été puni. C’est à compter de ce moment que le Tricolore a commencé à démontrer qu’il voulait disputer ce match.

Même après avoir vu son vétéran Eric Staal amasser une aide sur le premier but des Golden Knights (une passe parfaite à Nicolas Roy, posté à l’embouchure du filet), le Canadien ne s’est pas démonté. Quarante-huit secondes après le but des visiteurs, Suzuki a démontré qu’il avait encore toute sa tête en servant une passe parfaite à Cole Caufield, qui est parti en échappée pour faire 1-1.


Malgré toute sa bonne volonté, le CH n’est parvenu qu’à générer six maigres chances de marquer lors des premières 60 minutes de jeu. C’est du jamais vu.

Du côté des chevaliers dorés, par contre, les occasions de marquer surgissaient de partout. Mais seul Alex Pietrangelo, d’un tir parfait tout juste sous le bouclier, était parvenu à déjouer Price en début de troisième.

Avec 1 min 55 s à faire, alors qu’on se demandait à quel moment Luke Richardson allait finir par rappeler Carey Price au banc pour faire place à un sixième attaquant, le gardien des Golden Knights a commis l’une des plus grosses bourdes de sa carrière.

Sorti derrière son filet pour récupérer le disque, Fleury a cafouillé. La rondelle a ricoché sur l’une de ses lames de patin pour ensuite revenir devant la cage abandonnée. Josh Anderson, qui n’avait pas marqué en 12 matchs, a délicatement poussé cette bénédiction derrière la ligne rouge pour créer l’égalité 2-2.

Quelles sont les chances que le quatrième gardien de l’histoire de séries éliminatoires vous fasse un tel cadeau dans un match de cette importance? Elles sont très minces en principe. Mais si ledit gardien se nomme Fleury et que l’équipe adverse est le Canadien de Montréal, les probabilités sont nettement plus élevées. Allez savoir pourquoi.

Et tant qu’à y être, quand vous atteignez la prolongation grâce à un cadeau aussi inouï, quelles sont les chances qu’une équipe aussi aguerrie que les Golden Knights en remette en permettant à deux de vos attaquants de s’échapper pour sceller l’issue du match?

Cette fois, Anderson a reçu son cadeau de Paul Byron. L’hésitation de Byron a été juste assez longue pour que Fleury fige avant que la rondelle atteigne le bâton d’Anderson.

Jeu, set et match. Et une quatrième victoire de suite en prolongation.

Cette série était censée être la plus inégale des 31 dernières années, selon les preneurs de paris de… Las Vegas. Vendredi soir, pendant 58 minutes et 55 secondes, cette bataille avait même l’air injuste. Mais en ce samedi matin, c’est quand même le Canadien qui détient une priorité de 2-1.

Peter DeBoer a déclaré durant son point de presse qu’il ne s’inquiétait pas du tout. Mark Stone aussi, d’ailleurs.

Pourtant, comme cela avait été le cas lors des séries opposant le CH aux Maple Leafs et aux Jets, les gros canons des Golden Knights (Max Pacioretty, Mark Stone, Reilly Smith, Jonathan Marchessault et William Karlsson) n’ont toujours pas réussi à déjouer Price.

Si cette inquiétante tendance devait se poursuivre, quelles seraient les chances que Vegas parvienne à vaincre Montréal trois fois lors des quatre prochains matchs?


En fin de journée vendredi, quand la LNH a confirmé que Dominique Ducharme avait contracté la COVID-19, la plupart des observateurs s’attendaient à voir Joël Bouchard débarquer dans l’entourage de l’équipe pour prêter main-forte au groupe d’entraîneurs. Mais ça n’a pas été le cas.

Bouchard a joué dans la LNH. Il dirige des équipes de haut niveau depuis sept ans et sait comment gérer un banc. Il sait aussi comment Dominic Ducharme travaille, puisque les deux entraîneurs se côtoient professionnellement depuis 2008 et qu’ils ont dirigé Équipe Canada junior ensemble (Bouchard dans un rôle de DG). Sans compter le fait que Bouchard connaît l’organisation du CH sur le bout des doigts.

En lieu et place, le Canadien se retrouve avec son responsable des gardiens, Sean Burke, pour gérer l’utilisation les défenseurs durant les matchs. Mission délicate s’il en est une. En plus, Burke n’a aucune expérience derrière le banc.

L’ajout de Bouchard n’a pas été possible parce que l’organisation a mis fin au mandat de l’entraîneur-chef du Rocket la semaine dernière. Le groupe de jeunes réservistes (les Black Aces) qui s’entraînait à Laval afin de parer à d’éventuelles urgences a été dissous. Et en obtenant son congé, Bouchard s’est retrouvé à l’extérieur de la bulle, exclu du programme de dépistage quotidien de COVID-19.

Il ne pouvait donc pas se joindre au Canadien quand le test positif de Dominique Ducharme a été confirmé. Et puisque Bouchard devrait se soumettre à une nouvelle période de quarantaine, il faut sans doute tenir pour acquis qu’on ne pourra avoir recours à ses services.

Dans la LNH, les réactions divergent par rapport à cette situation. Certains se demandent comment une organisation comme le Canadien a pu manquer de prudence et se priver d’une police d’assurance comme Bouchard, surtout après ce qui est arrivé à Claude Julien l’été dernier.

D’autres estiment que cette situation était hautement imprévisible. D’autant plus que le personnel de l’équipe était vacciné depuis neuf jours.

La loi de Murphy nous oblige maintenant à nous demander ce que Marc Bergevin ferait si un autre entraîneur remettait un test positif au cours des prochaines heures.

Il vaut mieux ne pas y penser.

Pour l’instant, grâce à Marc-André Fleury, tout va mieux.

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