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Rester athlète professionnel avec un défibrillateur cardiaque, est-ce possible?

Il est couché sur une civière et porte sa main gauche à sa tête.

Christian Eriksen

Photo : Getty Images / AFP/FRIEDEMANN VOGEL

Christine Roger

La vie de Christian Eriksen ne sera plus jamais la même. Quelques jours après avoir été victime d’un arrêt cardiaque, le joueur de soccer danois s’est fait implanter un défibrillateur cardiaque. La question est maintenant de savoir s’il pourra un jour revenir au jeu.

Le joueur de l'Inter Milan a reçu son congé de l'hôpital après avoir été opéré afin de se faire insérer un défibrillateur sous la peau, un appareil à ne pas confondre avec un stimulateur cardiaque (pacemaker).

Le pacemaker, sa seule job, c’est de s’assurer que le cœur ne batte pas trop lentement, explique le Dr François Simard, cardiologue sportif. Quand il va détecter que les battements cardiaques sont à moins de 40 battements par minute, il va commencer à s’activer et il va donner des petits chocs pour activer le cœur et atteindre une fréquence cardiaque minimum.

Le Néerlandais Daley Blind, qui joue pour l'Ajax d'Amsterdam et la sélection des Pays-Bas, s'est fait implanter un stimulateur cardiaque en 2019 après avoir souffert d’une myocardite, une inflammation du muscle cardiaque. En 2020, son stimulateur a même connu une défaillance en plein match. Malgré tout, le joueur de 31 ans a poursuivi sa carrière et fait même partie de l'équipe à l’Euro.

Un pacemaker, ce n’est vraiment pas une contre-indication pour jouer. Mais là encore, il faut savoir pourquoi le patient a besoin d’un pacemaker. C’est quoi la maladie sous-jacente? Dans son cas, une myocardite n’est pas une contre-indication à jouer, même s’il a eu besoin d’un pacemaker ensuite. Ça n’empêche pas que ces joueurs-là ont un risque un peu plus important qu’il arrive quelque chose durant un match, souligne le cardiologue sportif.

Le défibrillateur va quant à lui s’assurer qu’il n’y ait pas d’arythmie maligne, donc dangereuse, ce que le stimulateur cardiaque n'arrivera pas à détecter. C’est justement un défibrillateur automatique qu'on a implanté à Christian Eriksen.

Le défibrillateur, c’est un fil électrique qui se rend jusqu’à l’intérieur du cœur qui va jouer un peu le rôle de gardien. Il surveille tous les battements cardiaques, toutes les secondes et s’il y a une arythmie maligne, cette machine va le détecter tout de suite, va donner un choc au cœur pour éviter que les gens subissent une mort subite, affirme le Dr Simard.

Les recommandations étaient auparavant plus prudentes, mais de récentes études révèlent que les athlètes peuvent poursuivre leur carrière même avec un défibrillateur ou un stimulateur cardiaque. Des chercheurs américains ont publié en 2018 une étude menée auprès de plus de 400 athlètes de niveau collégial (Nouvelle fenêtre) qui avaient un défibrillateur. Aucun décès n’a été constaté parmi les participants, mais certains joueurs ont vu leur défibrillateur s’activer pendant l’effort à cause d’arythmie.

C’est un sujet controversé, mais on ne considère pas que le fait d’avoir un défibrillateur engendre une exclusion automatique. Par contre, les joueurs sont exclus par défaut, pas tant à cause du défibrillateur, mais parce que la maladie cardiaque sous-jacente est trop importante, et c’est trop risqué.

Une citation de :Dr François Simard, cardiologue sportif

Le fait que les causes de l’arrêt cardiaque de Christian Eriksen demeurent toujours inconnues pourrait aussi compliquer les choses. Si l’on ne sait pas ce qui s’est passé, il devient difficile de prévoir ce qui pourrait arriver.

Malheureusement, ce n’est pas si rare que ça qu’on ne trouve pas pourquoi il y a eu un arrêt cardiaque, reconnaît le Dr Simard. On sait que ces patients sont plus à risque de refaire un événement par la suite. Ce qui est toujours un peu inquiétant, c’est que c’est imprévisible. Quand est-ce que ça va se reproduire? Dans 20 ans? Dans quelques mois? C’est ce côté imprévisible qui est vraiment difficile à gérer.

Le stress associé à l’effort physique intense est aussi reconnu comme étant un facteur précipitant de l’arythmie. Une personne peut donc avoir une prédisposition à l’arythmie, mais si elle reste calme ou ne fait pas d’efforts physiques intenses, elle pourrait ne jamais en avoir. Un joueur comme Christian Eriksen, qui a connu un épisode d’arythmie dangereuse, est beaucoup plus à risque.

S’il commence à faire un effort physique intense, il est beaucoup plus à risque de refaire un arrêt cardiaque. C’est certain que s’il a un défibrillateur, ça devrait le sauver. Mais n’empêche que le défibrillateur, il est vraiment là en termes de sécurité. Il ne faudrait pas avoir à l’utiliser de façon périodique, bien au contraire. Toutes les fois qu’on reçoit un choc, c’est dommageable pour le cœur, ajoute le cardiologue sportif.

En 2012, l'Anglais Fabrice Muamba s'est effondré au sol lors d’un match de Coupe d'Angleterre. Il a subi un arrêt cardiaque et a finalement été réanimé après 78 minutes. À l’instar de Christian Eriksen, on lui a par la suite implanté un défibrillateur cardiaque. Selon les recommandations des médecins, il a finalement annoncé sa retraite quelques mois plus tard, à l’âge de 24 ans.

Est-ce qu'Eriksen fera de même? Selon le Dr François Simard, sa carrière est fortement compromise et il semble de plus en plus improbable que le joueur de 29 ans, qui est père de deux enfants, soit un jour en mesure de renouer avec son sport.

Quelqu’un qui a besoin d’un défibrillateur comme Eriksen, 98 % du temps, c’est que sa condition est beaucoup plus inquiétante que quelqu'un qui a juste un pacemaker. En termes de pronostics, c’est très différent. Je suis plus inquiet pour un joueur comme Eriksen que pour un joueur qui aurait juste un pacemaker.

Une citation de :Dr François Simard, cardiologue sportif
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