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Cinq haltérophiles canadiens à Tokyo

Elle crie en laissant tomber la barre.

Maude Charron laisse sa joie paraître après un essai réussi.

Photo : Getty Images / Mark Metcalfe

Jean-François Chabot

La délégation canadienne d’haltérophilie pour les Jeux olympiques de Tokyo comprendra cinq athlètes, une première depuis ceux de 2008.

Cette fois, le Canada y enverra quatre femmes et un homme. À titre comparatif, la sélection canadienne aux Jeux de Rio en 2016 ne comprenait qu’une femme et un homme.

Ainsi, du côté féminin, on y verra à l’œuvre Rachel Leblanc-Bazinet chez les moins de 55 kg, Tali Darsigny chez les moins de 59 kg, Maude Charron chez les moins de 64 kg et Kristel Ngarlem chez les moins de 76 kg.

L'Ontarien Robert Boady Santavy sera le seul en action du côté masculin. Il est classé 5e du monde chez les moins de 96 kg. Sa catégorie sera à l’œuvre le 31 juillet.

Son père Dalas, également entraîneur de la sélection olympique, a représenté le Canada aux Championnats du monde, au Qatar, en 2005. Quant au grand-père Bob, il a fièrement porté les couleurs canadiennes aux Jeux olympiques de Mexico en 1968 et de Montréal en 1976.

Leblanc-Bazinet montera sur la plateforme le 26 juillet. Tali Darsigny et Maude Charron suivront le lendemain, tandis que Kristel Ngarlem devra patienter jusqu’au 1er août.

Tali Darsigny nous dit de quelle façon elle compte vivre pleinement son expérience olympique.

Au-delà du grand soulagement qu’elle dit avoir ressenti, vendredi dernier, en apprenant la nouvelle de sa qualification, Tali Darsigny, 23 ans, a parlé de l’immense fierté qu’elle aura de représenter sa famille aux Jeux olympiques, elle qui pratique ce sport depuis l’âge de 8 ans. 

Ce sont mes premiers Olympiques et je serai la plus jeune de l’équipe d’haltérophilie. Je n’ai aucune chance de médaille à ces Jeux. Si, à mes premiers Jeux, je suis capable de finir dans le top 10, je vais vraiment être satisfaite et ce sera positif comme expérience. Je m’y vois en train de réaliser des records personnels.

Une citation de :Tali Darsigny, haltérophile, moins de 59 kg

Onze fois championne canadienne, médaillée d’argent aux Jeux du Commonwealth en 2018 et 4e aux Championnats panaméricains en 2019, elle est la fille d’Yvan Darsigny qui est aussi son entraîneur.

Elle s'exécute à l'arraché.

Tali Darsigny

Photo : Getty Images / Michael Steele

Ce dernier a pris part aux Jeux de Los Angeles en 1984 et de Barcelone en 1992. S’il est parmi les trois entraîneurs qui accompagneront l’équipe canadienne à Tokyo, il ne pourra toutefois pas loger au village des athlètes.

Sa mère, Kim Barré, a été l’une des pionnières de l’haltérophilie féminine sur la scène mondiale avec quatre présences aux mondiaux de 1988 à 1991. Elle est également l’une des instigatrices ayant mené à l’ajout de cette discipline au programme olympique en 2000.

Ajoutez à cela ses frères, Shad et Matt, qui ont pris part à des mondiaux juniors, et vous avez le portrait d’une famille où le sport occupe une place prépondérante. Ah oui, il y a aussi le grand-père, Bernard Barré, expert en boxe et vice-président du Groupe Yvon Michel, qui a déjà œuvré comme analyste pour la couverture des Jeux olympiques.

Quand croire c’est voir

Contrairement, à Darsigny, sa partenaire d’entraînement au Club La Machine rouge de Saint-Hyacinthe, Rachel Leblanc-Bazinet, est une néophyte en haltérophilie.

Issue comme sa sœur jumelle du milieu du CrossFit, ce n’est qu’en 2016 qu’elle a fait ses débuts dans ce sport. Trois ans plus tard, en 2019, elle avait déjà son billet en poche pour Tokyo.

L'haltérophile Rachel Leblanc-Bazinet parle de ses objectifs pour Tokyo 2020.

L’attente de la confirmation de sa qualification a quand même été insoutenable pour cette étudiante en chiropratique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Les derniers mois ont été source de stress et de doutes dans son esprit.

Leblanc-Bazinet s’est retrouvée au cœur de montagnes russes psychologiques qu’elle a eu du mal à gérer. 

C’est encore difficile à croire que, finalement, après un an de pandémie, on est rendu là! On a vraiment eu de la difficulté à avoir une émotion par rapport à ça, que finalement on avait une réponse et qu’on devait se préparer pour se rendre aux Jeux olympiques.

Une citation de :Rachel Leblanc-Bazinet

Ses inquiétudes persistantes étaient en grande partie attribuables à des blessures qui sont venues freiner sa préparation.

 En février, je n’étais plus capable de faire des squats (flexion des genoux). Je n’étais pas capable de m’entraîner. Le stress a embarqué parce que je ne savais pas si j’allais pouvoir préparer les Championnats panaméricains ou participer aux Olympiques. Ce fut une période pénible, a dit la femme de 32 ans.

Elle lève une barre au-dessus de sa tête.

Rachel Leblanc-Bazinet

Photo : Getty Images / Robert Cianflone

Leblanc-Bazinet et Darsigny comptent savourer le moment présent au maximum en dépit des multiples contraintes auxquelles elles devront se plier durant leur séjour à Tokyo.

 On parle déjà de bulles à l’intérieur du village des athlètes, qu’on n’aura pas le droit de sortir du village. Notre expérience olympique va être un peu différente. Comme la famille et les amis ne pourront pas venir, on a décidé de nous créer un compte Instagram pour que l’on puisse vivre l’expérience au maximum et rapprocher le plus de monde possible du village olympique et du lieu où on s’entraînera, a expliqué Leblanc-Bazinet.

Ses objectifs? Elle vise les 90 kg à l’arraché et 113 kg, sa meilleure performance à vie, à l’épaulé-jeté.

 Je sais que je l’ai en moi. Il faut que je le fasse maintenant. Même si on est déjà passé à travers des qualifications et qu’on s’en va aux Jeux olympiques, on reste des athlètes compétitifs. On n’est pas là pour s’amuser, mais pour performer, a-t-elle conclu.

Une occasion unique

Si Maude Charron savait déjà qu’elle n’avait pas à s’inquiéter en raison de ses performances et de son 3e rang mondial chez les moins de 64 kg, elle a accueilli la nouvelle de sa qualification comme l’élève qui reçoit son bulletin de fin d’année.

 Ça valide tous les espoirs que l’on avait. Tu te prépares, tu commences à planifier les vols et ton arrivée là-bas et tes objectifs dans la compétition , a-t-elle d’abord expliqué.

L’athlète de 28 ans de Sainte-Luce-sur-Mer s’est quand même fait du mauvais sang pour ses coéquipières de la délégation canadienne pour qui une présence à Tokyo était plus incertaine.

Je regardais un peu le classement des autres qui se trouvaient un peu plus sur la fesse… Kristel, Rachel, Tali. Je regardais leurs classements pour savoir si elles allaient se classer ou pas. On aura une énorme équipe aux Jeux, c’est super, a ajouté celle qui est passée par la gymnastique et le CrossFit pour réaliser son rêve olympique.

Charron était à Montréal vendredi dernier où elle s’entraînait avec Krystel quand la confirmation de leur participation aux Jeux leur a été annoncée.  On a fêté ça en débouchant une bouteille d’une espèce de champagne non alcoolisé japonais, a confié Charron avec un large sourire.

Maude Charron regrette que sa famille et ses proches ne pourront assister à la performance en direct.

Concernant ses objectifs, elle ne veut pas mettre une pression additionnelle sur ses épaules. Elle vise surtout à vivre ces Jeux qui, selon elle, seront ses premiers et ses derniers.

Il y a deux ans, je voulais juste me qualifier. J’ai encore ce même "minding". Ça va probablement être mes seuls Jeux. Je veux y aller, je veux en profiter. Je veux faire la meilleure performance que je peux cette journée-là. S’il y a un bon classement, s’il y a un top 3, tant mieux. Mais je veux vraiment juste y aller avec mes propres capacités et y aller pour l’expérience.

Une citation de :Maude Charron, haltérophile, moins de 64 kg

Même en apprenant que les sites de compétitions pourraient accueillir des spectateurs, tous japonais, à 50 % de leur capacité, Maude Charron, comme ses coéquipières, a déjà fait son deuil de l’absence de ses parents et de ses proches pour le plus grand rendez-vous de sa carrière.

Elle s'apprête à soulever une barre.

Kristel Ngarlem

Photo : Facebook/Kristel Ngarlem

Motivation bien personnelle

Kristel Ngarlem a eu la confirmation qu’elle pourrait préparer ses valises à destination du Japon lorsqu’elle a mis la main sur la dernière place continentale panaméricaine de sa catégorie.

Le report des Jeux d'un an en raison de la pandémie et la fermeture du Centre Gadbois où elle s'entraîne à Montréal par mesure sanitaire ont été des coups durs à encaisser au cours des 15 derniers mois pour cette athlète qui fêtera ses 26 ans le 20 juillet.

Comparativement aux gens qui sont en région, je n'ai pas accès à un gym dans mon sous-sol. Ça a été une phase difficile parce que je me disais que je n'étais pas en train d'avancer. Les Championnats panaméricains ont aussi été ma compétition la plus difficile de mon parcours de qualifications. Mais je suis contente, parce que la stratégie élaborée avec mon entraîneur était d'amasser des points dès la première phase des qualifications, a-t-elle dit.

En plus du petit pétillant partagé avec Maude Charron, c'est avec sa mère, Lise Lavallée, que Ngarlem a vécu cette étape importante de sa carrière.

Elle était très émotive en apprenant la nouvelle. Elle a pleuré et elle m'a dit qu'elle y avait toujours cru. J'étais vraiment contente. Elle a évidemment été dans les premières personnes que j'ai contactées, a raconté Ngarlem.

Pour moi, c'est grâce à ma mère que je me rends là. Il faut que tu aies un parent qui accepte que tu pratiques ce sport-là, qui t'amène au centre Claude-Robillard quand j'étais toute jeune, qui a dépensé de l'argent, du temps. On pense aux athlètes et aux entraîneurs quand il y a des Jeux, mais il y a aussi des parents qui ont permis à cet athlète de grandir dans son sport.

Une citation de :Kristel Ngarlem, haltérophile moins de 76 kg

Elle a confectionné un petit bricolage avec les anneaux olympiques pour sa maman qui, à 64 ans, souffre de la sclérose en plaques, une maladie qui est venue renforcer le lien solide qui les unit.

Avec sa qualification pour Tokyo acquise, Kristel Ngarlem aborde les prochaines semaines avec sérénité.

Quand on lui demande d'exposer ses objectifs olympiques personnels, Ngarlem dit ne pas avoir prévu le scénario précis de sa journée du 1er août. Elle sait que sa compétition doit commencer à 13 h 50 à Tokyo (0 h 50 HAE).

Avec son entraîneur, elle envisage de s'approcher de ses meilleures barres à vie, soit aux environs de 100 kg à l'arraché et de 130 kg à l'épaulé-jeté. Elle dit ne pas viser un classement en particulier. Pour elle, ces Jeux olympiques sont synonymes de plaisir et de pouvoir revenir à la maison en étant satisfaite de sa performance.

Son principal souci à ce moment-ci est de respecter la limite de poids de sa catégorie, une composante importante de son sport avec la pesée des athlètes effectuée le matin même de la compétition.

Les derniers mois ayant été moins occupés en raison de la pandémie, elle va consacrer une part importante de ses énergies des prochaines semaines à stabiliser sa masse corporelle.

Dans l’histoire des Jeux olympiques, le Canada a récolté quatre médailles en haltérophilie : Gérald Gratton, l'argent à Helsinki en 1952; Jacques Demers, l'argent Los Angeles en 1984; Christine Girard, le bronze à Pékin en 2008 et l’or à Londres en 2012.

Douze athlètes batailleront pour les médailles dans chacune des 14 catégories de poids (7 chez les femmes, 7 chez les hommes).

Les compétitions se dérouleront au Forum international de Tokyo, un centre construit en 1997 au cœur du quartier des affaires.

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